‹ [Œuvres complètes de Henri ConscienceChapitre 19 sur 225 · VISION · texte numérisé non relu

VISION

.l'rlais seul tl;iiis iii.i eluinibrc, la tclc ;i|)|)ii\t''(' dans mes mains. .Mon ànie était pleine deilécoiiiMgeinenl cl de désespoir.

La tenipéle trrondail au dehors; il faisait unit dan> les rues et nuit dans mon cœur.

IMongé dans une sombre et douloureuse rêverie, je soni;eais au passé, au présent et à l'avenir de mon pays.

Hélas! au terme de cette contemplation, je me trouvai exténué el hiisé.

L'avenir m'ajiparaissait si sombre, si chariié de lâcheté et de bàtaidise, que je penchai la tète sur mes };ennux el m'écriai avec désespoir :

— Mon Dieu! \(ius avez abandonné la Flandre! C'en est fait!

J'étais abimé dans le plus piofond désespoir; les larmes commencèrent à couler en abondance de mes yeux; les ressorts de l'esprit et du corps se détendirent en moi : un pesant et lu.nubre assoupissement me plongea dans une absence complète de conscience...

Combien cela dura-t-il .'

Je l'ignore.

Comme j'étais ainsi plungé dans un sommeil plein de rêves sinistres, une lumière éclatante vint tout à coup frapper mes yeux, et en même temps une voix élrani.'e retentit à mon oreille :

— Tu dors et l'ennemi de la Flandre veille! Lu es[)ril élail dtvaiit moi! Sa forme éi.iit telle

d'un homme à la taille majestueuse; un vêlement blanc, presque aussi insaisissable qu'un tissu aérien, tombait en Lirpes plis le lonu' de son robuste corps; de la main droite il tenait une liai pe de poète sur le |»ied de laquelle rayonnait, en lellres de llamme, le mot : dnni irlioii.

Fn sourire de mépris courut sur l'impassible visajre de l'Ombre, et elle reprit d une voix };r<ave :

— Ilefouledans Ion cœur ces larmes efféminées! Celui fiui vent guérir une blessure finit osej* la sonder. Suis-moi, je vais te montrer on la mère };ll mourante. Son abaissement, ses souffrances, son a,-onie gonlleront Ion cnur d'un viril coui a.uo cl (l'un juste (|ê>ir de vengeanre... sinon «pie ton ;"ime lâche el pusillanime soit maudilc!

L'ne force surnaturelle s'était emparée de moi;

tremblant et vivement émn, je suivis mon guide à travers les rues sombres de la ville.

Tout dormait eniiourdi dans un morne repos ; la nuit élail noire et sinistre ;

El noire voyage lut long.

Enlin l'esprit m'amena devant une lourde porte au-dessus de la(|uelle on lisait :

Il (il h' (les cscIkics.

La porte s'ouvrit; nousenlrAmes dans une vaste salle, où un spectacle étrange et mystérieux me fil frémir d'anxiété.

1/espi-il m'in(li(|ua une [lierre comme siège.

Il resta debout et silencieux à coté de moi.

Derrière une large table étaient assises des formes humaines, immobiles et muelies comme des ombres inanimées.

Celui qui occupait le centre do la table et qui semblait le maître an milieu des antres, avait des cheveux noirs et un teint brun; dans ses regards biillaienl la présomption et l'orgueil; ses yeux étaient cerclés de la teinte plombée de rim|)udicité; sur sa poitrine scinliilail une Heur de lis en argent.

A coté de lui était assis un homme, sur l'insigniliante physionomie duquel les traits de la femme se mêlaient aux traits du singe. Son costume, tout aussi incompréhensible, était composé de toute sorte de lambeaux el de pièces cousus ensemble el parsemés de papier de couleur el de clinquant.

Sur sa poitrine était suspendu un écusson ou l'on pouvait encore remarquer les contours eiïacés d'un lion noir.

Mais ce glorieux emblème était en partie caché par une Heur de lis, et sur celle-ci passait une barre transversale rouge sur laquelle était inscrit le mot : lidlard.

A côlé de ces deux ligures s'en trouvaient d'autres qui portaient toutes sur la poitrine l'emblème de ce (\u('. poiivail renfermer leur âme.

Je les reconnus farilnnent.

Ici élail la Lâcheté (jiii ap|inyail sur les genoux du maiire sa tête, endormie;

L'Knvie, (|ui sunllranl du bonheur d'aulrui, se déchirait le cœur jusqu'au sang;

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