PATER OCEANUS
Nnmqoid ingreasui es profunda mar}i et in noTissimis abjssi deambulasti?
Job, ch. xxxviii.
Je flottais près du bord dans ma chaloupe errante.
Le ciel étincelait, Teau calme et transparente
Attirait jusqu'au fond le regard enchanté,
Pareille au clair tissu qui trahit la beauté.
Heureux, je m'inclinais au rebord de la poupe;
Et, par endroits, le flot, autour de ma chaloupe,
Se déroulait si pur, si lumineux, si clair.
Que mon œil dans cette eau voyait mieux que dans l'air.
£n avril, en octobre, aux saisons les meilleures, I. 15
Qui de vous n'a perdu souvent de longues heures A contempler, rêveur, le merveilleux tableau Qui rayonne, qui tremble et rit au fond de l'eau? Non, l'œil ne connaît pas de plus charmant spectaclel Au regard, qui descend sous le flot sans obstacle. Se révèlent d'abord, éclatants de reflets, Des joyaux qui seraient l'orgueil de cent palais : Merveilles à ravir les rois et les artistes, Émeraudes, onyx, agates, améthystes, Escarboucles, rubis, que le flot patient Met un siècle à polir, rien qu'en les charriant. Ces richesses, qui font clignoter les paupières. Ne sont que des cailloux pourtant, que d'humbles pierres; Hors de l'eau, vils galets que l'on foule en passant. Diamants sous la vague où le soleil descend ! — Après ce long ruban d'humides pierreries, S'étendent des gazons frais et verts, des prairies Telles que le rayon d'un printemps généreux N'en fait point verdoyer sur un sol plantureux. Qu'ils sont beaux ces jardins qu'aucun soleil ne fane I Qu'ils sont brillants à voir, sous l'onde diaphane, Ces vergers où chaque arbre, émaillé de couleurs. Porte des fruits vivants et de vivantes fleurs ! Là fourmillent, au sein des ondoyants feuillages,