UNE VOIX D'OUTRE-TOMKE
kermesse. On n'est jeune qu'une fois en sa vie.
Il se retourna en tressaillant. Il avait devant lui la belle Madeleine, la nièce du forgeron de Meerliout, avec ses yeux noirs élincelunls, sa jolie bouche, et son sourire enchanteur I
Le sous-maître ému s'excusa en disant qu'il était malheureux en eflet de ne pouvoir aller à la kermesse comme les autres jeunes gens ; mais qu'il ne désobéirait pourtant pour rien au monde au vieux curé. La bonne jeune fille le plaignit avec tant de compassion, et le regarda en même temps si fixement dans les yeux, que le pauvre Colas oublia quelque peu sa résolution et se laissa bientôt entraîner à l'accompagner un bout de chemin.
Comme elle causait gentiment! qu'elle était spirituelle! Comme son visage était charmant, et comme son regard pénétrait jusqu'au fond de l'âme !
Mais, lorsqu'elle lui dit que ses cheveux roux étaient beaux, et que, depuis son enfance, elle avait toujours aimé les chevelures couleur de feu, ces douces paroles coulèrent comme un baume sur le cœur du pauvre garçon.
Plus loin, le long du chemin, elle s'attrista peu à peu en parlant d'elle-même, et elle finit par fondre en larmes. Elle se plaignit de ce que les gens du village disaient du mal d'elle et la calomniaient, parce qu'elle était mieux habillée que les paysannes, qu'elle avait appris à Bruxelles de meilleures manières et qu'elle se montrait aimable et polie envers les pratiques de son oncle, quand elles venaient commander de l'ouvrage à sa forge ou boire à son cabaret.
Colas Bol, attendri par sa douleur, sentit plusieurs fois ses yeux se mouiller de larmes de pitié et fit tout son possible pour la consoler. Elle lui en fut si reconnaissante, qu'elle semblait avoir envie de lui sauter au cou, il fallait absolument que l'aimable Colas la suivît à la fête! Elle trouvait tant de plaisir dans sa compagnie !
11 fut cependant obligé de refuser ; "car c'était dimanche, et le curé voudrait sans doute s'assurer le soir de sa présence à ïessenderloo.
— Mais demain, lundi?
Le jeune homme séduit se laissa arracher la promesse d'aller le lendemain à la fête de Meerhout dès qu'il aurait fini sa classe, et sans en rien dire à personne... uniquement pour voir encore une fois Madeleine.
— J'accepte celle promesse avec joie, réponditelle, et, jusqu'à demain, je ne cesserai de pensera vous, car je ne sais comment cela se fait, mais je ressens pour vous une sympathie inexplicable, peut-être parce que vos beaux cheveux roux me plaisent tant.
Là-dessus, elle lui donna, en signe d'adieu, une
poignée de main si singulière et si chaleureuse, que Colas Bol en tressaillit, et demeura longtemps immobile et comme pétrifié d'admiration en la regardant s'éloigner.
Tous les détails de celte délicieuse rencontre, le sous-maître ensorcelé se les rappelait maintenant avec joie. Sa toilette achevée, il se regarda encore une fois dans son miroir, puis il ouvrit toute large l'unique fenêtre de sa chambrette, en murmurant :
— On ne sait ce qui peut arriver; il faut êire rusé en ce bas monde. Si je revenais un peu lard de là-bas, je pourrais rentrer par ici sans que l'instituteurs'en aperçût. Maintenant, à Meerhout ! Ah ! Madeleine, Madeleine!..
Mais la porte s'ouvrit sans qu'on eût frappé, et un jeune enfant de chœur entra, et lui dit :
— Maître Colas, M. le curé veut vous parler. Il faut vous rendre tout de suite auprès de lui.
Quelle contrariété ! Le pauvre sous-maître en était tout abasourdi.
— C'est bien ! grommela-t-il d'un air mécontent. Va, dis à M. le curé que je viens tout de suite.
Quand l'enfant de chœur fut parti. Colas, plein de dépit, se frappa le front avec la paume de sa main et se mit à réfléchir. Peut-être le curé n'avaitil qu'un ordre à lui donner pour le service du lendemain, et lui rendrait-il immédiatement sa liberté. Mais il ne pouvait cependant pas paraître devant le curé dans ses habits du dimanche. C'était un lundi, et, dans la semaine on ne s'habille pas de son mieux sans une bonne raison. Le curé devinerait qu'il y avait une anguille sous roche.
Colas se dépêcha donc d'ôter ses beaux habits, de remettre ses vêlements de tous les jours et de se coiffer d'une vieille casquette; il ébourilTa même ses cheveux avec intention, et passa les doigts sur un rayon de sa petite bibliothèque ponr frotter un peu de poussière sur ses joues.
A demi consolé, il se rendit au presbytère le cœur léger et il salua poliment la vieille servante Catherine qui vint lui ouvrir ; mais celie-ci, qu md il fut entré, mit ses deux poings sur ses hanches, le regarda d'un air de mépris, et lui dit en ricanant :
— Fi ! c'est un scandale ! si jeune encore ! Vn blanc-bec, courir avec des filles, et avec de mauvaises filles encore ! La honte ne vous fait-elle pas rentrer sous terre? Mais tenez-vous bien, vous niiez entendre un fameux carillon ! M. le curé est presque hors de lui, tant il est en colère.
Aie! aïe! Quel coup de foudre inattendu! Comme sa promenade à Meerhout commençait gaiement.
11 était là immobile, la main posée sur le bouton de la porte, muet et n'osant remuer... Mais la
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servante ouviil pour lui, le poussa dans la oliambre, el referma la porte derrière lui aveo fracis.
Le vieux curé était assis «levant sa taiile. Il contempla d'abord le sous- maître d'un air courrouce ; mais, quand il vil le pauvre jeune homme, tout tremblant sur ses jambes, se tenir devant lui l;i léle basse, comme un cou|)able qui attend son arrêt, à son irritation se mcla un senlinn'iil de compassion, et il lui dit avec un accent île bonté paternelle:
— Approche, t^olas, et sois IVanc. Si lu t'es laissé égarer et entraîner au mal, il y a pardon et miséricorde pour quiconque reconnaît sa faute et s'en repenl. D'ailleurs, je le connais depuis assez longtemps, el je ne puis croire ce qu'on m'a raconté de toi tout à l'heure. Kst-il vrai (jue tu aies eu près du pont, sur le chemin de Meerhout, un rendezvous avec... avec uiu' jeune fdle (|ue...
— Non, oh! non! gémit le sons-mailre. C'est une calomnie ; je ne me doutais de rien ; je regardais l'eau quand elle a passé.
— Kl lu ne 1 avais jamais vue auparavant?
— Une lois, une seule, monsieur le cure. C'était au dernier c(mcours de tir à l'arc au berceau; elle était venue à Tessendeiloo avec son oncle, et c'est alors que je l'ai vue.
— Hélas ! et celte fois déjà lu as causé avec elle?
— Oh ! non, croyez-moi, monsieur le curé ; elle m'a bien salué par mon imm, mais je suis parti sans rien dire.
— Et tu ne l'as plus revue ce jour-là?
— De loin, oui, seulement de loin.
— Dis-tu vrai, Cfdas?
— La vérité pure, monsieur le nné.
— Dieu soit loué, alors le mal ne sera pas si grave. Mais hier tu es resté au moins une demiheure dans sa compagnie, et tu as causé tout le temps avec elle. Maintenant, parle franchement. Que l'a-t-elle dit?
Colas se mita balbutier; son front était rouge de confusion; l'aveu (|u'o/i exigeait de lui lui serrait la gorge et l'étouffail.
Celle attitude étrange inspira des soujirons au curé.
— Tn refuses de me le dire? gromnitla-l-il iVnu ton sévère.
— Non, non, mais j'ai peur, je n'ose pas.
— Parle donc, je le veux, j'écoule.
— Klle disait... elle causait... romine IimiI le momie, béj;aya Colas.
— Mais de quoi?
Du beau temps, de la kermesse... elle se plaignait qu'on dit du mal d'elle sans qu'elle rciil mérité...
— Kl ne le disail-elle pas c rtaines choses qui pouvaient (lalterlon amour-propre?
— Mon ainour-pro[»re, monsieur le curé?
— Oui, des choses (pii duvaient résonner ajjréablemenl à tes oreilles.
— .le n'ose pas en convenir, monsieur le curé. C'est si singulier : vous vous moquerez de moi
— .\llons, lu es un brave gardon: parle hardiment, dil le vieux cuié, sur l'esprit duquel la simplicité de Colas lin] lit une impression rassuianle.
— Kh bien, eh bien... Je suis conlus... elle disait qu'elle ne me trouvait |ias laid, et qu'elle aimait les cheveux roux.
— Là, nous y voilà! s'écria le curé en souriant. Grâce à ton esprit simple tu as échappé à la tentation ; mais maintenant écoute mes paroles avec atlenlion, pour que Ion innocence ne se perde pas dans les pièges de celle femme, si un malheureux hasard t'amène encore dans sa dangereuse société. Sais-lii (jui elle esl, cette .Madeleine? Elle a été servante dans un cabaret de Ijruxelles, où elle a appris l'arl perfide d'exciter les gens à dépenser follement leur argent. Elle esl la nièce du forgeron, le patron du liii'iil liirliclr, qui oublie le salul de son àme pour amasser des biens terrestres. Cet homme ne l'a fait venir à Meerhout que pour amorcer la pratique. Il a réussi à atteindre son but méprisable, car depuis lors son auberge est, du matin au soir, et même pendant la nuit, pleine de gens qui gaspillent leur argent à (jtii mieux mieux et qui passent leur temps à boire du vin, excités à cette débauche, sans s'en douter, par les cajoleries de .Madeleine.
Ces paroles sévères firent une fâcheuse impression sur le sous-mailre, comme si s')n cn^ir se révoltait contre l'injustice du curé; du moins, son visage pâle trahissait l'incrédulité el le dépit.
— .le n'affirme pas (|n'il y ait, en dehors de cela, quel(|ue chose de plus grave à dire sur l'honneur de cette jeune fille, reprit le curé; mais n'est-ce pas assez qu'elle détourne de leurs devoirs des gens simples d'ailleurs, et (ju'clle porte la désunion el le chagrin dans les ménages jadis tranquilles? Voilà, |)ar exemple, M. Spoormans, notre brasseui-, mon vieil ami, le zélé marguillier; il n'a qu'un fils, son espoir, et il y a (|ueb|nes ninis encore, sa seule joie. Le malheureux jeune honimc a vu Madeleine, et il a été ensorcelé par le démon qui bnile dans ses yeux noirs. Aujourd'hui le pauvre égaré est sur le bord de l'abime; il méj)rise les conseils et les prières de son père, el passe la moitié de ses nuits à .Meerhonl, à se gorger de vin el à dissiper dans I des orgies, avec ses compagnons de débauche, l'ar- ' genl que son père a si péniblement gagné. Je suis I heureux, Colas, que ton cas ne soil pas aussi grave ' qu'on me l'avait dil. Te voilà averti. Promets-moi ! d'éviter soigneusement cette femmi- dangereuse et ! de ne plus échanger un seul mol avec elle... Allons, i promets-le-moi.
UNE VOIX D'OUTliK-TO.MBE.
— Je le promets, monsieur le curé, balbutia le sous-maître d'une voix presque inintelligible, comme si la promesse avait peine à sortir de ses lèvres.
— Va en paix maintenant, mon fils, el remercie Dieu de t'avoir préservé de malheurs plus sérieux.
Colas Bol s'empressa de quitter la chambre, et traversa le corridor en courant, de peur que la servante Catherine ne lui adressât encore d'amères railleries.
Il l'entendit en effet qui lui criait du fond de la cuisine :
— Eh bien, eh bien, Colas, polisson, comment trouvez-vous la sauce?
Mais il était déjà parti el s'enfuyait par derrière l'église.
Dès qu'il se trouva seul au bout d'un sentier caché par un laillis, il s'arrêta, et se amit à envisger sa position les larmes aux yeux.
L'illusion lui échappait ; tout le bonheur rêvé par lui était anéanti ! hélas ! le vieux curé lui avait dessillé les yeux avec une bonté trop paternelle. Il fallait renoncer à toute espérance ; il était redevenu le pauvre rousseau repoussé, un objet de risée, même pour la belle, mais fausse Madeleine!
Insensiblement de nouveaux doutes surgirent dans son esprit. N'avait-on pas calomnié l'innocente jeune fille? C'étaient pourtant bien des larmes véritables qu'elle avait versées en se plaignant amèrement de l'injustice des hommes. Et si elle était aimable avec les pratiques de son oncle, quel mal y avait-il à cela? devait-il, lui. Colas Bol, en prêtant l'oreille à la calomnie, se montrer injuste envers la seule jeune fille qui lui eût montré quelque sympathie?
Le sous-maître troublé réfléchit et raisonna pendant une heure entière, tantôt dans un sens, tantôt dans un autre ; et plus d'une fois il se sentit porté à retourner chez lui pour revêtir de nouveau ses habits des dimanches et courir à Meerhout.
Mais alors l'image menaçante du vieux curé se dressait devant ses yeux, et une sévère admonestation résonnait à ses oreilles.
C'était une lutte violente qui se livrait dans le cœur de Colas Bol ; la sueur perlait sur son front : il ne savait que résoudre. A la fin cependant, la raison et la volonté l'emportèrent.
— Arrière, arrière, s'écria-t-il en se levant. Loin de moi celte séduisante image. Perfide ou sincère, innocente ou coupable, je ne dois plus la voir. Que cet œil élincelant se fixe encore une fois sur les miens et je succombe pour toujours! — Qu'elle est ravissante! le démon! elle?., la beauté en personne? C'est égal, je veux avoir du courage et faire mon devoir I
\ Et, fortifié par celte résolution, il prit le chemin de sa demeure.
Il étail au moins neuf heures du soir.
Colas Bol, à plus d'une lieue de distance de l'école, courait dans la demi-obscurité comme un malfaiteur qui craint d'être poursuivi.
Il avait sans doute fini par succomber dans la lutte, car il se trouvait sur le ciiemin de Meerhout, et il allait entrer dans un bois de sapins. La profonde obscurité qui régnait au sein de cette épaisse forêt l'effrayait, et il s'arrêta hésitant et presque tremblant.
C'est (ju'aussi, depuis quelque temps, on avait entendu parler^ dans les environs, de malfaiteurs étrangers... Il n'y avait pas plus de huit jours que, non loin de Oostham, un marchand de bestiaux avait été dépouillé de son argent par des voleurs de grand chemin. D'ailleurs, Colas Bol n'était pas un esprit fort ni un savant, el, comme il se savait coupable, il éprouvait une terreur secrète des êtres surnaturels qui sont, dit-on, les instruments dont la colère céleste se sert pour poursuivre le pécheur.
Cependant le pauvre Colas n'avait pas succombé à la tentation après une lutte de plusieurs heures pour s'arrêter en chemin si près du but de son voyage. Le premier sentiment d'amour, qui s'était réveillé en lui avec de nouvelles forces, le poussa en avant. Il comprima un profond soupir, courba la tête, ferma les yeux et se mil à courir sur le chemin sombre qui s'enfonçait dans le bois.
Colas Bol arriva dans la commune de Meerhout à neuf heures trois quarts.
La plupart des hôtes de la kermesse étaient déjà retournés chez eux. De temps en temps il rencontrait encore une couple de jeunes paysans à moitié ivres, qui se traînaient dans les ténèbres, et lui adressaient en passant des mots sans suite.
Il n'y fit aucune attention, car son âme était absorbée par une seule pensée. Il allait revoir Madeleine ! Elle allait de nouveau lui sourire avec amitié et lui donner des preuves de la sincérité de ses sympathies et de la calomnie de ses dilTamateurs. Il irait demander pardon au curé , le convaincre de l'innocence, de l'honnêteté de la jeune fille — et, si Dieu voulait lui accorder un ' bonheur si grand, — Madeleine deviendrait sa ' femme aussitôt qu'il pourrait obtenir quelque part une place de sacristain.
Plein de ces beaux rêves, il ouvrit la porte du Bœuf tacheté, et entra presque confus en voyant là tant de monde; il s'assit à l'écart dans un coin.
Des dix ou douze hommes occupés à boire dans
UiNK VOIX D'OH i;K TOMHt:.
la salle du c.ibaiel, en faisant un certain vacarme, il n'en connaissait (ju'un : c'était Isidore, le (ils du brasseur de Tessenderloo. Celui-ci ('■lait assis prcs du compteur, devant une couple de verres vides.
Où était Madeleine?.. .Vli! la voilà qui entre par la porte du fond, apportant une bouteille de vin. Klle a|>erçoil le sous-inaitrc, lui sourit, et à peine a-l-ellc rempli le verre du lils du brasseur, qu'elle s'a|)proclie de (lolas Hol, lui tend la main et lui dit en lui lançant une (l'illade amicale :
— Je suis lieureuse, monsieur lîol, de voir (jue vous avez tenu votre promesse. Je n'ai pas cessé un seul instant de penser i\ vous, (jue vous êtes donc beau aujourd'hui! cçtte cravate de soie vous sied à merveille. (Juels magnifiques clieveux ! on dirait des lils d'or...
L'beureux sous-maître écoutait avidement ces douces llalteries; son C(eur ballait violemment; il avait oublié le monde entier, et il était si ému qu il ne sut répondre que par une sorte de bégaiement inarticulé.
Isidore cria bientùl d'un Ion de counnandemenl:
— .Madeleine, venez ici, j'ai à vous parler.
La jeune fille se leva, jeta un dernier coup • T'i-il d'intelligence à (lolas, et alla auprès d'Isidore qui lui montra une cliaise. Klli; s'assit à côté de lui, et tous deux se mirent à causer familièrement à voix basse.
Il semblait au sous-mailre (juils parlaient de lui; et que menu», >i\ ne se trompait pas, il était l'objet de leurs mo(|ueries, car ils jetaient de son enté des regards singuliers, et ils riaient à gorge déployée.
Cette douloureuse pensée lui perça le cieur comme un coup de poignard. Si-rait-ce vrai, par hasard, ce que l'on avait dit .lu curé sur le compte de .Madeleine? Klail-il en elTel le join!t dune femme sans cieur?
L'anxiété, l'indignation le poussaient à quitter inimédiatement ci-ltc maison ; mais Madeleine s'aperçut sans doute de son mécontentement, car elle revint s'asseoir à côté de lui, lui répéta en riant les jolis tours d'étudiant que le lils du brasseur vi'uait i\v lui racrtnter, et tiisorcela dr nouveau le crédule linlas liol pai un llux de p.iroles aimables.
F^lle fut bicnliit a|>pelée par un autre consommateur, et s'excusa auprès de C'tlas en lui taisant comprendre qu'elle n'était pas maîtresse de laire ce quelle voulait, et qu'elle devait adresser la parole à toutes les prati(|ues de son oncle.
In instant plus tard, elle était assise à côté d'un gros paysan, puis à côté d'un antre, demipaysan, deini-riladm ; |tnis à côté d'un bourgei»is à lunettes vcrte^, pui^ en( ore à côté du lils du brasseur, pui-> enfin à côté du sous-mailre.
Madeleine allait ainsi de l'un à l'autre, toujours gaie et souriante, peut-être également aimable et (laiteuse pour tous, ce|)endanl il était visible (|ue c'était le (ils du brasseur qui avait là le verbe haut et le pas sur tous les autres. Lui seul buvait du vin; les autres ne buvaient (|ue de la bière.
Au bout de peu de letnps, la plupail des consommateurs se retirèrent et Colas Hol resta, lui sixième, ilans le cabaret.
Le pauvre garçon n'était pas trop à son aise; une pénible lumière conmeriçait à pénétrer dans son cerveau, et il aurait volontiers pleuré sur la perte de ses illusions, si de tem|)s en temps un sourire ou un mot llatteur de Madeleine ne lui avait remis le bandeau sur les yeux, assez du moins pour le tenir dans le doute.
Plus d'une fuis déjà on l'avait invité à accepter un verre de vin de la bouteille d'Isidore; mais, dans la crainte d'être entraîné à payer à son tour une bouteille, il s'en tint à son unique verre de iùère (|u'il n'iivail même pas vidé à moitié. Cette iMar(iue de pauvreté ou d'avaiice parut dé|tlaire à Madeleine.
Il n'était pas loin d'on/e heures. Le fils du brasseur, poussé à la gaieté et à la plaisanterie par la boisson, se mit à poursuivre de ses railleries le sous-maitre inolfensil', et alla même jusqu'à l'appeler rousseau, sans avoir cependant l'intention de le blesser.
Madeleine était assise à côté d'Isidore. Klle défendit Colas Dol d'une façon qui redoubla les rires des auditeurs, cl <|ui rendit moins soulenable encore la |)osilion du pauvre sous-mailre.
|l supporta tout cela aussi longtemps qu'il put conserver le moindre doute. Mais il ne tarda pas à s'apercevoir qu'il était un objet de raillerie pour elle comme pour les autres.
11 st! leva et souhaita le bonsoir d'une voix étranglée. Ou lit seuddaul de vouloir le retenir, mais il (|uitla le cabaret le C(eur gonflé de dépit, et fort triste.
(Juand il lut dehors. Isidore vint le rejoindre, et lui (il promettre qu'd ne dirait à personne (|u'il l'avait vu à .Meerbout, parce (jue son père croyait (|uil était allé àDie^t. fîolas Itol lui promit do lui garder le secrel, à condition que, de ^on côté, Isidore ne dirait rien a personne de sa présence au Itdul larhrlv.
Le sous-mailre désolé traversa le village à la liàle, pour regagner le chemin de Tessenderbio. Aussi longtemps ijuil fut dans la partie b.itie du village, il ne pensa qu'à sa cruelle mésaventure, à sa coupable disfdiéissance. et à la juste colère du bon curé ; mais aussitôt qu'il fut sorti du village, la solitude et l'obscurité l'effravèrenl. Il avait à