‹ Œuvres complètes de J. AutranChapitre 51 sur 99 · PULCHRA NIMIS · texte numérisé non relu

PULCHRA NIMIS

A sa poupe un rameur, — vieillard au poil de neige, —

A sa proue une femme, une reine, que sais-jel

Jamais femme ici-bas, jamais royale enfant

N'a levé sous le ciel un front plus triomphant.

Ses opulents cheveux, noirs comme la nuit même.

Autour de ce front blanc nouaient leur diadème.

Où flottaient et brillaient, aux tresses du bandeau.

Deux tiges de jasmins chargés de gouttes d*eau.

Son œil, — oh I qu'il fera souffrir quelque pauvre âme!

Son œil lançait Téclair que projette la rame.

Quand, sortant de la mer aux reflets du couchant.

Elle luit et reluit comme un acier tranchant.

Un corsage aminci de velours écarlate.

Une jupe où la hanche aisément se dilate,

Un collier de corail faisant deux ou trois tours,

Une croix d*or au sein : voilà ses seuls atours.

Sa lèvre, comme un arc sous la main qui le plie.

Se courbait de dédain ou de mélancolie ;

Et, tandis qu'un bras nu portait son front charmant.

L'autre, dans le flot clair, pendait négli^'emment.

Extase de mes sens, trop vite évanouie I

Sa nacelle volait sur la mer éblouie :

Je n'ai pu que lancer d'une rapide main

Toutes mes fleurs vers elle, et l'atteindre en chemin.

Elle, sans simuler ni crainte ni surprise,

A vu tomber la gerbe à ses pieds, — et Ta prise

D'un geste simple et lent, comme un hommage dû,

Gomme un don de vassal qu'un regard m'a rendu.

Ah ! j'étais trop payé de mon indigne hommage,

superbe inconnue, adorée au passage!

Vous emportiez mes fleurs; moi, l'esprit enchanté,

J'emportais ton image, éclatante beauté!

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