‹ Œuvres complètes de J. AutranChapitre 12 sur 99 · LES MATELOTS · texte numérisé non relu

LES MATELOTS

Comme notre navire eit beau sous Yoile I ( Chanaon angtaiie duxiv tiècU. )

Souffle, souffle, bon vent! chasse-nous de la terre, Fais-nous bien vite fuir le rivage où s'altère

La fierté du marin.

A nous la haute raerl à nous le bleu domaine Où la liberté vogue, où chacun se promène

En maître souverain!

De g^àce, passagers, laissez-nous le pont libre. Vous qui, du pied nautique ignorant l'équilibre.

Obstruez le tillac.

Parisiens blafards que le roulis chagrine, Descendez sous le pont, allez dans la cabine

Vous étendre au hamac.

Et toi , souffle, bon vent I Soufflez, brises ailées Qui nous faites franchir sur les plaines salées

Tant d'espace en un jour; Brises qui, sous Tantenne, enflez la voile ronde Gomme un sein palpitant de bayadère blonde

Qui frissonne d'amour.

Soufflez ! — Transportez-nous d'un hémisphère à l'autre, Nous qui, sans réclamer d'autre aide que la vôtre.

Voyageons bravement.

Nous les hardis marins, toujours prompts à l'ouvrage, Enfants au bras robuste, hommes dont le courage

Jamais ne se dément.

Bercez, bercez encor, sans brutales secousses, Les cordages tendus dont, matelots et mousses,

Nous hantons les réseaux; Bercez-nous sur la vergue entre les voiles blanches^ Gomme les bois chargés d'horizontales branches

Balancent les oiseaux.

LKS MATKLOTS. 117

Inclinez, inclinez sur la vague poudreuse Notre svelte vaisseau, dont la carène creuse

A peine son sillon, Notre brick si léger, sous sa robe de cuivre, Que le plus fin voilier se fatigue à poursuivre

Son joyeux pavillon.

Nous quittons sans chagrin les plaisirs du rivage. Notre cœur cependant emporte votre image

Qu'il reverra souvent, Familles, vieux amis que nous laissons près d'elles I Et vous maîtresses, vous beautés aux cœurs Mêles...

Gomme l'onde et le vent!

11 est triste parfois, quand le ciel hurle et pleure, De songer au rivage, à la calme demeure

Des mères et des sœurs, Aux nouvelles amours des changeantes maîtresses : N'importe! l'ouragan et ses âpres caresses

Ont aussi leurs douceurs I

Habitants des cités, engeance casanière , A vous le temps qui suit toujours la môme ornière.

L'immobile maison,

il8 LES POEMES DE LA MER.

L*uniforme repos! — A nous la vie étrange Qui lutte avec rabtme, et, d'heure en heure, change

De face et d'horizon 1

Oh I nous avons le droit de porter haut la tête ! Il est beau de courir à travers la tempête

Sur un mince vaisseau I D*unir deux univers, le plus jeune à Tantique ! Il est beau, compagnons, de passer TÀtlantique

Comme on passe un ruisseau !

D'aller, de découvrir, à travers mille épreuves. D'autres cieux, d'autres monts, des plages encor neuves,

Des continents entiers ; De voir, par intervalle, émerger sous les nues Quelque tie de houris, qui sur les danses nues

Penche ses cocotiers ;

D'étendre à tout climat nos étapes marines.

De porter nos trésors, nos arts et nos doctrines

A cent peuples divers, Et nous, enfants sortis d'écoles peu savantes. De pouvoir, comme un livre aux sciences vivantes,

Feuilleter l'univers !

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