‹ [Œuvres complètes de Henri ConscienceChapitre 65 sur 225 · LE PUITS · texte numérisé non relu

LE PUITS

A peine une lueur douteuse commençait-elle à descendre dans la vallée que les chercheurs d'or surexcités étaient déjà sur pied. Il y en avait deux ou trois qui n'avaient pas dormi, les autres très peu ; caria certitude de posséder bientôt des monceaux d'or avait agité leurs nerfs et troublé leur repos. Leurs yeux étaient rouges, leurs traits fatigués, leurs corps engourdis et surtout leurs bras étaient raides et douloureux. Après s'être réchauffés en déjeunant près d'un grand feu, ils reprirent assez de courage et de force pour recommencer leur travail.

Ils cherchèrent premièrement une crevasse pour y cacher leur or, et trouvèrent bientôt une place

favorable, à trente pas environ de leur tente ; c'était une fente transversale sous un bloc de rocher, à peine assez large pour y passer la main, mais qui allait en s'élargissant et si profonde, qu'on ne pouvait toucher le fond sans y plonger le bras jusqu'au coude.

Le Bruxellois jeta tout l'or dans ce trou, rapella la loi adoptée, se dirigea ensuite vers le puits, et, après avoir un moment regardé dans l'eau, il dit à ses compagnons :

— Le rôve qui m'a agité cette nuit et qui a troublé mon sommeil est la vérité! Rétléchissez avec moi, mes amis. L'eau qui descend de cette gigantesque montagne descelle dans sa course les pierres aurifères, les brise et les écrase dans l'abîme grondant pendant la saison des pluies; la violence des eaux furieuses fait qu'une partie de cet or est rejetée par l'abime et roule jusqu'ici. Nous le verrions se répandre en grande quantité dans le lit de la rivière

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