I.K HKKKIl
Le bateau à vapeur le Sulia, faisant le service entre Londres et .\nvers, remontait l'Kscaut comme d'habitude. Le puissant navire fendait les vagues roulantes et semblait i.'Iisser sur le fleuve comme un char de triomphe tiré par cent chevaux invincibles. Sur le pont se tenaient beaucoup de passagers, le reg;nd tendu vers la ville, dont les (|uais et les bâtiments commençaient a se déployer à leurs yeuv. Leur attention fut jtlus d'une fois distraite par la conduite entraordinairede trois jeunes gens qui se tenaient près de la proue. Ils arrivaient probablement d'un long voyage et devaient avoir traversé le (Irand Océan ; car leurs visages étaient brunis par le soleil. Un d'eux agitait ses bras en l'air, dansait, criait et chanl.iit; les deux autres étaient moins surexcités; mais leur physionomie rayoïmait d'enthousisme, et dans leurs yeux brillaient i\e<, larmes de joie et de boaheur.
Celui (|iii s'était fait reniar(|nor par ses gestes passionnés s'écria tout à coup :
— .Ml! monsieur Victor, mo isieur Jean, je tremble comme un jonc, à force d'émotion. Voyez là-bas, près de ce pont, un homme avec un shako, c'est le garde champêtre, le père de mon Anneken! 0 mon Dieu, il n'est plus fâché contre moi, sinon il ne viendrait pas de Natten-llaesdonck |)our attendre le bateau à vapeur et me serrer la main ! Et ne vois-je pas une jeune fille, une villageoise, à côté de lui? C'est ma bonne Anneken elle-même! Hourra ! hourra!
Ses compagnons tournèrent les yeux vers l'endroit désigné; mais ils pensèrent que Kwik s'était assurément trompé, car le bateau était encore trop éloigné de la ville pcmr leur permettre de distinguer les gens qui se trouvaient sur \^' quai.
Donal, dont le coMir battait de joie et dont le visage rayonnait, tenait le regard fixé sur le port. .\u bout d'un instant, il poussa un cri douloureux et il se frappa vifdemmeni le front.
— Eb bien, nmn bon iJonat, ()u'est-ce qui t'afflige? demanda Victor étonné.
— C'est, pardieu, un soldat que je voyais, répondit Kwik en sou|iirant, et la femme ipie je prenais pour Anneken est une marchande de poisson, avec deux paniers aux bras! Quelle .■-olle idée aussi d'aller croire (jue le garde cliampétre de Natten-Haesdonck viendrait à Aiiver> pour me saluer!
— Tu ne peux pas savoir, Donal. Il a sansilonle reçu ta lettre de Londres, objecta lloo/eman.
— Oui, mais vous ne le connaissez pas, nmnsieur
LE CHEMIN DE J.A FORTUNE
Victor. C'est rhonime le plus opiniâtre de tout le pays. Une fois qu'il a décidé une chose, il n'y a pas un diable qui puisse l'en faire démordre.
— Bah! bah! dit Creps. Quand il saura que lu es revenu avec plus de trois mille francs, son cœur s'attendrira. Mais ne t'étonnc pas si tu ne le vois pas sur le quai, il est possible que la lettre lui soit parvenue trop tard.
— Oui, oui, grommela Donat, j'ai encore une fois vendu la peau de l'ours avant de l'avoir tué. Anneken est peut-rtre déjà mariée; mais, si .cela était, je m'exilerais du pays pour jamais, pour jamais...
Le bateau à vapeur s'était rapproché de la ville, et le bavardage de Donat fut interrompu par un cri de joie de Victor, qui s'écria tout hors de lui:
— Là, là, ma mère, Lucie et son oncle ! Ma chère mère!
— Et mon vieux père, répondit Creps. 11 nous voient, ils nous font signe, ils agilent leurs mouchoirs, le capitaine nous crie la bienvenue à travers ses mains arrondies en porte-voix.
Les jeunes gens élevèrent leurs chapeaux dans les airs et envoyèrent vers le quai un hourra retentissant. Ils étaient ivres de joie, ils se serraient la main, ils regardaient le ciel avec reconnaissance, et remerciaient Dieu qui avait conservé la vie et la santé à toutes les créatures chères. Qu'étaient les souffrances endurées en comparaison de ce bonheur immense qui débordait maintenant de leurs cœurs oppressés?
Le bateau atterrit.
A peine l'abord fut-il possible, que madame Roozeman était dans les bras de son bien-aimé fils, qui la pressait contre cœur et versait d'abondantes larmes de joie.
Jean Creps embrassait son vieux père avec autant de tendresse.
Donat Kwik ne disait rien; mais il partageait le bonheur de ses amis et se frottait les yeux pour essuyer les larmes qui obscurcissaient sa vue.
Lucie attendait en tremblant le salut de Victor. Le jeune homme lut son désir sur son doux visage ; il balbutia une excuse à l'oreille de sa mère et s'élança vers sa chère amie. Tous deux ouvrirent les bras; mais une vive rougeur colora leur front, et ils se prirent les mains.
— Lucie, ma bonne Lucie! s'écria le jeune homme, merci, merci!... Vous ne m'avez pas oublié!... J'ai tant souffert! la mort s'est trouvée devant mes yeux; mais que sont toutes les douleurs en comparaison du bonheur inexprimable de vous revoir? 0 mon amie, mon cœur bat à se briser 1
La jeune fille, troublée par son regard ardent,
bégaya quelques mots inintelligibles; puis, comme si elle était joyeuse de trouver un prétexte pour détourner la conversation, elle s'écria tout à coup :
— Victor, Victor, où est le bon Donat? Après Dieu, c'est à lui (jue nous sommes redevables de votre conservation. Oh! que je lui témoigne ma profonde reconnaissance pour son dévouement!
— Voici mon sauveur, répondit Victor.
Lucie jeta ses bras sur les épaules de Kwik et l'embrassa avec des témoignages de la plus vive reconnaissance. Le père de Victor, ainsi que le capitaine et le père de Jean Creps, le serrèrent aussi tour à tour dans leurs bras. Le jeune iiomme, abasourdi, ne savait que dire, la tête lui tournait, et l'émotioti le fit pleurer, tandis qu'il balbutiait confusément qu'il ne méritait pas ces démonstrai tiens d'amitié et que M. Victor les avait trompédans sa lettre; que c'était lui, au contraire, qui l'avait secouru et protégé pendant le voyage. Leur mince bagage fut confié à un porteur, et la joyeuse compagnie quitta le bateau à vapeur pour se rendre à la maison. On échanga encore de tendres embrassements et de chaleureux serrements de main ; tous parlaient à la fois et se livraient à de si bruyants transports de joie, que tout le monde s'arrêtait pour les voir passer.
Lorsque Kwik vit que ses amis allaient prendre une rue latérale, il serra la main de Victor, et dit :
— Maintenant, monsieur Victor, adieu. Mon chemin est par la porte des Béguines. Dans deux ou trois jours, je viendrai vous dire si l'on m'a reçu là-bas à bras ouverts. Si je suis heureux, je viens avec Anneken. Il faut que vous la voyiez; vous serez étonné : une jeune fille comme une rose !
— Qu'est-ce que cela signifie, Donat? Où vas-tu?
— Pouvez- vous le demander? A Netten-Haesdonck.
— Non, bon Donat, venez avec nous ! dit la mère de Uoozeman. Nous avons préparé un bon dîner pour fêter le retour de Victor et de Jean. Vous, leur meilleur ami, vous ne pouvez pas manquer à cette joyeuse tête. Restez à coucher chez nous; demain matin, vous pourrez partir par la malleposte.
— Impossible, madame, répondit Kwik tristement. Je n'aurai plus un moment de repos avant de savoir au moins si elle vit encore, celle pour qui je suis allé dans l'affreux pays de Californie.
— Anneken de Natton-llaesdonck ? Elle vit.
— Ah! vous la connaissez, madame?
— Certes; depuis que j'ai reçu la première lettre de Victor, j'ai déjà été quatre fois dans la maison
de son père.
\.E (IIKMIN \)E LA FOHTUNK.
— Esl-i'lle iiiarire, inatlamo?
— Non, pas encore.
— Dit^u soit loin''! s'rcria Kwik. Df (incl puids mon cdMir esl soulaj;é 1
— Klle a ('[(' malade, li l)t)mii' lillc, dit Lucie, mais maintenant elle est f,'iii'iie.
— .Malade, niailame! danj;ei»'ust;incnl malade?
— Assez gravement, moiisnnir Donat. Elle pense toujours à vous, et elle pleure sans cesse. Son pi're vent absolument la marier au fils aîné du maréchal Terrant.
— Kl elle a refusé par amour |iuur >on pauvre Donat ? s'écria Kwik avec transpoit. Oh! merci, la brave enfant! Voyez, madauu', vous me croiriez si vous v(mlez, mais, s'il fallait me laisser couper les deux bras pour elle, je ilirais : i< Coupe/ loul de suite! »
La mère de Victor hocha la tôle d'un air de compassion.
— 0 ciel ! s'écria Douai, iiue si^uilie ce douloureux soupir, madame?
— Ilien. mou ami. Le gardt^ chaïupélre de .Natteu-ll.iesdenck est un lionnne très entêté; il n'est [Vas certain cju'il vous accueillera très amicalement d'abord ; mais ne perdrez pas courai;e; on ne peut pas >avnir.
Le ton dont ces paroles furent prononcées frappa Kwik d'un Irisie pressentiment; il tieviut pensif el (haucelaul et murmura en lui-uu'uie :
— Me voilà bien! le fils du maréchal! C'est un fameux prs; son père a de l'argent. .Vie! aie! les vers se mettent dans mou fromaire. Ne fallait-il pas aller pour cela dans ce maudit pays de C.ilifortùe?
Lucie lui prit le bras ett;i(Iia de lui rendre l'esp(ur et la confiance.
Un était arrivé à la demeure de madame lloozeroan et on entra par la boutique dans une grande arrière-salle, où était servie une somptueuse table.
Ils étaient à peine entrés, f|ue la vieille servante parut avec une soupière fumaule, et ou prit place.
.Madame llonzeman s'assit entre son fils el Donat; le capitaine et sa nièce se trouvaient en face, à côté de Jean Creps cl de son vieux père.
Tout en dévorant les mets succulents, on se livraà la conversation la plus animée. Cent (jueslions furent adressées aux voyageurs sur le pays de l'or et sur leurs aventures. Ils ne cessaient de raconter et de raconter encore; on les écoulait avec une atteiition avide; on riait, on pleurait, ou était heureux.
Lorsque Victor raconta commenl un rdijucvo lui avait jeté un lasso ;iuloiii du corps et I entraînait derrière son cheval galopant, tous ses auditeurs fi émirent el un cri d'angoisse s'échappa du
sein de la craintive Lucie. Mais, lors(|u'il dit aussi comment Donat avait percé le cheval et le cavalier, et l'avait délivré ainsi d'une mori cerlaine, de joyeux cris de triomphe retentiieut, et madame lloozeman, emportée par l'émotion, serra encore plusieurs fois dans ses bras Kwik tout décontenancé. Sou éloge était dans toutes les bouches.
Victor ne quittait pas Lucie des yeux. Elle était si belle, son sourire si modeste et si doux, làine qui vivait dans son regard si pure et si aimante? Cependant, un senlimeul d'inquiétude s'éleva dans le cœur du jeune huiiiiiie. Il éiait revenu sans fortune, sans or. Le capitaine maintiendrait sans doute ses premières exii^ences. Le |»auvre Victor devait donc recommencer la longue épreuve, et le vœu le plus ardent d(* son co-ur ne pourrait se réaliser (|ue lorsiju'il aurait ac(|uis une position indépendante dans le monde. Le serrement de main de sa chère mère, le regard affectueux de sa douce amie, lui donnèrent la force de chasser cette triste réflexion et il se livra tout entier au senliment d'un bonheur infini.
Jean Creps répondit très sérieusement à une remarque de son père :
— Ecoulez, mon bon père, me voici revenu plus pauvre que je ne suis parti. Ce voyage m'a appris cependant qu'où ne doit pas courir après la fortune dans les pays élrangers, et que notre belle patrie ollre aussi bien du bien-éire à celui qui essaye de l'obtenir par le travail et l'activité. L'étourdeiie de la première jeunesse est passée maiiileiiaut. Je chercherai une nouvelle place dans un bureau. Je me ferai aimer et estimer de mon patron |>ar nnm exactitude et mon aiiioui du travail. Le |iui)itre ne m'ennuiera plus. Soyez-en sur, vous serez conteul de moi.
Le père parut faire peu de cas de ces bonnes promesses et répondit, avec un sourire mystérieux. qu'on déciderait plus tard celle affaire.
On arriva ainsi an dessert. Le capitaine Morello fit remplir les verres et annonva qu'il désirait porter un premier toast. Il dil en levant son verre.
— Mon jeune ami lloozeman, j'ai été la cause de ton départ pour la Californie. J'ai atteint mon but : tu as vu le inonde, et tu es devenu un homme avec de rex|)érience, de la force d'esprit et de la barbe au inenlou. Mais, comme je suis en même temps la cause de toui les dangers, de toutes les Souffrances (|ue lu as endurés, il est bien jiisle que je fasse (juelque chose pour payer ma dette envers toi. Allons, mes amis, levez vos verres! Je bois au bonheur <le Victor lîoo/eniaii (t de sa fiancée Lucie Morello! Dans six semaines, la noce !
Mw quadruple cri intenompit son toast.
LE CHEMIN DE LA FORTUNE
— Mon Dieu ! mon Dieu ! s'écria Victor, les bras levés au ciel, vous me comblez de vos faveurs! Soyez béni!
— Dans mes bras, dans mes bras! s'écria le capitaine,
A peine ces paroles étaient-elles sorties de sa bouche, que Victor et Lucie, les larmes aux yeux, étaient contre sa poitrine, l'embrassant et le bénissant. Il se dégagea de leurs bras et dit en riant :
— Allons, allons, c'est bien, je sais assez que vous vous aimez sincèrement et que vous serez heureux. Changez de place maintenant : Lucie s'asseoira à côté de sa future mère ; toi, Victor, reste à côté de moi : sinon, vous pourriez épuiser en une demi-heure toutes les paroles joyeuses que vous savez.
Lucie courut vers madame Roozeman, se laissa tomber sur une chaise à côté d'elle, l'embrassa, versa des larmes sur sa poitrine et l'appela avec transport du doux nom de mère. Victor contemplait avec ivresse ces marques d'amour de sa fiancée.
Le père de Jean Creps se leva et montra, en levant son verre, qu'il voulait aussi prendre la parole. Il s'adressa à son fils ei dit :
— Jean, tu m'as promis tout à l'heure de travailler avec ardeur pour acquérir dans la patrie une position indépendante. Cela m'a fait plaisir ; car cette promesse double le prix de la nouvelle que j'ai cà l'annoncer pour ta bienvenue. Mon commerce a été très florissant pendant (on absence, et je puis maintenant, pour assurer le bonheur de mon fils, faire quelques sacrifices. Je me suis entendu avec le capitaine Morello; nous réunirons les capitaux nécessaires pour élever une maison de denrées coloniales. Nous versons ces capitaux entre les mains des chers enfants que Dieu ramène sains et saufs dans nos bras après tant de chagrins et d'épreuves. Eh bien, mes amis, je bois à la prospérité de la nouvelle maison de commerce sous la raison sociale « Jean Cieps, Victor Roozeman et C'*' . ):
Les applaudissements retentirent dans la chambre. Creps embrassa son père avec une sincère reconnaissance, et applaudit surtout parce que cet arrangement associait sa fortune à celle de Victor.
Le capitaine ajouta qu'il était décidé que madame Roozeman viendrait demeurer chez lui avec son fils; ils ne formeraient ainsi, pour ainsi dire, qu'une seule famille, et resteraient unisjusqu'à la fin de leurs jours par le lien d'une inaltérable amitié.
Tout à coup, Donat se mit à sangloter à haute voix et pencha sa tête sur la table pour cacher ses
larmes. On l'entoura et on s'efforça de le consoler, car on ne doutait pas que l'état de ses affaires à Natten-llaesdonck ne fût la cause de son chagrin. En effet, cela devait lui faire bien du mal au cœur de voir ses amis si complètement heureux, tandis que lui ne rencontrait à son retour qu'un chagrin amer.
Il se passa quelques instants avant que Kwilcpùt surmonter son émotion et relevât la tète. Un gai sourire brillait à travers ses larmes, et il dit :
— Vous vous trompez, bonnes gens; £'est la joie qui déborde. Oui, je pense à ma pauvre Anneken ; mais, si je dois être malheureux, le bonheur (le mes chers camarades me consolerait encore. Dieu est bon; mais le lot de chacun ne peut pas être également beau.
— Nous oublions encore de boire à la santi' du brave Donat, dit le capitaine en reprenant son verre. Une bonne inspiration d'en haut! je possède à Aaertselaer — ce n'est pas loin de JNatten- Ilaesdonck — une ferme de deux chevaux qui peut être augmentée avec le temps. Ce sont de bonnes et grasses terres. Le fermier est mort, sa veuve quittera la ferme à la Saint-Bavon. Notre ami Donat veut-il devenir fermier de mon bien? je le lui donnerai à un prix très favorable et l'aiderai de fait et de conseil. Dans la conviction qu'il acceptera, je bois à la santé de maître Donat, fermier de la ferme Bleue!
Chacun applaudit et félicita Kwik; il laissa le bruit joyeux se calmer et répondit :
— Ah! je ne sais comment vous remercier. Vous êtes trop bons^ mes braves gens; je ne puis pas accepter cette belle proposition. Sans Anneken, je ne veux rien; sans Anneken, je ne veux plus rester dans ce pays ; sans Anneken, je vais en Hollande me faire soldat pour Batavia...
La servanta entra et dit à la mère de Victor;
— Madame, il y a dans la boutique un homme qui veut absolument vous parler. Il est habillé comme un soldat, un douanier ou un garde champêtre...
— Ciel ! un garde champêtre ! s'écria Donat se retenant à une chaise pour ne pas tomber. Aie? aie! si c'était le père d'Anneken, comme je rirais! Que dis-je? comme je danserais! 0 cher petit Jésus, faites que ce soit lui! faites que ce soit lui!
Madame Roozeman avait quitté la chambre; tous fixaient les yeux sur la porte avec des battements de cœur. Donat était pâle d'anxieuse attente.. .
Tout à coup un cri violent sortit de sa poitrine haletante :
— Anneken ! chère Anneken !
— Donat! Donat !
Et Kwik, égaré par l'émotion, sauta étourdiment
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LE CHEMIN DE LA FORTUNE
par-dessus la lahlo,jcta deux assielles et trois verres à lerre et reloniba sur ses pieds prêt à serrer Aiuiekeu dans ses bras.
.Mais le garde champêtre s'avanra entre eux et »''loij,'na Donat île la main eu disant avec indit;natioii :
— Quelles manières de paysan sonl-celà? Saistu où tu es; tiens-toi convenablement!
Son regard sévère (il \)À\\v le pauvre Diinat el lui arraclia un cri d'angoisse, comme s'il prévoyail un douloureux arrêt. Il bé|,'aya en tendant ses mains Ireniblantes :
— Pour rameur de l)ieu,clier i^arde cbampèlre, faites atltention à vos paroles. Vous ferez un malheur : je tomberai mort à vos pieds. Ah ! ayez un peu de compassion pour moi et pour votre bonne Anneken !
— Tout iloil aller régulièrement et dignement, dit le garde champêtre. Je voudrais bien te dire quelque chose, Donat, qui te fera plaisir ; mais j'en demanderai d'abord la permission, comme il convient, à ces messieurs et dames.
— Oui, oui, rendez-le heureux, ce bon Donat. Nous vous en serons reconnaissants! lui tria-t-on de tous côtés.
— Donat Kwik, dit le garde champêtre, tu as apporté |)our trois mille Irancs d'or de la Californie, n'est-ce pas?... Non, non, laisse, je te crois sur parole. Tu seras brave el laborieux? Eh bien, rends ma bonne Anneken heureuse; je l'accepte pour mon fils. Viens !
Kwik se jeta dans les brascjui lui étaient tendus
et embrassa son futur beau-père avec transport en balbutiani, pr('S(|ue fou de joie :
— Brave homme, généreux garde champêtre, je vous respecterai, je vous aimerai jusrju'à mon lit de mort et je travaillerai sans relâche comme un esclave; nous serons heureux comme trois anges dans le ciel!
il courut vers Anneken et la serra également dans ses bras; mais le garde champêtre l'éloigna itnmédiatemenl el le blâma de ces manières inconvenantes. Kwik, pour donner carrière à sa joie, sauta en balançant les bras, dans la chambre ; dansa, chanta et renversa les chaises dans sa course insensée. Lors(|u'on tâcha de le calmer, il s'écria :
— Pardonnez-moi ; ce n'est pas ma faute, je suis fou ; il faut que cela éclate ou j'étouiïe. Suisje éveillé ou est-ce (|ue je rêve? Non, non, c'est vrai! Ann(!ken, la bonne .\nneken, ma femme? Moi, le mari d'Anneken? — Ah ! monsieur Victor, (|ui aurait espéré cela quand nous plongions dans cet abominable puits?
Et il se jeta au cou de son ami en versant des larmes sur sa poitiiue ; mais, un instant après, il s'élança vers la table, prit un verre, le leva el s'écria :
— Encore un toast joyeux! Messieurs, mesdames, mes amis, je bois à la santé et à la longue vie de mon Anneken, de la b((csiiuie Kwik, la fermière de la ferme Bleue, à Aertselaer! Je bois en l'honneur de notre belle et chère patrie, et je bénis Dieu (hms le ciel qui nous rend tous heureux ! Hoiirrah! Ilourrah'
UN Ul 1.11 KM IN l>K I.A KdlITlNE
I/ŒIJK MIRACULEUX.