I.i:s KKIII.KS DE FLANDlii
Ou lui fit connailre les propositions du roi ilc Franci'. Il les repoussa avecindij,'nalitni, et allinna (ju'i! aimait mieux mourir Mirles remparts, que de lU'trir le nom des Keries par un ade «le faililesse, de làclieti' même. Si messire (luillauino Van Loo arrivait à Bruges avec Tarméedes Keries, et apprenait qu'o:i avait livré le burj,' à '.'ennemi, (|ue (lirait-il?
Bertolphe et IlacKet unirent leurs efforts pour faire partaj,'t'r leur sentiment par Uoliert; ils répétèrent les motifs ([u'ils avaient déjà fait valoir, et invo(|uèrent tour à tour leur amitié pour lui, leur autorité, l'intérêt du pays et de la liberté, auxtjuels il fallait sacriûer même l'honneur du nom et la |,doire des armes.
Ils plaidéienl leur cause avec tant d'éloquence que lloljert (init parleur répondre :
— Je ne suis pas assez maître de mes esprits pour approuver la proposition et en accepter volontairement la honte. Mais, mes oncles, puisque vous croyez que j'ai tort, laissez-moi mon opinion, et aiiissez cumme vous le trouverez hoii. Je me soumettrai, quelque cliaijriu que j'en éprouve.
Alors le prieur rt le châtelain se retournèrent vers les autres Keries qui commençaient à murmurer.
Robert, en regardant vers le pied des murailles, aperçut le traître Didier Vos qui, enhardi par l'inaction dfs assiégés, s'était avancé de quelques pas vers les murailles, cl regardait Sneloglie d'un air ironique.
— Ah! vous êtes là, Didier Vos, qui avez vendu votre pays ! lui cria Robert; c'est vous qui avez conseillé le meurtre du comte, et, maintenant que vous nous voyez dans la détresse, vous riez de notre malheur. Ah! que ne puis-je pas vous atteindre! Je vous contraindrais à un duel à mort, et, soyez en sur, j'écraserais la tète du vil serpent qui a bavé son venin immonde sur notre pauvre pays. Car, d'abord, vdus avez trahi votre prince, et maintenant vous trahissez votre patrie et votre propre race.
Ces rejtroches sanglants furent entendus de tous, et beaucoup de clicvaliers et d'Iiommes d'armes jetèrent sur Didier Vos nn regard de mépris. Il n'eut pas l'air d'y faire attention et répondit par quelques mots d'injure et d'ironie auxquels il entremêla le nom de la sœur de Robert.
Celui-ci, (jui n'avait pas bien saisi le sens des menaces vagues de Didier, fut frappé d'une inquiétude sonrdaine, et s'écria :
— Ma sœur, mapauvre sœur, il l'a tnéi-! (tl)ieu juste, pourquoi ne foudroyez-vous pas un jiareil monstre?
— Non, non, vous vous Ironipez, messire Sncloghe! s'écria d'en bas un chevalier pou.ssé sans
doute par un sentiment de pitié. Ne désespérez pas : votre sienr est prisonnière dans le château de messire Jucobs.
— Elle vit! ma sd'ur vil! dit Robert fou de joie en se jetant au cou de s(ni ami Jorg Koevoet.
Le vieux Rertolphe avait entendu une partie de ce dialogue, lu joyeux sourire éclaira son visage, et, comme frappé d'une idée subite, il donna à un Kerle placé à côté de lui l'ordre de sonner delà tronipe.
Lorsque Baudoin d'Alost se retrouva au pied des remparts, le prieur lui cria :
— Le géiu'ral tient prisonnière une jeune lille du nom de Witta Sneloge, (|ni est ma nièce. Acceptez-vous pour condition de noire capitulation qu'elle sera mise aussi en liberté?
Messire Reaudoin fil semblant de délibérer sur ce point avec ses chevaliers. On pouvait voir que Didier Vos s'opposait furieusement à l'acceplation de cette nouvelle condition. Mais il se laissa probablement convaincre par l'envoyé du roi, car celui-ci répondit au prieur:
— Oui, nous prenons l'engagement de mettre votre nièce en liberté, et de vous la laisser emmener avec vous.
Robert serra avec effusion les mains de son oncle et le remercia chaleureusement.
Le prieur se rclourna vers Beaudoin d'Alost et demanda :
— Nous remetlrez-vous, avant que nous quittions le burg, un sauf-conduit signé par vous au nom du roi de France et de tous les chevaliers Flamands!
— Livrez-nous le trésor du comte sans rien retenir. Dès que nous aurons constaté qu'il n'y manque rien, on vous fera parvenir le sauf-conduit diiment signé et scellé, cl vous pouvez quitter lil)rement la burg et la ville, avec tout ce qui vous appartient personnellement.
Les Keries, sur l'ordre du prieur, apportèrent qnebiues caisses, cassettes et ballots, et les descendirent le long des murailles au moyen de cordes.
liOrsqu'ils eu curent descendu une vingtaine, le prieur cria que tout le trésor du comte y était renfcrn)é, cl pour preuve de son affirmation il fit descendre un parchemin contenant une liste, signée par le trésorier de Charles de Danemark, de tous les objets qu'il avait remis au prieur de Saint-Donat.
— C'est bien, répondit Baudouin. Je vais faire |iorter tout cela chez le général; nous »-(dlationnerons les objets avec la liste, et si nous trouvons (pie rien n'y man(|ne, je reviendrai avec le saufrondiiil. Attendez donc patiemment, nous nous bâterons autant r)ue possible.
LES KKKLES Dli FLANDili:.
lîobert descendit des remparts et courut à l'appartement où Dakerlia veillait Egi;ard Van Isendyk.
— Dakerlia, bonne nouvelle! s'écria-t-il, ma sœur vit.
— Juste ciel, que diles-vous? L'ai-je bien entendu? Witta vit?
' — Oui, elle est saine et sauve.
— Dieu soit loue, s'écria Dakerlia. Et où estelle?
— Elle est prisonnière dans le château de messire Jacobs.
— Prisonnière, hélas!
— Oui, mais elle sera délivrée aujourd'hui même.
— Qui vous a apporté cette heureuse nouvelle?
— J'en ai encore d'autres, plus pénibles. Nous allons quitter librement le burg tout à l'heure.
— Quoi! quitter le burg? et Guillaume Van Loo arrive?
— C'est le prieur et le châtelain ([ui l'ont décidé. Vous irez à Lampernisse ou à llouthem, et je rejoindrai l'armée à Ypres.
— Et ce malheureux Eggard?
— S'il peut être transporté, nous l'emmènerons à Ypres. Si c'est impossible, je chercherai à Bruges un bourgeois qui s'engagera à le bien soigner. En attendant, Dakerlia, apprêtez-vous pour le départ. Ma présence peut être nécessaire sur les remparts; je retourne auprès àe mes oncles.
Lorsqu'il fut remonté auprès du prieur et du châtelain, il vit sur la place du Marché une grande foule d'hommes d'armes et de chevalier« qui, voyant flotter le drapeau parlementaire, s'étaient approchés du burg par curiosité, et causaient vivement avec les bourgeois.
Ce qui parut étrange au vieux Bertolphe, c'est qu'on voyait du côté du la chapelle de Saint- Christophe une grande troupe d'archers en rangs serrés, l'arbalète sur l'épaule, comme s'ils étaient prêts à marcher au combat.
Enfin les Kerles entendirent retentir un commandement et les archers, ayant à leur tête Baudoin d'Alost et quelques chevaliers, s'avancèrent sur la place, jusqu'à une faible distance des murs du prieuré.
Une sonnerie de clairon annonça que l'envoyé du roi voulait parler aux Kerles.
Peut-être avait-on trouvé le trésor du comte incomplet, et demandait-on des explications.
Baudoin d'Alost, élevant la voix, cria aux Kerles :
— Pas de grâce pour vous, assassins ! Vous vous êtes attiré la malédiction de toute la chrétienté; vous mourrez tous jusqu'au dernier. La parole donnée aux scélérats ne lie point. Nous reprenons vos promesses, et nous combattrons sans trêve
jusqu'à ce que vous ayez subi la peine de votre crime!
Et, joignant l'action aux paroles, il ordonna aux archers de lancer leurs flèches contre les Kerles. Mais ce n'était guère qu'une démonstration, car aussitôt il les fit reculer pour se mettre hors d'atleinte.
Il ramassa une paille et la rompit ostensiblement parle milieu. Les chevaliers l'imitèrent.
C'était signe que désormais ils rompaient toute trêve, toute relation d'amitié avec les Kerles, et leur juraient une haine mortelle.
Les Kerles restèrent un instant stupéfaits de cette infâme trahison, comme s'ils ne pouvaient pas y croire.
Le prieur et le châtelain paraissaient consternés. Mais les autres, altérés de vengeance, se réjouirent de ce résultat, et jurèrent de vendre chèrement leur vie auv perfides Isengrins.
— Et bien, mes oncles, s'écria Robert, nous savons maintenant que nous ne pouvons compter que sur nos propres forces. Le sort en est jeté; l'ennemi n'entrera ici qu'à travers des ruisseaux de sang, et sur le cadavre du dernier des Kerles.
Et, pour montrer aux Isengrins que leurs menaces, ne les effrayaient pas, les Kerles entonnèrent leur chant de guerre d'une voix si retentissante qu'il résonna sur toute la ville.
Depuis qu'on avait trompé les Kerles, une semaine s'était écoulée sans que les Isengrins eussent rien tenté pour les réduire; mais on les voyait construire sur la place du Marché de nouvelles machines de siège et préparer tout pour un assaut définitif.
De leur côté les Kerles, sous le commandement de llacket et de Sneloghe, déployaient une activité fiévreuse pour mettre le prieur et l'église Saint- Donat en état de soutenir un siège, et quoiqu'ils fussent réduits au nombre de deux cents, ils étaient fermement décidés à ne pas se rendre.
Un matin, une flèche tombée dans le cimetière apporta une lettre avertissant le prieur Bertholphe (ju'un chevalier se présenterait avec un héraut d'armes pour traiter de nouveau de lacapitulation. La lettre ajoutait : « Ne refusez pas d'entendre ce chevalier; il vous a toujours été fidèle et bon. Laissez-le monter auprès de vous, il a des choses importantes à vous communiquer, il voudrait vous sauver. Sa vie répond de sa sincérité. »
L'après-midi, le prieur, le châtelain, Robert et les liulrcs chefs étaient sur les remparts et regardaient curieusement du côté de la ville pour voir ce qui allait se passer de ce côté.
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