‹ [Œuvres complètes de Henri ConscienceChapitre 199 sur 225 · MU NOUS · texte numérisé non relu

MU NOUS

Tu l'as perdue pour jamais.

LE POÈTE

Ah ! ne me perce pas le cœur !

DELICIA

Trop tard ; elle est morte !

LE POÈTE

Qu'ai-je entendu?

DELICIA, triomphante.

Tuée par toi, par la main de son amant.

LE POÈTE, cachant sa tête dans ses mains.

Trop tard! Elle est morte? Et c'est moi qui l'ai tuée?

LES FILLES DE LA TERRE, riant.

Il se débat pour se dégager de nos mains. Le désespoir serrera plus étroitement ses liens d'esclave. Il a perdu toute force, toute puissance, toute ardeur, tout courage. L'étoile du Poète est

éteinte.

M UN DU s, au Chœur.

Vos railleries sont téméraires ; la lutte n'est pas finie. Continuez à le charmer, il pourrait encore s'échapper de nos filets.

DELICIA, au Poète.

Ne perds pas courage. Gesse, mon doux ami, ces plaintes inutiles. Puise de nouveaux plaisirs dans nos rires d'amour.

LE POÈTE, avec amertume.

Éloigne-toi ; c'est par tes charmes perfides que je suis plongé dans le limon de la terre. Tu as tué mon âme.

Elle t'aime ! la jeune fille que tu repousses.

LES FILLES DE LA TERRE, S'apprOChaut.

Ah ! sèche tes inutiles larmes. C'est insensé de se croire perdu. Le bonheur est pour celui qui le cherche.

LE POETE, avec colère.

Arrière ! Plus d'espoir pour moi; je suis maudit!

Je me suis livré à la matière. Mon cœur est froid, mon esprit obscurci ; la lumière céleste est cachée à mes yeux. Vous, fausses joies qui m'avez fait tomber, je vous hais ! Et ma haine restera éternelle pour vous, sources du mal.

LES FILLES DE LA TERRE

Ah! sèche tes inutiles larmes. C'est insensé de se croire perdu.

LE POÈTE, furieux, les chasse avec violence.

Engeance qui excites l'homme au mal, fuis ma colère; sois maudite pour toujours.

Tous sortent, sauf le Poète.

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