‹ Œuvres complètes de J. AutranChapitre 6 sur 99 · LES OCÉANIDES · texte numérisé non relu

LES OCÉANIDES

Notre divinité rayonnait sur les flots.

Au départ, au retour des courses maritimes, Le pilote à nos pieds immolait des victimes, Et nos grottes d'azur, ouvrant sur les abîmes. Nous répétaient sans Qn les vœux des matelots.

» Du superbe Océan nous étions la famille.

Nous étions la tribu célèbre, qui fourmille Comme les flots pressés dans ses vastes bassins. Aux heures où s'endort le vent longtemps rebelle. Combien du dieu des mers la puissance était belle, Quand, pareil au pasteur d'un grand troupeau qui bôle, Il menait après lui nos ondoyants essaims!

» Et quel beau jour encor dans nos riches annales.

Quand, sous un vent d'avril, aux heures matinales,

L'écume de la mer soudain frémit sur nous.

Et qu'on te vit sortir de notre bleu domaine,

Déesse de l'Amour! belle Anadyomène,

Vénus! beauté divine à force d'être humaine.

Dont tous, hommes et dieux, embrassent les genoux.

» Que de moments passés à mirer aux eaux pures Nos épaules d'argent, nos glauques chevelures

Qu^étoilaient le corail et l'ambre du rocher! Que de nuits à nager près des plages sereines, A folâtrer, tandis que nos sœurs les Sirènes Attiraient à recueil par leurs voix souveraines La barque désireuse et craignant d'approcher I

» Cet heureux temps n'est plus. Nos royaumes sans bornes S'étendent désormais solitaires et mornes.

Plus de joyeux ébats, de fêtes ni de jeux!

Hélas I pourquoi faut-il qu'un tel pouvoir expire 1 Un Dieu plus grand que nous a repris son empire : C'est lui seul maintenant qui dans les eaux respire, Lui qui fait leurs beaux jours et leurs jours orageux.

» Eh bien, n'importe, amil n'importe; sur nos grèves. Viens promener ton deuil, et ta joie, et tes rêves; Viens, par les sombres temps ou par les cieux plus doux. Si, déesses des mers, nous en fûmes bannies.

Nous y restons encor, fantômes ou génies.

Et nous avons toujours de vagues harmonies A chanter au passant qui se souvient de nous.

)) Viens donc, viens I tu sauras par nous bien des mystères. Nous te dirons Thymen des ondes et des terres,

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