‹ [Œuvres complètes de Henri ConscienceChapitre 47 sur 225 · LES REQUINS · texte numérisé non relu

LES REQUINS

Les jours se succédaient sans qu'un nuage se montrât à l'horizon; le soleil restait également brûlant et l'air également lourd.

Il arriva, un matin, que beaucoup de passagers restèrent couchés dans leurs cabines, à moitié étourdis et se plaignant de n'avoir plus la force de se mouvoir.

La nouvelle courut soudain sur le navire qu'une maladie contagieuse avait éclaté dans l'entre-pont. Les uns prétendaient que c'était le typhus, les autres le choléra et d'autres la fièvre jaune. Cette nouvelle fit trembler et pâlir tout le monde, car une seule de ces maladies est, en effet, suffisante pour dépeupler en peu de temps tout un vaisseau, surtout quand une centaine de personnes demeurent ensemble sous un ciel de plomb dans un si petit espace.

Tous les passagers frémissaient encore sous l'impressii^n de cette terrible nouvelle, lorsque Donat Kwik, qui, penché par-dessus le bord, s'amusait à jeter quelques petits objets dans la mer, se mit à crier très fort, comme s'il avait vu quelque chose d'extraordinaire :

— Une baleine ! deux baleines ! s'écria-t-il en courant vers Roozeman. Elles ont une gueule comme un four, et des dents ! au moins cent, qui grincent et craquent comme une machine à battre le blé. Je leur ai jeté un vieux soulier égaré là; elles l'ont croqué et avalé comme une amande !

Pendant un voyage si douloureux, si long, le moindre incident est une distraction. Aussi, tous ceux dont l'attention avait été éveillée par le cri

tf)

Page 1