‹ [Œuvres complètes de Henri ConscienceChapitre 60 sur 225 · LES PLACEES · texte numérisé non relu

LES PLACEES

Le soleil s'était levé radieux à l'horizon et promettait une journée splendide. Les chercheurs d'or étaient partis de bonne heure et s'étaient remis en route avec beaucoup de hâte sans prendre en chemin le moindre repos. La conviction que chaque pas les rapprochait des .placers leur donnait du courage, et, comme le mulet portait le bagage le plus lourd et les instruments, ils étaient légers de corps et joyeux d'esprit.

Lorsque, vers la fin de l'après-midi, ils calcu-

lèrent qu'ils avaient fait assez de milles de marche "pour être arrivés aux placers et qu'il ne les aperçurent pourtant pas, ils redevinrent mélancoliques, dans la douloureuse persuasion qu'ils s'étaient écartés de la bonne direction et qu'il leur faudrait encore passer la nuit dans les montagnes.

Tandis que, silencieux et déçus, ils gravissaient depuis plus d'une heure une haute montagne, Jean Creps, qui était en avant, se retourna et s'écria avec joie :

— Louez Dieu, mes amis! Les voilà, là, tout en bas ! Hourra ! Les placers !

Ses compagnons accoururent, levèrent les bras vers le ciel avec transport et répétèrent :

— Hourra! hourra!

U: LllKMI.N ItK I,A FORT uni:.

— Voyez, voyez, s'ônia Don;il slu|>t''rail, soiitce les placeis? C'est comme uii nid de fourmis! D'où viennent donc tous ces hommes, si ce sont des liutnmes? Je crois (|ii'on en compterait au moins un mille. Descendons vile, mes amis; si tous ces {,'aillards qui fouillent là -bas la terre comme des taupes doivent avoir une charge d'or, il n'en re-tera, parhieu, pas beaucoup pour ceux qui viendront trop tard !

Sans |>rendre i:arde à ce (jue disait IJonat, les les autres s'étaient assis sur l'arête de la montai^ne, pour se reposer un peu et jouir en même temjjs de la scène des placers, qu'ils voyaient tous, à l'excepiion du Bruxellois, pour la première fois.

De l'endroit où ils se tiouvaient, la roche nue, inéi^ale et ruiiiieuse, plongeait prescjne à pic à plusieurs cenlaiiies de pas dans une plaine unie dont le sol se composait visiblement de boue délayée et de pieires. A un demi-mille droit devant eux, s'élevait une montagne de rochers également à pic, et, entre ces deux gigantesques remparts, la Yuba coulait en serpenlant au milieu de la vallée.

Celle plaine, de quelque côté (|ue l'on tournât la vue, était couverte d'un essaim de chercheurs d'or qui, comme l'avait dit Douai, ne ressemblait pas mal à une l'ourmillière, dans les habilanles grouillent, vont et viennent pendant une belle journée d'été, pour apporter, de près ou de loin, (|uelques brins de bois ou de paille.

Ainsi, l'on voyait tirer de centaines de trous le sable aurifère, creuser le sol avec des bêches cl des pioches, porter la terre à la rivière, la tamiser et la laver. C'était un va-et-vient (|iii falii^uail la vue ; les piocheurs et les laveurs semblaient animés d'une ardeur surprenante : leurs mouvements étaient ra|)ides et énergiques; ils couraient plutôt qu'ils ne marchaient, et l'on aurait juré que des maîtres invisibles les poussaient à l'ouNrage l'aiguillon à la main.

De ( haque cnté de la rivière, au pied des hautes roches, s'élevaient les tentes des chercheurs d'or, toutes éloignées les unes des autres, mais présentant néanmoins dans leur ensemble l'aspect régulier d'un camp militaire. La plupart de ces tentes étaient couvertes de to;les ou d'une voile, mais on en voyait beaucoup aussi qui ne se composaient que de branches vertes de sapin.

A gauche, au pied des hauts rochers, à un endroit où le sol était un peu soulevé, se Iruuv.iient les slons ou boutiques. Celaient une vingtaine de tentes, parmi loquelles six ou sept se distingu. lient par leur grandeur, .\nlour des stort's formillail une foule beaucoup plus nombreuse que dans la [daine. Tous ces gens venaient et se croisaient en tous sens, et les Flamands entendirent même de

loin les chansons sauvages et les cris confus qui s'élevaient du sein de la mulittude.

Le Bruxellois expliqua à ses compagnons ce qu'ils voyaient, car il connaissait ce placer, où il avait travaillé pendaiihinebiues semaines, l'ardoes répondit à une exclamation de Donat, qui ne pouvait contenir son im|)atience et voulait courir surle-champ dans la vallée pour commencer immédiatement à ramasser de l'or :

— Il n'y a [irobablement rien à f.iire ici pimr nous ; toute la vallée a déjà des propriétaires; et il ne restera plus de place...

— Connnenl ! (pie veu\-tii dire? lui répliqua KwiK. Proiu'iétaires! le sol de la Californie n'appartient à personne ; et nous sommes aussi maîtres ici (|iie tous ceux (|ui ramassent là-bas l'or du bon Dieu !

— Tu te trompes, du moins en partie, réplitpia Pardoes, Il est vrai qu'il n'y a pas ici des lois écrites; mais du moins il y a entre les chercheuis d'or certaines conventions que chacun doit respecter, s'il ne veut pas s'attirer le vengeance générale. 11 est accepté ici (|ue ceux (|ui occupent les premiers un endroit pour chercher de l'or, sont [)ropriétaire de cette endroit sur une zone de trente pieds entre la rivière et la naissance des hautes roches. Cette langue de terre s'apptdie un daim. Chaque compagnie de chercheurs d'or en possède un. Reconnait-on que le daim est mauvais ou (|u'il est épuisé, on est obligé d'en chercher un autre qui n'appartienne enconî à personne. Dans cette vallée, il n'y aura rien à trouver pour nous, mon gardon.

— Où irons-nous, alors".'

— Bemarquez, messieurs, que les rochers en amont et en aval de la rivière se rapprochent et enferment celte plaine comme un bassin. Quand on traverse ce défilé, les roches s'écartent de nouveau et forment d'autres bassins dont le sol, formé [lar les alluvions, renferme aussi plus ou moins l'or. iNousseron> obligés de moiîter plus haut vers la rivière, jusqu'à ce que nous rencontrions un endroit favorable qui ne soit pas encore pris. Je crois que nous pourrons réussir en nous éloignant d'une lieue ou deux de cette vallée. Là, nous trouverons le pldri'i (|ui m'a été dt-signé par le Français que nous avons rencontré en route. Ce (|ue nous avons de mieux à faire c'est de «Iresser ici nos lenle> jusqu'à demain matin.

— Ici, ^uv la montagne? murmura Donat. Pour- (|uoi pas en bas, près des autres? Oh! j'ai envie de (btrmir sur l'or !

— Nous ne trouverons probablement pas de place libre, en bas. Le bois y sera très rare et notre mulet n'y trouvera pas de nourriture. Pourquoi descendre, quand demain nous .'«ciions obli-

LE CHEMIN DE LA FOP.TllNE.

gés (le gravir tlo nouveau celte montagne pour reprendre noire route?

— Pourtant je voudrais bien aller voir ce qui se passe dans les placers, dit Roozeman. Voici mon projet : Nous tirerons au sort. Deux d'entre nous resteront ici, pour dresser la tente et garder les bagages et les instruments. Les quatre autres pourront aller aux placers et aux stores. Ici, il n'y a pas tant de crainte, surtout quand on n'a pas d'or.

On adopta la proposition. Creps et le matelot furent désignés par le sort pour rester. Les autres se hâtèrent de jeter leurs havre-sacs, donnèrent leurs fusils <à garder à leurs camarades et tâchèrent de trouver un endroit par où ils pussent gagner la vallée.

— Je vois là-bas, dit le Bruxellois, une crevasse profonde qui a été pratiquée dans les rochers jusqu'au sol de la vallée, par les inondations de la saison des pluies. Nous descendrons dans la plaine le long du lit de cette cascade. Nous avons le temps et nous ne devons pas nous presser.

Ils suivirent pendant quelque temps le bord des rochers; puis ils furent obligés de retourner assez loin sur leurs pas pour chercher le commencement du lit du torrent. Quanti ils l'eurent trouvé, ils descendirent une montagne rapide, où l'on risquait à chaque moment de se rompre le cou. Cependant, ils atteignirent enfin le vallon et continuèrent lentement leur route.

En passant devant un puits abondoimé, le baron ramassa une poignée de terre, et, l'ayant examinée, il s'écria avec stupéfaction :

— De l'or! je vois de l'or!

— De l'or? Oh! laisse voir! laisse voir! s'écria Kwik la poitrine haletante. C'est vrai, de l'or ! de l'or ! Cela brille parmi le sable.

— Pourquoi ne resterions-nous pas ici ? demanda Victor.

— En eiïel, ajouta Donat, puisqu'on y ramasse l'or avec la main.

— Ce trou se trouve dans le claim des hommes qui sont occupés devant nous à laver la terre dans l'eau, dit Pardoes. Ils ne nous permettraient pas de travailler ici. Ecoutez, ils crient que nous devons partir. Allons, venez, ne perdons pas notre temps, messieurs. Ce que le baron a là dans la main, c'est du sable qui a déjà été lavé. De semblables paillettes ne signifient rien. L'or est presque mélangé partout avec la terre; mais la difficulté consiste à trouver un endroit où le sable contienne assez d'or pourdonnerun bon salaire.

Us avancèrent en causant jusqu'à la rivière et restèrent à regarder pendant quelque temps quatre hommes qui étaient occupés à secouer une grande claie pleine de terre aurifère, pendant que

deux autres y versaient continuellement de l'eau. Lorsque, enfin, on ouvrit la claie pour en ôter l'or lavé, Donat recula stupéfait.

— Bonté du ciel, s'écria- l-il, c'est tout or là dedans! Jusqu'ici,j'ai toujours cru que nous avions été trompés; mais maintenant il faut bien croire ce que je vois de mes propres yeux... Ah! ah! Anneken, un sac à froment, un château, hourra! hourra!

Et il fit quelques folles cabrioles et se mit à battre des mains avec une joie aussi bruyante que s'il eût déjà possédé les trésors rêvés. Les chercheurs d'or le regardèrent avec un sourire légèrement railleur, mais sans interrompre leur rude travail.

Une expression joyeuse parut pour la première fois sur le visage du baron, dont les yeux étincelaient.

— Ces hommes, en effet, ne sont pas tout à fait malheureux, dit Pardoes; mais ne vous trompez cependant pas sur la quantité d'or que vous avez vu briller dans la claie. Ce qui a rendu Donat à moitié fou peut avoir une valeur de quinze à vingt dollars; pas davantage. C'est le fruit de presque toute une demi-journée de travail. Ils sont cinq. Donc, pour chacun à peu près quatre dollars.

Le baron hocha la tête avec une amère déception et retomba dans son mutisme habituel. Cependant l'or qu'il voyait briller à chaque pas exerça une influence étonnante sur son esprit; enfin, animé par un espoir mystérieux, il sembla plus gai et plus communicalif.

Nos amis se promenèrent pendant quelque temps de tous côtés entre les gens qui étaient occupés à creuser et à laver l'or. Le Bruxellois interpella tantôt l'un, tantôt l'autre, et demanda des explications sur la possibilité de trouver encore un claim libre dans cette vallée. Et il acquit la conviction qu'il ne leur restait plus qu'à remonter la rivière.

Quelques hommes qui paraissaient trouver beaucoup d'or, voulaient vendre leur claim pour mille dollars ; mais, comme Pardoes et ses amis ne possédaient à eux trois que quinze dollars, ils durent naturellement refuser cette offre, quelque avantageuse qu'elle semblât.

Ils arrivèrent aux stores el regardèrent pendant un instant, loin de la cohue, la population bizarre qui s'agitait dans tous les sens. Tous étaient très sales; leurs barbes qu'ils ne rasaient ni ne peignaient jamais, cachaient presque entièrement leurs figures, et leurs longs cheveux tombaient sur leurs épaules en boucles épaisses et pleines de terre. La plupart portaient pour vêtements une chemise de flanelle rouge ou bleue et un pantalon bouclé sur les reins par une courroie. Quelques-

LE CHEMIN DK LA FOliTU.NE.

uns avaient de prandes bottes, d'autres de f;rands Souliers, heaucouf» couraient nu-pieds. Mais ce qui ne manquait à personiit', c't'lail la ceinture avec un ou deux revolvers ou, du moins, avec un j,'raMd couteau.

Si l'exlérienr de ces hommes était peu séduisant, leurs manières et leurs paroles étaient encore plus reponssantes : ils juraient horriblement et échangeaient des plaisanteries grossières et des mots ij;nol)les qui attirèrent un sourire de mépris sur les lèvres du baron. Il était aisé de voir que la plupart de ces gens étaient échaullés par la boisson; on en remarquait même qui avaient tellement perdu la conscience d'eux-mêmes, qu'ils laissaient leurs jambes balayer la terre, pendant qu'ils étaient moitié portés, moitié traînés par leurs amis. Ici, on entendait des malédictions; là, étincelaienl les couteaux menaçants ; plus loin encore, le bruit du revolver annonçait peut-être un double assassinat ; mais personne ne tournait la tête, et tous se promenaient sans s'in(|uiéter de ce que Taisaient les autres.

— lortune aveugle ! grommela le baion avec dégoût, elle distribuera ses faveurs à cet ignoble race de gueux.

— Vertudieu ! s'écria Kwik, si je ne savais pas on je suis, je croirais que nous sommes en enfer! (Juel tas de diables! Les gens de San-Francisco sont des anges en comparaison de cenx-ci ! Dis, Pardoes, si nous partions d'ici ? 11 n'y fait pas bon, el je voudiais vivre assez lon!,'temps pour chercher beaucoup d'or...

— As-tu encore peur? dit le iJruxellois en riant. Je croyais que tu n'avais peur que des revenants.

— Efi bien, eh bien, il ne faudrait, pardicu, pas de grands efforts pour prendre ces horribles ribauds pour des revenants.

— Je crois, ami Pardoes, que Kwik a raison, dit Victor. Je sens également peu d'envie de me mêler à cette foule de gens grossiers.

— Hall ! bah! dit le baron, il nous faut voir ce qui se passe dans les stori's. C'est peut-être dangereux; mais, si c'est nécessaire, nous jouerons du revolver et nous abattrons, pour les saluer, deux ou trois de ces sale> coquins.

— Oui, ci'st bon, baron, grommela Donal, chacun pour soi. C'est pour tiioi vouloir pas mort vncore.

— Venez et ayez assez de confiance dans mon exp<^rience, dit le Bruxellois en s'approchant d'une boutique. Ne parlez à i)ersonne, ne vous mêle/ de rien et faites comme les autres; cela veut dire : passez votre chemin sans vous détourner.

Ils se trouvaient près de la bouli(iue dun changeur. t>'était une tente en toile, ouverte par devant

y A l'entrée était une table en bois, faite de planches grossières et reposant sûr deux troncs d'arbre, dont on n'avait pas encore enlevé l'écorce verte. Une balance, quelques petits tas de dollars ou de piastres, trois grafides pépites, un peu de poussière d'or, une feuille depapier blanc et deux revolvers étaient tout ce que l'on remarquait sur la table.

Derrière ce comptoir se tenait un homme maigre avec (les lunettes sur le nez. Il était penché en avant et tenait d'untî main la balance, el l'autre était posée sur un revolver; il tournait son regard vers la foule, immobile et muet, comme un renard qui épie sa proie.

Deux chercheurs d'or s'approchèrent du comptoir ; l'un deux tira de sa poitrine un jietit sac en cuir qui pendait à son cou par un cordon, en vida le contenu sur la feuille de papier el dit en français :

— Voilà, papa Crochu; pèse-moi cela et donnemoi des piastres à la place; mais ne me vole pas ou je renverse ta baraque.

— Qui t'appelle? grommela le banquier. Prends ton or, et va ailleurs.

— Allons, allons, pas tant de paroles. Pèse-le, te dis-je, je ne détournerai pas les yeux de tes doigts crochus.

Le changeur enfonça sa main dans le petit tas de paillettes d'or, et prétendit (|ue le métal n'était pas pur; l'autre soutint le contraire en jurant. Tout en parlant et en discutant, le changeur pesa l'or et compta une certaine somme en piastres. Les chercheurs d'or quittèrent la boutique en disant que ce serait un fin renard, celui qui saurait les tromper.

Pardoes emmena ses amis. Lorsqu'il sévit assez éloigné du changeur :

— Je connais ce papa Crochu, dit-il. C'est le plus grand escroc que l'on puisse trouver dans toute rAméri(|ue. Il a fait en France dix ans de t-alèrc |)our avoir signé de faux billets de banque. Vous cioyez (ju'il n'a pas trompe ce naif blagueur? Il l'a dupé trois fois. Premièrement, il a un poids en cuivre dans l'intérieur duquel il y a de l'or, et qui pèse par conséquent beaucoup trop; secondement, il ne leur a pas donné le prix de l'or, et à beaucoup près, et, troisièmement, il a escamoté une partie de l'or de ces hommes, à travers le papier.

— A travers le papier? s'écria Donat étonné. Est-ce (|ue l'or passe à travers le papier?

— Tu ne rom|»rends pas ce (|ue je veux dir(>. Il y a deux ou trois feuilles l'une sur l'autre; au milieu de chacune de ces feuilles, il y a une coupure que l'on ne peut apercevoir. Pendant qu'on |)arle et qu'on se dispute, le changeur joue avec ses

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Deux chercheurs d'or s'approchèrent du comptoir. (Page i.

doigts dans l'or, en apparence pour s'assurer qu'il est pur; mais il remue les feuilles de papier de telle façon que les coupures s'ouvrent et une partie de l'or passe au travers. Il a volé de celte manière une once d'or à son dernier chaland.

— Etl'as-tu remarqué enfin cette fois? demanda Victor.

— Certainement, aussi bien que je te vois.

— Pourquoi n'as-tu pas prévenu ces pauvres chercheurs d'or?

— Oui-dà! si on calcule ainsi dans les placers, on s'attire à tous moments les alfaires les plus dangereuses. Chacun pour soi: tant pis pour celui qui se laisse tromper. Si j'avais dit un mot, le changeur aurait appelé par un coup de sifflet, un cri ou tout autre signe, les gens des stores environnantes et nous aurions été entourés instantanément d'une vingtaine de gaillards menaçants. Les propriétaires des boutiques ont conclu une sorte d'alliance pour

leur défense générale. Sans ce moyen, ils ne pourraient pas tenir longtemps ici.

Ils passaient en ce moment devant quelques stores où l'on vendait de la farine, du lard et d'autres provisions.

— Un jambon! s'écria Donat. Mes amis, voilà un jambon! Pardoes, achetons-le; nous ferons bombance. L'eau m'en vient à la bouche. Du jambon, mes amis, c'est un régal quand on n'a mangé depuis si longtemps que des galettes avec du lard à moitié gâté!

— Innocent! dit le Bruxellois. Ce jambon coûte peut-être quatre onces d'or.

— Quatre onces d'or? Pardieu, il fait bon avoir des porcs ici. Quelques onces d'or, et il y a quatre jambons à un porc!

— Non, mais nous achèterons du tabac; nous n'en avons presque plus, et cette consolation ne peut pas nous manquer.

LE CHEMIN DE LA FORTUNE

Ils s'approchi'ient de la Itouticjue. Pardoes prit un pacjiii't de lahac qui pouvait jjeser deu\ livres, et en deiuarida le prix.

— Ciu(| dollars, répondit-on.

— Plus de vingt-six francs? grommela Donat. A ce prix, j'achète toute une cliarrete de tabac à Natten-llaesdonck.

— Il n'y a rien à dire, mes amis, remarqua Pardoes. Les prix baissent et haussent ici encore mieux qu'à la lîourse. Nous venons dans un mauvais moment; il y a peu de tabac dans les stores. Si nous attendons jusqu'à domain, nous devrons probablement ilonner le double. — Venez, allons boire un yrog dans cette grande tente.

— Si nous buvions plutôt une bouteille de vin? demanda le baron ([ui paraissait de bonne humeur.

— Une bouteille de vin? Elle coule au moins une once d'or el nous avons à peine dix dollars à nous tous.

— Va donc pour le 'ji'og, puisque le vin dépasse nos moyens.

La tente dans laquelle ils entrèrent était remplie de gens (|ui se tenaient debout et avaient un verre à la main, car il n'y avait là aucun siège. Aussi, dès que les Flamands curent vide leur grog et payé quatre dollars, ils quittèrent cet endroit, où l'on frémissait en entendant ce langage grossier des ivrognes qu'on voyait chanceler de tous côtés et où l'on suffoquait à cause de l'épaisse fumée de tabac qui empêchait presque de respirer.

— Venez, maintenant, messieurs, dit le Bruxellois, nous en avons vu assez, et nous ne pouvons pas oublier que nos amis qui sont là-bas aimeraient aussi à venir dans la vallée et aux stores. Nous possédons encore six dollars. Nous en donnerons deux à Creps et à l'Ostcndais pour boire aussi un grog. Nous garderons les autres à tout événement.

11 s'arrêta cependant devant une tente spacieuse qui semblait renq)lie de monde, et dans laquelle on cnlondait un grand bruit comme si une querelle s'y fut élevée.

— Que vend-on là dedans? demanda le baron.

— C'est une maison de jeu, répondit Pardoes se frottant le front en réiléchissant.

— Ah! je le vois bien, dit Hoozeman. Itegarde le malheureux (]ui en sort! 11 est pâle rotnrnc un mort, récume lui sort de la bouche, il s'arrai he les cheveux. Pauvre jeune homme, il a perilu peutêtre en unr heure la fortune (|u'il avait arrachée à la terre par six mois d'un travail d'esclave!

— 11 me vient une idée, murmura le Iliuxellois Les dollars que nous possédons encore ne peuvent nous être d'une grande utilité. Si nous allions nous risquer au Jeu? Avec un peu de bonheur, on y

gagne souvent une grande fortune en quelques minutes.

— Non, non, je n'entre pas là pour un morceau d'or aussi gros que le poing! s'écria Donat. Je n'ainierais guère perdre le lobe de ma seconde oreille.

— El les camarades de la montagne? objecta Victor. Irions-nous perdre l'argent qui leur appartient? D'ailleurs, on se bal sans doute là-dedans...

Le mol n'était pas sorti de sa bouche qu'un coup de pistolet retentit dans latente. Un mouvement violent agita le groupe de joueurs, et il s'ouvrit immédialement pour laisser passer quehjues hommes (|ui portaient un radavre ou un mourant parles bras et par les jambes, tandis qu'au-dessus de leurs tètes brillaient encore des couteaux menaçants el que d'affreuses imprécations remplissaient l'air. La victime qu'ils emportaient hors de la maison de jeu avait reçu une balle dans la poitrine; le sang coulait encore de l'horrible blessure.

Les porteurs, qui n'étaient pas moins furieux et ne juraient pas moins que leurs ennemis, disparurent derrière la tonte .. Tout, dans la maison, reprit son train habituel et on entendit de nouveau la voix du banquier dominer le murmure des joueurs. Los Flamands, émus, poursuivirent leur chemin et gardèrent quelque temps le silence.

— Ouo vont-ils faire niainlonant du cadavre du malheureux joueur? demanda Hoozeman.

— Il vont creuser un trou au pied du rocher el le couviir do terre el de |>iorres.

• — Sans autres cérémonies?

— Rien.

— N'y a-t-il pas de prêtre ici pour dire au moins une prière sur la tombe? demanda Donat.

— Un |>rêtre? répéta Pardoes. Un prêlre dans les placers? Il est venu un prêtre lorsque j'y étais. L'homme avait do bonnes intentions ; il commença à sermonner et voulut rap[)oler aux chercheurs d'or qu'ils étaient chrétiens. Savez-vous ce qui est arrivé? Le pauvre prêtre, pour ne pas mourir de faim, a été obligé de chercher de l'or comme les autres. Personne ne le voulut pour compagnon, parce qu'il voulait entraver par ses exhortations la liberté sauvage qu'on regarde ici comme runi(|ue avantagi! véritable do la vie des placeis. Il a été obligé i\r s'engager comme journalier au service d'un rliercheur d'or. Où il est resté depuis lors, je n'en sais rien. — Eh bien, Donat, (|no fais-tu donc, niais? As-tu peur (jue le sjiectre du mort te poursuive? Tu fais des signes de croix et lu cours avec les mains jointes. .le crois que tu trembles.

— Je prie pour l'àmc du joueur assassiné et un peu pour la mienne, répondit Donat. Je tremble, en eflel, à l'affreuse pensée que le pauvre Donat pourrait au>si mourir dans ce pays maudit. Être en-

LE CHEMIN DE LA FORTUNE

terré dans un coin comme un chien, sans prêtre, sans prières! Pas même une petite place de terre i)énite pour entendre le jugement dernier!

Pardoes éclata de rire.

— Oui, oui, ris toujours, murmura Donat avec un gros soupir. Chacun ses idées. Je ne veux pas reposer ailleurs que dans le cimetière de Natten- Ilaesdonck, où reposent mes parents. Alors je serai au moins certain que Anneken fera mettre une croix de bois sur ma tombe et versera quelquefois une larme en mémoire de son malheureux Donat.

Et ces tristes pensées l'attendrissaient si fort qu'il commença à se frotter les yeux avec la manche de son long frac pour sécher deux larmes qui obscurcissaient sa vue.

Roozeman, dont l'esprit avait été assombri par la vue du cadavre et par les paroles de Donat, consola cependant son mélancolique ami en lui faisant espérer que Dieu, qui les avait visiblement protégés jusque-là, leur accorderait de retourner sains et saufs dans la belle et heureuse Belgique. Il parla de leur arrivée aux placers, des fouilles qu'ils allaient faire dès le lendemain, de l'activité avec laquelle ils travailleraient, de l'or qu'ils trouveraient probablement en abondance et qui leur permettrait de retourner bientôt en Europe riches et contents et de rendre heureux à jamais Anneken, Lucie, leurs parents et leurs amis.

L'esprit de Donat était extrêmement mobile. Il fallait peu de chose pour lattrister et l'abattre; mais peu de chose aussi suffisait pour lui faire envisager les choses sous un plus beau jour et lui rendre le courage et la confiance. Il souriait déjà aux joyeuses perspectives que le généreux Roozeman n'avait fait briller devant ses veux que pour le consoler. Le naïf jeune homme avait déjà oublié le cadavre, et causait du château qu'il allait acheter, de l'existence digne d'envie qu'il allait proccurer à son Anneken, de ses petits yeux noirs et de la tendre affection qu'il savait bien qu'.elle lui portait.

Pendant qu'ils s'encourageaient ainsi l'un l'autre par la peinture d'un bonheur très éloigné, ils atteignirent le pied du rocher sur lequel était leur tente.

Le matelot maugréait et paraissait très fâché, parce qu'ils étaient restés si longtemps; il voulait aussi aller aux stores \ et quoique la nuit commençât à tomber, il prétendit ne pas se priver de ce plaisir. Lorsqu'il apprit qu'ils avaient bu chacun un grog, il exigea un dollar et invita Creps à aller avec lui. Celui-ci refusa son offre en disant qu'il était trop fatigué et qu'il avait grand sommeil. L'Ostendais partit seul. Les amis, après avoir mangé quelques crêpes, burent un peu de

café et posté leur sentinelle, s'enveloppèrent sous leur couverlure et se glissèrent sous la tente. Un quart d'heure après, ils ronflaient si fort qu'on eùl pu les entendre à cent pas.

Vers onze heures, Donat, en sentinelle diligente, se promenait de long en large près de la lente. La lune brillait dans un ciel pur; elle n'était qu'à son premier quartier, mais elle répandait assez de clarté pour faire distinguer les objets de très loin comme des ombres noires. Donat pensait bien de temps en temps au cadavre du joueur tué, et disait tout bas une prière pour le repos de son âme; parfois il s'imaginait voir dans les ténèbres une ombre qui prenait pour lui la forme du Mexicain que le matelot avait assassiné en route; il entendait bourdonner à ses oreilles les effroyables malédictions du fils de l'innocente victime; — mais il cherchait à se distraire et à se prémunir contre cette peur secrète en contemplant la vallée béante à ses pieds et pareille à un précipice à moitié éclairé. Des centaines de feux brûlaient ou couvaient encore; les sentinelles et les rares hommes qui erraient dans la lueur rouge des flammes ressemblaient à des diables veillant sur des âmes réprouvées. La vallée, avec ses ténèbres impénétrables, son silence de mort et ses murailles de rochers gigantesques, faisait une impression profonde sur l'esprit de Donat, comme s'il avait cru voir le faubourg de l'enfer.

Tout à coup son attention fut attirée par le son d'une voix rauque qui s'élevait au loin derrière les broussailles. Il lui sembla qu'il y avait là des hommes qui se disputaient, car il entendait d'affreuses paroles et des menaces furieuses. Voyant quelqu'un s'approcher entre les sapins, il apprêta son fusil et cria :

— Qui vive?

— Je vais tout à l'heure te tordre le cou, maudit Yankee! répondit une grosse voix qui ne ressemblait pas mal au grognement d'un ours.

— Ah! c'est toi, Ostendais! dit Kwik en riant. Il me semble que tu as la tête lourde et les jambes faibles. Par ici, camarade, par ici!

— Qu'enlends-je? hurla l'autre qui était encore occupé, en imagination, à se disputer avec des hommes invisibles. Tu oses le répéter : je suis un lâche? Dis-le encore une fois!... Tiens, meurs, coquin!

Une balle siffla aux oi/eilles de Donat.

— Allons, allons, Ostendais, bégaya-t-il tout étourdi, je ne suis pas un ennemi. Je suis Kwik, ton ami.

Mais avant qu'il eût achevé ces mots, le matelot se jeta sur lui de tout le poids de son corps, et le prit à la gorge comme s'il voulait l'étrangler. Tous deux se renversèrent et roulèrent par terre.

LK (Il KM IN DE LA FORTUNE.

Le coup lie |ii>l(ilel avait fait sauter leurs compagnons Imrs de la lente; il furent encore pins surpris pai- le cri de détresse de Donat, que le matelot, avec une force irrésistible, tenait cloué par terre, un gi'uou sur sa poitrine, en criant comme un insensé :

— Des Américains, me l'aire taire ? Je broierai ainsi le cieur ilu pins fort Yankee!...

En ce moment leurs amis, réveillés, s'élancèrent au secours du pauvre Kuik et l'arrachèrent des mains du matelot. Celui-ci ne les reconnut plus cl voulut se battre avrc tons. On lui prit ses armes et on lAclia de le calmer : mais il tapait, ruait et mordait comme un possédé.

— I.c lasso! le lasso! cria le Bruxellois. Donat sortit de la lente en courant et dit en apportant à Pardoes l'objet demandé :

— Voilà! voilà! Je voulais justement lier la bêle féroce. Vite! vile! il nous attirera une punition du ciel par ses horribles blasphèmes!

l'ardoes entortilla le matelot dans le laaso. L'ivroiîue se débattit encore un momcnl, puis il tomba lourdement sur le sol, sans mouvement. Il rugissait comme un lion; ses malédictions éveillaient les échos de la v;dlée.

— Donnez-moi sa couverture, dit le Hruxellois. Ne soyez pas si émus, messieurs; ce n'est que l'ivresse. Demain, il no >aura plus ce qu'il a fait. Rrlonrnez dans la lente, camarades; je monterai la yarde et je veillerai sur lui pendant une couple d'heures. Dans dix minutes, il dormira comme une souche.

Lorsque les autres furent entrés sous la tente, Donat dit à Jean Crejis, (jui était couché à côté de lui :

— .Monsieur Creps, j'ai encore une idée.

— Allons, tais-toi, iJonal ; on dirait tjue nous sommes ensorcelés.

— (l'est justement ce que je pense. J'ai souvent entendu parler de grands trésors qui étaient maudits et gardés par un dragon à sept tètes qui crachaient du poison ; mais ici il n'est pas besoin d'un drairon à sept télés pour cracher du poison. Le poison e^t dans l'air, et je commence à croire (jue nous finirons [)ar devrnir tous enragés. Songez donc, pour l'amour de Dieu, jusqu'où cela va : là, tout à l'heure, lorsque cet animal écumanl était couché sur ma poitrine, j'avais une etTroyalile tentation de lui dévorer le nez ; mais je n'ai pas enccu'e respiré assez de poison, car je ne l'ai pas fail ; Jean, monsieur Jean, voilà qu'il recommence à hurler.

In rondement >ourd lui répondit, n lais.sa retomber la léte avec découragement sur son bavre-sar et murmura :

— Heureux gaillards! ils dorment cl ronflent

comme s'ils étaient ilans un lit de plumes !... Pourquoi mon cœur n'esl-il pas aussi fort que le coiïre... le coffre où le bon Dieu l'a renfermé !.., De l'or? de l'or? J'aimerais luieux me battre contre un dragon à sept...

Lt lui aussi, dompté par la fatigue, succomba sous le r)oids de son sommeil.

LES FOIILLES

Le lendemain, (luandJean Creps, dont c'était le tour de faire la cuisine, éveilla ses camarades pour prendre le café et manger des galettes, le matelot ronflait encore sur la dure, sous une couple de couvertures ,

On fut obligé de le rouler de droite à gauche pour lui faire ouvrir les )-''U\. 11 se leva et frotta SOI? front alourdi, comme un homme qui ne sait où il est, ni ce (jui se passe. Ses compagntms lui rap|)elèrenl sa brutalité de la veille et ne lui épargnèrent pas les reproches. Le baron surtout paraissait indigné et exhalait sa colère en paroles amères parmi lesquelles le mot vauniUc blessa profondément le matelot. Cependant il dissimula sa colère pour le moment. Il s'excusa en disant (pi'il était ivre et qu'il s'était querellé avec des Américains, gris comme lui. Le jeu était la cause de tout; il avait risqué son dollar; la chance lui avait souri et il en avait gagné une (juinzaine d'autres. Il avait dépensé tout cet argent eu grogs; et cependant il assurait (pi'on devait y avoir versé quelque chose pour le rendre si étourdi et si furieux. En tout cas, c'était un petit malheur; cela pouvait arriver à tout le monde, croyait-il, et désormais il se défierait de la boisson empoisonnée des placcrs. Pardoes, (|ui était son ami, le défendit. Ainsi fut pardonné et oublié l'incident.

— Ne perdons pas trop de temps, dit le Druxellois, — Donat, va chercher le mulet et charge-le; nous enlèverons la toile de la tente et nous nous préparerons en toute hâte pour le voyage. Aujourd'hui, mes amis, nous devrons encore marcher pendant troi>. heures, les chemins sont difficiles, ce (jui veut dire que, comme ailleurs, il ny a pas de chemins. Nous tâcherons, autant que possible, de suivre le cours de la rivière. Je connais celle contrée et je sais où est situé le placer que le Français m'a désigné. C'est aujourd'hui mardi : avec les provisions que les muletiers nous (uit données, nous pouvons vivre encore une semaine. Dimanche prochain, nous irons aux slorrs, qu'on tr(»uve plus haut près de la rivière, acheter de

LE CHEMIN DE LA FOnTUNE.

nouvelles provisions avec l'or que nous aurons trouvé.

Ils partirent quelques minutes après, assez contents, soupirant après l'endroit où ils allaient enfin commencer leur métier de chercheurs d'or.

Après plusieurs détours entre les plis des montagnes, après s'être rapprochés, puis éloignés vingt fois de la rivière, pour éviter les lits profonds des torrents à sec, ils arrivèrent enfin, vers midi, sur une hauteur d'où l'on voyait une petite vallée au milieu de laquelle le Yuba coulait en murmurant.

Le Bruxellois regarda un instant avec attention dans la vallée, puis il dit :

— Camarades, nous y sommes. Regardez là, tout en bas, ces trous creusés, vous en comptez sept, n'est-ce pas? Cette petite rivière qui descend de la montagne, cette haute cîme avec ses sapins majestueux, oui, oui, c'est le placer que le Français a quitté. Coupons sur cette hauteur le bois qu'il nous faut pour dresser notre tente, pour établir notre claie et faire du feu. Alors nous descendrons et nous chercherons une place convenable pour commencer notre travail. Nous sommes tout à fait seuls, nous n'avons rien à craindre des autres chercheurs d'or.

Heureux de toucher enlin au but de leur voyage, ils se mirent gaiement et en chantant à abattre du bois; en peu de temps, ils en eurent plus qu'il n'en fallait pour la journée. Arrivés dans la vallée, Is voulurent se mettre immédiatement à chercher de l'or; mais Pardoes leur fit auparavant dresser la tente pour y placer les provisions et les armes, et commanda à Donat de mener le mulet plus loin, vers une partie de la vallée couverte de plantes vertes.

— Venez, maintenant, dit-il aussitôt qu'ils eurent obéi, prenez les bêches, les pioches et un plat en fer-blanc.

Pendant qu'ils le suivaient et qu'ils regardait alternativement la terre, la rivière et les roches, comme pour reconnaître une place favorable, il ajouta :

— Ne soyez pas trop impatients, camarades, il n'est pas certain que nous trouvions dès aujourd'hui la terre aurifère. Cette terre se trouve souvent à vingt pieds de profondeur; mais ne vous découragez pas pour cela; car très souvent on finit par se féliciter d'un travail que l'on croyait inutile et perdu. Les pépites, quand il y en a, gisent d'ordinaire très profondément, même sur les roches dures, sous la terre d'alluvion. Je crois que nous ferons bien de creusera l'endroit où nous sommes maintenant : cet endroit est dans la ligne des puits où le Français et ses compagnons ont trouvé beaucoup d'or. Je vais tracer la circonférence de

notre puits; mettez-vous gaiement à l'œuvre.

Donat fit le signe de la croix et marmotta une prière pendant qu'il donnait le premier coup de pioche dans la terre. D'autres se mirent à travailler et, d'après eux, le trou devait être bientôt creusé; mais les cailloux et les pierres sur lesquels leurs outils frappaient constamment firent évanouir immédiatement cette illusion.

Ils travaillaient néanmoins avec tant d'ardeur, qu'au bout de peu de temps, la sueur coulait à grosses gouttes de leurs fronts. Le baron s'était mis à la tâche avec une passion fébrile ; il semblait poussé par une folle hâte et murmurait des paroles inintelligibles; mais, après une couple d'heures, ses mains délicates étaient couvertes de cloches. Épuisé et succombant à la lassitude, il proposa de se reposer pendant un quart d'heure pour reprendre haleine.

Le matelot, qui n'avait pas oublié les durs reproches sur son ivrognerie, s'écria qu'il ne s'agissait pas de se reposer, qu'on ne venait pas en Californie pour faire le paresseux et que noble et canaille devaient travailler également.

Le baron, blessé par cette raillerie, lui adressa quelques mois aigres. Il s'éleva une grande dispute, et les deux amis étaient près de s'entre-tuer dans le puits même. L'intervention de Pardoes calma les esprits; et, comme on s'était reposé, on reprit le travail avec une nouvelle ardeur.

Chaque demi-heure, Donat demandait au Bruxellois :

— N'y sommes-nous pas encore?... Voilà une poignée de terre. Regarde bien s'il n'y brille pas d'or !

Les autres n'étaient pas moins impatients et examinaient de près les petits cailloux et l'argile que remuaient leurs pioches pour découvrir l'étincellement si désiré des paillettes d'or ; mais le Bruxellois leur dit que leurs peines étaient inutiles, et qu'ils ne trouveraient l'or qu'après avoir traversé une couche de sable gris ou rougeàtre.

La nuit allait tomber; les travailleurs avaient déjà creusé si profondément, qu'ils ne voyaient plus que le ciel au-dessus de leurs têtes. Le découragement commençait déjà à refroidir leur enthousiasme et à leur faire sentir leur extrême fatigue, lorsque Pardoes s'écria avec joie :

— Nous y sommes! Nous avons atteint l'or ! Des cris frénétiques répondirent à cette nouvelle, et un triple hourra s'éleva du puits béant.

— Vite, donnez-moi une couple de pelletées de ce sable rougeàtre; je verrai, en le lavant dans la rivière, ce que nous devons en attendre.

Tous sortirent du trou avec une curiosité fébrile et le cœur battant d'émotion. Pardoes trempa le plat de fer-blanc dans la rivière, le secoua et dé-

LE CHEMIN DE LA FORTUNE

laya la leire qui y était, de lellr» sorte (ju'elle s'écoulait avec l'eau, tandis que l'or et les cailloux, qui étaient plus pesants, restaient au foiul du plat. Alors il (Mileva, autant (|ue possible, les pierres et continua à laver jusqu'à ce (|u'il crut pouvoir jui^er de la quantité d'or. Ce travail dura assez lonjrtenips, et la nuit était déjà si avancée que Pardoes ne pouvait distinijuer i|u'avec peine ce qu'il y avait an fond du plat.

— Eh bien ! eh bien! s'écria Donat frémissant d'impatience, l'avons-nous atteint? Y a-t-il de l'or, beaucoup d'or?

— Il y a (le l'or, ré|)ondit le Bruxellois en leur montrant le |>lat. Voyez les pailleltesdans le sable. Beaucoup ou peu, je ne puis en jnj,M;r, faute de lumière. .Mlumons le feu, nous le saurons.

Tous le suivirent du côté de la lente. Donat faisait des bonds extravai^ants et était à moitié fou de joie. 11 n'y avait plus de doute pour lui qu'il ne recueillit en peu de temps de i,Mands trésors, et qu'il ne put bientôt quitter un pays où tout était mauvais et lionible, l'or seul excepté.

Lors(jue le feu fut allumé et (pi'on put voir, à la llamme du bois résineux, ce qu'il y avait dans le plat, Pardoes içrommela avec déception :

— Il y a de l'or, vous le voyez briller, mais la quantité est minime. Si nous ne trouvons pas de terre (|ui contienne de jdus nombreuses et de plus grosses paillettes, nous ne gagnerons pas assez pour acheter notre nourriture quotidienne dans les stores. Ne vous découragez pas cependant après une tentative défavorable; cette couche de sable peut être très épaisse, et au fond elle deviendra probablement plus riche.

Les com[>agnons prirent tour ù tour le plat et regardèrent avec étonnement les |)etites paillettes presfjue sans poids fini brillaient au fond, à la lueur des flammes.

— C'est drôle, s'écria Kwik, on dirait (|uc ce sont des petites écailles do poisson !

— l'as de bêtises, dit le matelot. Venez, continuons à travailler encore une heure on deux; lobs curité ne nous empêchera pas d'approfontlir le trou.

— Travailler? encore travailler maintenant? soupira le baron en montrant ses mains dont l'une était rouge de sang.

— Non, non, nous allons manger et nous coucher, comme d'habitude, dit Pardoes d'un ton impérieux. Il n'est pas prudent d'épuiser ainsi en un seul jour tontes ses Inrces, jusiiua i isquer de se rendre malade. Nous devons travailler de manière à pouvoir travailler longtemps.

Il n'y avait rien à répondre à cela; le souper fut apprêté et dé\oré avec un appétit féroce. On [daça le matelot en sentinelle, et tous 1er, autres se traî-

nèrent sous la tente et se couchèrent en rêvant à l'or qu'ils trouveraient le lendemain...

Le jour suivant, à la première lueur du matin, la claie fut portée au bord de la rivière et placée sur un soutien en bois, de manière (|u'on pût la secouer.

Cette machine a la forme d'une barquette : la partie supérieure est un tamis grossier; au-dessous, sur le sol, sont clouées une quantité de lattes croisées, et au milieu il y a une ouverture. On verse la terre aurifère sur le tamis et on l'arrose abondamment d'eau, en secouant la claie avec force. Le tamis retient les cailloux et les pierres et ne laisse passer que le gravier et la terre aurifère. Dans la claie, cette terre est changée en une boue liquide par le cla|totement d(! l'eau et elle passe par l'ouverture avec le plus gros du gravier, tandis que les paillettes d'or, mêlées avec un peu de sable, restent derrière les lattes croisées. On sèche ce reste au soleil tlans un plat ; en soufflan puissamment, on disperse le sable et on a enfin de l'or pur, en paillettes, ne ressemblant pas mal à des écailles de poisson.

Tel était du moins l'appareil des chercheurs d'or flamands, et ce procédé leur fut indiqué par le Bruxellois.

Cette matinée-là, ils travaillèrent avec autant de passion que la veille en s'excitant l'un l'autre par des cris joyeux ; ils couraient avec leur charge de terre, du puits à la rivière, secouant fortement la claie, et versaient des torrents d'eau sur le tamis. Pardoes seul paraissait moins excité que les autres. Quand ses compagnons, à chaque examen du sable aurifère de la claie, battaient des mains avec joie et que Donat dansait de plaisir, il hochait la tête et un sourire de doute errait sur ses lèvres. Il s'efforçait de tem|)érer leur joie en leur faisant comprendre qu'il n'y avait pas lieu d'être si content; mais ils voyaient dtî l'or, beaucoup d'or, croyaient-ils; et. clia(jue fois (|u'on ouvrait la claie, il brillait de nouveau à leurs yeux. Qu'est-ce qui pouvait les empêcher d'amasser de grands trésors quand chaque heure les mettait ainsi en possession d'une nouvelle quantité d'or?

Lorsque le soleil lut monté très liant dans le ciel et (jue le moment de dîner lut venu, le Bruxellois fit cesser le travail près de la claie et commenta devant eux à séparer le sable de la poussière d'or en soufflant dessus pour leur montrer lamat\ière de s'y prendre. Les amis ne furent pas méiliocrement étonnés de voir les paillettes élincelantes considérablement réduites par cette opération. Le baron soupirait, le matelot grommelait, Victor regardait la terre avec découragement, Donat avançait la lèvre, Jean Creps riait de la déception générale.

LE CHEMIN DE LA FORTUNE

Cependant, lorsqu'ils eurent lavé beaucoup de plats de sable, dont les uns donnèrent plus que les autres, ils obtinrent enfin pour résultat une quantité de paillettes d'or que Pardoes estima au poids net de deux onces, pour lesquelles on recevrait dans les stores, en argent ou en marchandises, vingt-huit dollars ou environ cent cinquante francs.

— Eh bien ! eh bien ! s'écria Kwik, pourquoi avez-vous l'air si triste, messieurs? C'est, pardieu! un salaire quotidien de trois cents francs pour nous six; cinquante francs pour chacun! Je ne sais si les ministres, là-bas, en Belgique, en gagnent autant.

— Cela ne promet rien de bon, dit Victor découragé. Ainsi, par ce rude travail de cette vie de chien, nous aurions amassé en six mois cinquante mille francs. Pas même dix mille francs pour chacun!

— Ah ça! perdez-vous l'esprit? s'écria Pardoes avec impatience. Vous m'ennuyez avec vos calculs d'enfants. Il ne nous restera rien du tout au bout de six mois. Croyez-vous donc que nous ne devons pas manger? Et vous verrez ce que nos estomacs peuvent dévorer, grâce au travail des mines. Pour rester en bonne santé et conserver nos forces, en un mot pour acheter ce qui nous est nécessaire, tant pour notre nourriture que pour nos autres besoins, nous devons trouver au moins chacun une demi-once d'or par jour. Vous paraissez étonnés? Voyez, mes souliers sont usés, il faudra que j'en achète une paire de neufs. Combien croyez-vous que coûte dans les stores une paire de mauvais souliers? Les deux liers d'une once d'or, plus de cinquante francs ! Il serait bon que nous eussions une paire de bottes de marais, pour ne pas nous rendre malade en restant ainsi continuellement les pieds dans la rivière. Une paire de bottes pareilles coûte peut-être dix onces d'or : cinq cents francs !

Tous courbèrent la tète avec Une amère déception; Donat s'arracha une mèche de cheveux et murmura :

— Ane que tu es, voilà la récompense méritée de ta folle cupidité! Tu t'échines là à quelques milliers de lieues de l'heureux Natten-Haesdonck...

— Venez, allons dîner, dit le Bruxellois. Je meurs de faim et vous n'aurez pas moins d'appétit que moi.

En peu de temps, le café et les crêpes furent prêts. Pendant qu'ils dévoraient en silence, avec l'avidité de loups affamés, une prodigieuse quantité de galettes, Pardoes reprit :

— C'est triste, en effet, messieurs, de n'être pas tombés, comme nous l'espérions, sur un riche gi-

sement d'or; mais vous avez tort d'être si découragés pour cela. Chercher de l'or, c'est comme une loterie. 11 y a des gens qui travaillent des mois presque pour rien et qui trouvent ensuite tout à coup, en un seul jour, une grande fortune. J'ai connu un homme qui n'avait pour compagnon que son fils, et qui a tiré, en deux mois de temps, pour soixante mille francs de pépites du même trou. Il faut avoir de la patience; notre numéro n'est pas encore sorti, mais le bonheur peut nous sourire à l'improviste. Dans tous les cas, si nous ne trouvons pas ici de l'or en assez grande quantité, nous ne perdrons pas trop notre temps et nous partirons aussitôt que possible pour le placer inconnu de la rivière de la Plume, Là, il y a beaucoup de pépites et de très grosses.

— Mais est-ce bien certain que tu trouveras l'endroit désigné? demanda Jean Creps.

— Tout à fait certain : le chercheur d'or suisse m'a parfaitement décrit et dessiné, sur un morceau de papier que je tiens dans ma poche, les chemins pour aller de Yuba jusque-là.

— Eh bien, partons donc tout de suite! s'écria Kwik. Ce placer me rebute déjà énormément.

— Partir? répéta Pardoes avec un sourire ironique. Pour aller au placer inconnu, il nous faut assez de provisions pour vivre tout un mois. Il est au moins à huit journées démarche d'ici, et il n'y a pas de stores. Nous ne pouvons donc partir avant d'avoir épargné quelques centaines de dollars.

— Eh bien, faisons de nécessité vertu et continuons le travail avec un nouveau courage! dit Creps en se levant.

Ils suivirent son conseil et secouèrent la claie avec tant d'ardeur que, le soir, ils avaient rassemblé six onces d'or pour prix d'une journée de travail. Quoique ce ne fût pas un brillant résultat, leur espoir d'une meilleure couche de terre s'en trouva fortifié, et le lendemain ils reprirent leur travail pleins de confiance.

Us éprouvèrent bientôt qu'en cherchant de l'or on tombe d'une incertitude dans une autre. A midi, le lavage de la terre n'avait presque rien produit, et la plupart d'entre eux étaient d'avis d'essayer à une autre place dans la vallée. Pardoes ne voulut pas y consentir et prétendit qu'on devait creuser aussi profondément que possible pour voir si l'on n'atteindrait pas la roche souterraine.

— Là, nous pourrions trouver des pépites, dit-il, et ainsi, nous serions au moins récompensés de notre travail. Ordinairement on découvre sous la terre d'alluvion de petites couches de pierres placées verticalement et qui forment de petites crevasses. C'est dans ces crevasses que se trouvent les pépites ou morceaux d'or.

r.E CIIKMIN DE LA FORTUNE.

Suivant ce conseil, ils Iravaillèrent deux jours encore dans une terre pauvre, de sorte que, le cin(|uitMne jour, lorsqu'ils r.isseniltU'rent tout leur or dans un plal de ffr-blaiic, lo Ilnixcllois l'c'valua au jtoid d'une livre environ; nioiiis (ju'il ne leur fallait pour vivre écoiioinii|iieiiient pendant une >eniaitie.

Ils se décourai^èrent de nouveau et travaillèrent avec peu d'ardeur, taciturnes et de très mauvaise humeur. Kwik nuMue semblait plier sous le poids de sa chargede terre, et il allait et venait du trou ;'. la claie sans dire mot. Mais, en revanche, los paroles ai};res ne se faisaient pas attendre.

Tout à coup, Victor, (|ui était en dessous dans le puits, se mit à appeler ses camarades. Tous accoururent, craignant que Roozeman ne fut peutêtre enterré sous un éboulemenl; mais comme leur cienr battit violemment lors(|n'il leva la main et leur montra une pépite grosse comme une fève, en s'écriant d'une voix étouffée |)ar l'émotion :

— Ah! Dieu soit loué, le trésor est trouvé ! Je vois briller dans le puits beaucouj) de morceaux il'or semblables à celui-là.

iJonat jeta un cri et se laissa tomber étourdiment dans le puits au risque de se cnsser bras et jambes, et heurta violemment l'épaule de Victor.

Le baron riait d'un air sinjjulier et parlait tout bas lie l'aria, de trésors, de femmes, de chevaux...

Ils avaient touché la roche du fond et la piédiction de Pardoes s'était réalisée; car les pépites trouvées frisaient sur une couche de |)ierres caU caires. Là, on chercha avec une ardeur fiévreuse; 00 gratta la terre avec les doigts dans les interstices de la pierre, on rit, on cria, on chanta, la joie ne connut plus de bornes. Les chercheurs d'or, transportés, trouvèrent encore quelques pépites, moins pesantes pourtant que la première. C'étaient, pour la plupart, de petits m(uceaux gros comme un grain de seigle, d'aulri.'S un |)eu plus petits, et trois ou quatre gros et ronds comme des pois.

Lorsque le soir vint et que le trou fut tout à fait vidé', on examina les pépites recueillies et on invita le Bruxellois à les évaluer. Après les avoir attentivement pesées dans la main, il dit que celte aprèsmidi leur avait donné environ une livre et demie, ce (jui jionvail valoir au moins dix-huit cents francs.

Les autres reçurent cette déclaration avec aji- |daudisscments bruyants. Kwik et le matelot se prirent par le milieu du corps, et, malgré leur fatigue, se mirent à danser et à ch.intcr < omme s'ils «taient au pays, à une kermesse de village.

— Ccs.sez ces folies! s'écria le IJruxellois, et écoutez ce que j'ai à vous dire. — Il est aussi déraisonnable, messieurs, de se laisser transporter par une joie exagérée que de courber la tète à la moindre contrariété. Calculez nu peu avec moi.

Nous avons travaillé cette semaine comme des chevaux; nous ne pouvons pas continuer ainsi. Supj)osez que nos cinq journées de travail comptent \)ouv six. Nous avons donc travaillé toute une semaine. Nos paillettes et nos pépites réunies, nous avons amassé deux livres et demie d'or, c'està-dire quarante onces. Je suppose (jue nous employions vingt onces d'or par semaine pour notre entretien à tous, café et tabac compris, il nous reste donc vingt onces. Cela ne ferait, à la fin d'une saison de six mois, que sept mille francs pour chacun de nous. Vous voyez bien (ju'il n'y a pas de quoi se réjouir si fort.

— .Mais les pépites sont là sous la terre! nous le savons et nous les déterrerons, murmura le matelot.

— C'est bien : c'est aussi mon idée ; mais remarquez bien que nous devrions encore travailler toute une semaine pour y arriver.

— Nous pouvons en trouver de plus grosses, dit Creps.

— Oui, et de plus petites aussi; peut-être pas du tout... Vous ne com|»renez pas : la |)lace est bonne; pas pour y recueillir une fortune eu peu de temi)s, mais assez cependant jiour nous fournir les ressources nécessaires à notre voyage vers le placer inconnu du Yuba et de la rivière de la Plume.

Pendant celte conversation, Victor faisait les apprêts du souper.

A la fin du repas, le Bruxellois dit encore :

— Demain, nous nous reposerons, mes amis; on ne travaille pas le dimanche aux placers. Ce jour-là, les chercheurs d'or vont ordinairement aux slores, s'y amusent plus ou moins, y boivent un verre de gioy et y mangent une nourriture un peu meilleure, jus(|u'à ce que la nuit tombe et qu'il soit temps de transportera la maison, c'est-à-dire à la lenle, les provisions pour la semaine. Nous ferons comme les autres, exceité en un point. Les chercheurs d'or qui forment une société partagent ordinairement en petits tas igaux les paillettes et les j)épites trouvées, et en prennent chacun leur part, pour la |)orler au cou dans leurs petits sacs de cuir. Il y en a parmi nous qui savent boire outre mesure, et qui pourraient faire des malheurs. Je propose que vous me laissiez garder l'or aussi longtemps que nous noiis trouverons dans les stores, sinon notre bonne résolution de faire des économies pitnrrait être vaine.

Le matelot grogna bien un peu, parce qu'il comprit que cette mesure était dirigée contre lui; mais lors(|nc Pardoes lui dit (jue c'était aussi le moyen de ne pas se perdre dans les stores, il se soumit et la proposition du Bruxellois obtint l'approbation générale.

LK CHEMIN DE LA l'OllTlINE.

Il le prit entre ses pattes. (Page 18.)

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