‹ [Œuvres complètes de Henri ConscienceChapitre 64 sur 225 · I.E CHEMIN DE I. A KOUTCNE · texte numérisé non relu

I.E CHEMIN DE I. A KOUTCNE

vada, |trobal)Iemcnt à travers des crevasses dont le sol n'avait jamais été cliaulTé \r.\r un rayon de soleil.

Trompé dans cet oITort, Pardoes dil(|ir(»ii ferait mieux de retourner au trou et d'en retirer tout l'or qu'il serait possible d'atteindre. On pouvait, néanmoins, essayer aussi de jruéer la rivière, dût. on revenir au bitrd toutes les cinq minutes pour laisser circuler un San- plus chaud dans les jambe-.

Ils suivirent son conseil et s'occupèrent toute la journée du travail désii^iié. Parfois il y en avait un qui courait au bas du torrent et passait à gué la rivière pour y chercher des pépites. Il arriva que cette tentative réussit plus ou moins: mais chaque fois il fallut y renoncera cause du froid insupportable de l'eau.

Vers le soir, lorsqu'ils allèrent se coucher, l'or fut soupesé de nouveau. On estima le produit de cette jouiiiée à vingt-deux livres, ou environ vinirldeux mille francs.

C'était sans doute un résultat assez brillant. Il est bien vrai que le trou ne contenait plus d'or à leur portée; mais il était à croire qu'on découvrirait encore un gisement semblable dans un autre endroit, et, en outre, qu'on trouverait des moyens pour délmirner l'eau et mettre à sec certaines parties du lit de la rivière, où l'on pourrait ramasser aisément les pépites.

Ceci fut dit par Pardoes pendant qu'ils étaient assis, après le souper, autour d'un grand feu, le plat de pépites devant les yeux et se réjouissant, dans un doux oubli, du bonheur qu'ils avaient rencontré si inopinément a|)rès tant de misères. Quoique la physionomie du baron exprimât une joie outrée, il resta silencieux, sans doute par crainte d'exciter les railleries du matelot. .\vec la conscience de son rang, toute sa fierté naturelle lui était revenue, et il ne voulait plus se commettre avec ce rustre grossier et mal élevé.

— Je ferai bien une proposition, remarqua Crejis, mais je ne sais pas si vous serez assez sage et assez avisés pour l'adopter. Vous avez |)resque perdu la tète...

— Voyons ta proposition, interrompit le matelot.

— Eh bien, jt' propose (piilsoit défendu detravailler après certaines heures à déterminer. Du Irain dont cela va maintenant et (huit cela ira probablement demain et les jours suivants, aucun de nous nefmirala semaine sans s'attirer une grave maladie sur le corps.

— Dah! quelle crainte folle! dit Kwik en riant et en se levant pour battre un entrechat. Voyez, c'est tout comtne si j'avais dormi pendant vingtquatre heures !

— Oui, pour ce qui te concerne, Donat, tu peux avoir raison; mais tout le monde n'est pas si

robuste que toi. Ma santé et celle de mes amis valent plus que de l'or, et je ne veux pas être enterré dans ce ravin s(ditaire, ni y voir enterrer aucun de nous.

Pardoes reconnut, après qnebjues réflexions, la sairesse des conseils que Creps leur dormait. On résolut de vivre justement comme dans le placer de Yuba, et de prendre régulièrement les repas et le repos, sans que personne se permît de chercher de l'or en dehors des heures désignées.

— Partageons mainl<iiant l'or, dit le matelot.

— Partager l'or! répondit le IJruxellois, je puis admettre cette coutume tant (ju'on n'a pas beaucoup d'or ; mais je sup|)ose que, dans peu de jours, nous en possédi(uis soixante livres, courrons-nous alors chacun avec un poids de dix livres au cou.' Qui pourrait travailler ainsi?

— Cesi égal, murmura le matelot, partageons le contenu du plat.

— Oui, oui, rispota Donat ; cela donne de la lorce et du courage, quand on sent balancer, en travaillant, l'or sur son cou.

— Tu es fou!... répliqua Pardoes; nous sommes presque surs de trouver en peu de temps assez d'or pour posséder chacun au moins cent mille francs. Cela serait un poids de quatre-vingt livres que cbacundenousdevraittoujours porter au cou. C'est im- |iossible. Tâchez d'envisager les choses avec un peu de bons sens. Je veux faire aussi une j)roposition. Si nous étions attacjucs par les bandits qui courent les bois on par les Californiens sauvages, ils nous prendraient tout l'or que nous avons sur nous. Nous devons être plus sages et plus rusés. Je propose de chercher dans le rocher un trou, une crevasse ou un endroit caché à «luelques pas de notre tente. Là, nous placerons, à |»artii' de demain, tout l'or que nous trouverons. Nul ne pourra y toucher que lorsque la majorité y consentira, et seulement en présence des autres. Celui qui, sans y être aulori>é, mettra la main sur le trésor commun, ne fût-ce que par curiosité, donne à ses compagnons le droit de le tuer sur-le-champ, et celui <)ui l'épargnera sera considéré comme com|dice de la trahison. Ces mesures sévères sont nécessaires, mes camarades, à notre sûreté. Vous devez les accepter, car il n'y a pas d'autres moyens.

Apres (|uelques murmures du maleb»!, tous donnèrent leur consenlojncnt à la loi proposée. Us se glissèrent .sous leur lente, et s'entortillèrent dans leurs couvertures et se couchèrent le cœur plein d'une d(uice joie.

LE CHEMIN DE LA KO fi TU NE.

Le matelot se laissa descendre dans l'eau. (Page 31.)

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