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Les autres se levèrent précipitamment lorsqu'ils virent (jue leurs aniisappoitaienl un caiLivrc; Monal se mit à pleurer et à phiimlre hinientiililemeiit le sort ilu malheureux geutilliomuie. .Itan Cie|is alla prendre les couvertures dans la tente et y plara le no\é. Lui et ses amis tirent tous leurs elforts pour rappeler la chaleur et le >eMlimenl dans le cor[is inanimé. l'ardoeset le matelot restèrent près du feu, sans prendre part à ces soins, (prils juj^eaient inutiles. Le dernier parlait même d'enlerrer tout de suite le cadavre au pied d'un rochei-, [tour ne pas avoir a s'en charirer plus lonj;teuip>.
— Il vit! l>ieu merci, il vit! s'écria Itonal. J ai senti une contraction de sa main.
— Oui, oui. il vit encore! affirma Victor. Voyez, il respire.
— Tant pis pour lui et pour nous ! j;rommela le matelot, que cette nouvelle ne semblait pas réjouir beaucoup.
Le mouvement revint réellement dans le coi'ps raidi du baron. Kniin il ouvrit les yeux et se frotta un moment le front, comme i|uel(|iriin (jui s'éveille dun lourd souimeil. Peu à peu un sourire illumina son visage, et il dit avec une sorte d'enthousiasme :
— (Juelle source inépuisable de félicité (pie l'or! Je ne suis île retour de Californie que depuis six mois, et j'ai déjà ijoùté tout le bonheur i\ue le monde peut offiir. Pourquoi la force du corps n'est-elle pas éternelle conime la |)uissance de l'or ! Comme celle nuit a été aijitée! Danser, valser jusqu'à une heure; se disputer le sourire d'une femme; perdre vingt livres d'or au jeu; accepter un duel pour demain et se noyer ensuite jusqu'à la première lueur du jour dans des Mois de vin...
Un cri d'étonnement échappa à ses camarades; le matelot seul riait. Victor prit la main du baron, tâcha de le consoler par de douces paroles et de le faire revenir au sentiment de son étal; mais le gentilhoMimc ne faisait pas attention à lui et criait d'un ton impérieux :
— Kh ! eh ! Latleur, paresseux ! .\h! te voilà? Selle les chevaux; je dois rencontrer la belle marquise d'Ks|)andal au bois de lloulogne. Apprête aussi mes pistulet»:... he^^cends le store luaintenanl; je veux d<»rmir jusqu'à midi. Si (piei(|u'un me dérange, je le chasse !
En achevant ces |)aroles ctiangcs, il reposa sa tète sur la couverture, ferma les yeux el |»arut réellemeul endormi.
Donat et Victor étaient désolés et plai<;i.anut le sort du baron; le matelot ricanait: .lean (!re|is muruiurait. l'ardoes leur dit <|u'ils avaient tort de se laisser. dler à la crainte d'un malheur incertain. Le gentilhomme était en proie à nue forte fièvre, et il n'était pas étonnant que la réaction troublât
son cerveau. On pouvait espérer que le dérangement apparent de ses facultés disparaîtrait avec la maladie.
Les yeux ainsi fixés sur le baron, les chercheurs d'or, tremblants de froid, étaient assis autour du l'eu; et, quoi(|u'oii y eût jeté des arbres entiers, leurs membres frissonnaient comme s'ils eussent iMi la lièvre froide. Leur épidémie recevait bien l'impression de la chaleur: ils étaient à moitié lotis par devant; mais le seul moment de l'immersion les avait tellement pénétrés de froid, (|u'ils frissonnaient jnsipie dans la moelle de leurs os!
Victor seul ne soutirait pas de ce malaise, parce qu'il n'était pas encore entré dans l'eau, .\ussi le matelot ne tarda pas à faire une violente sortie contre lui, comme s'il croyait que l'Anversois cherchât à échapper au plongeon. .Mais Roozeman se leva et dit :
— Allons! trêve à ces soupçons outrageants. Ce que les autres ont fait, je veux aussi le faire. Je suis prêt. Qui tiendra la corde?
— Non, non, ne parlons plus de cette tentative insensée, dit Creps. Nous avons déjà ramené un de nos camarades pres(|ue morl. (^e serait un crime de recommencer cette dangereuse épreuve.
l'ne violente dispute s'éleva. Creps et Donat voulaient s'opposer à la descente de Iloozeman. Le matelot et Pardoes prétendaient qu'il ne pouvait se soustraire à un travail (ju'ils avaient tous fait consciencieusement.
— Kh bien, je dis (ju'il ne plongera pas ! s'écria Kuik. Pour tout l'or du monde, je ne voudrais plus descendre dans le puits; mais..., pour épargner un malheur ou une maladie à M. Victor, c'est (lilTérent. Qu'on me mette le lasso autour du corps; je me laisserai geler encore une fois jusqu'aux os à la place de Iloozeman; je suis fort. Dieu me protégera.
Mais Victor mit fin à la querelle en exprimant la ferme volonté de ne pas être en reste avec ses compagnons. Quoique Donat lui dépeignit avec terreur la sensation de l'abiine comme ce que l'on peut se figurer de plus effroyable, il déclara vouloir tenter l'épreuve et supplia Pardoes et Creps de tenir la corde.
Il se laissa descendre dans le trou sans hésiter. Il était à peine dans l'eau, que Donat, qui tenait prèle une couverture chaude, se mit à crier :
— Hissez! bissez!
— Tiens-toi tran(|uille, étournean, grommela Pardoes. Il est dedans mainienant, laissez -le faire son ouvrage.
Mais, une demi-minute ajirès, il dit lui-même:
— Il reste bien longtemps sans donner le signal, nous le remonterons.
Lors(|uc Victor revint au bord, il était tout
LE CHEMIN DE LA FORTUNE
étourdi et poussa un soupir creux et rauque, comme un homme dont on presse la poitrine à l'écraser; il tremblait et tenait les poingls fermés convulsivement.
Donat lui jeta la couverture chaude sur les épaules et voulut l'entraîner vers le feu; mais Pardoes, qui avait vu briller quelque chose entre les doigts du plongeur, lui ouvrit les poings. Il tomba de chacun d'eux quelques morceaux d'or pesant ensemble environ deux livres.
Ils ramassèrent les pépites, coururent au feu et s'étendirent auprès, pendant que Donat faisait tout son possible pour ramener la chaleur dans les membres frissonnants de son ami. C'éait bien nécessaire : Victor était resté plus longtemps que les autres sous l'eau; ses lèvres étaient bleues, ses joues avaient la pâleur de la mort, et ses yeux étaient singulièrement vitreux : il grelottait et tremblottait si fort, qu'il essaya en vain de dire un mot intelligible. Peu à peu cependant les tremblements fiévreux s'arrêtèrent, et, quoiqu'une grande faiblesse accablât le pauvre Victor, il se montra gai et remercia en souriant ses amis de leurs soins généreux.
Le baron sommeillait; il paraissait respirer librement, et, sans les mouvements nerveux qui l'agitaient par moments et les paroles inintelligibles qu'il prononçait, on eût pu croire qu'il jouissait d'un sommeil calme et naturel.
Pendant ce temps, le matelot et Pardoes étaient occupés à examiner et à peser les pépites, et ils annoncèrent avec une certaine joie qu'on avait tiré du puits douze livres d'or au moins ; ainsi le trésor commun s'était élevé, en un jour et demi, à quarante-cinq mille francs!
Les autres ne témoignèrent point de joie en apprenant ce brillant résultat. Au contraire, Creps serra les lèvres avec un sourire de dédain ; Donat déclara que, si l'on avait rendu malade son pauvre ami, il maudirait le moment où il avait vu l'or; les deux malades restèrent tous deux indifférents.
Enfin Pardoes demanda s'il y avait quelqu'un qui fût d'avis de reprendre le plongeon dans le puits et, sinon, ce qu'on entreprendrait pour continuer à chercher de l'or avec succès.
Il n'y en avait aucun, même le matelot, qui osât songer sans horreur à une seconde descente dans le puits, et tous reconnurent qu'il fallait renoncer à cette tentative si l'on ne voulait pas mettre sa vie en jeu.
Pardoes parla alors de son intention de passer le reste de la journée à chercher dans la rivière des paillettes d'or et des pépites; mais Jean Creps ne voulut plus entendre parler de travailler ce jourlà. Il fit remarquer que, dans tous les cas, il y
avait deux de leurs camarades qui devaient rester près du feu pour se rétablir ; qu'ils s'étaient tous fatigués assez pour prendre quelques heures de repos, et qu'il était insensé d'épuiser ses forces par un labeur exagéré.
Pardoes reçut ce conseil en haussant les épaules, et le matelot fit une violente sortie contre la faiblesse et la paresse de ses camarades, comme il disait. Il prononça même le mot de lâches. Jean Creps, dont la patience était à bout, sauta tout à coup sur ses pieds et s'écria d'un ton courroucé, et avec des gestes si fiers que ses auditeurs en furent étonnés :
— Sais-tu, animal, que tu commences terriblement à ni'ennuyer? Penses-tu donc que je suis venu en Californie pour altérer à jamais ma santé ou pour mourir comme un chien dans ce désert les mains pleines d'or ? Tu parles et tu agis avec nous comme si tu étais le maître et que nous fussions les domestiques. Ah! il faut être dur, brutal et sauvage pour t'inspirer du respect pour les droits des autres! Eh bien, je te montrerai que la rudesse et l'insolence ne sont pas choses difficiles. Nous avons formé une société, sur le pied de la plus complète égalité. Je parle maintenant au nom de nous quatre, c'est la majorité. Nous décidons de ne plus travailler aujourd'hui; à cette décision chacun obéira bon gré mal gré, et, si tu n'es pas content ainsi, tu peux aller au diable!
— Je prends ma part de l'or et je dissous la société, hurla le matelot en bondissant en avant pour courir au trésoi*.
Mais Jean Creps tira son revolver de sa ceinture et s'écria :
— Sur ta vie, arrête ! Respecte la loi ! Encore un pas, et tu es mort.
Pardoes fit signe qu'on se tînt tranquille, et, prenant l'Ostendais par le milieu du corps, il s'efforça de le ramener et de le calmer. Il dit que Creps avait raison au fond, que l'on devait avoir égard à l'indisposition des camarades, et, puisqu'ils avaient la majorité, qu'il fallait se ranger à leur avis. 11 regrettait bien qu'on dût perdre une demi-journée en présence de tant d'or; mais ils seraient d'autant plus forts le lendemain et regagneraient probablement le temps perdu. Il fit si bien que le matelot, quoique grognant encore, se soumit et prit sa place auprès du feu.
Comme Pardoes craignait que la querelle ne recommençât à cause de l'évidente mauvaise humeur de Jean Creps, il annonça qu'il emploierait le reste de la journée â visiter le lit de la rivière. Il descendrait pendant une heure et demie le courant, en compagnie du matelot; mais, comme, à trois portées de llèche de l'en-