Ancien hôtelier, sur les rochers de la Réserve
3i!2 LES POEMES DE LA MER.
Je ne sais quelle tour, vestige des vieux temps, Dont pas un n'a connu les anciens habitants; De tes premiers travaux et de tes jeux rustiques, Et de la maison, chère à tes dieux domestiques. Où tu grandis avec tes frères et tes sœurs.
Et qui maintenant s'ouvre à d'autres possesseurs! Et moi, je recueillais dans mon âme attendrie Tes souvenirs pieux d'enfance et de patrie.
Et j'admirais qu'ainsi, sans foudre et sans autel. Mon Jupiter Tonnant ne fût qu'un doux mortel !
Alors, un souvenir de mes pèlerinages
Renouvelant en moi ses récentes images.
Je songeai que naguère, au beau pays romain,
Un jour que je suivais un antique chemin,
Je vis à Phorizon s'élever, solitaire.
Un mont dont le sommet semblait un noir cratère,
Et ce mont, que souvent la flamme sillonna,
Était, me dit le guide, un rival de l'Etna.
Sans suspendre ma course et sans reprendre haleine,
Je marchai droit à lui, franchissant bois et plaine,
Et vallons où dormaient les troupeaux accroupis.
Et sillons ondoyants où couraient les épis.
A la fin j'atteignis ma montagne... surprise!
A UN POKTE SATIRIQUE. 3i3
C'était un mont charmant : il berçait à la brise Mille fleurs dont ses flancs étaient partout couverts. Et les oiseaux du ciel chantaient dans ses bois verts. Il sommeillait sans lave et sans bruit de tonnerre; Et, foulant à loisir ce volcan débonnaire, Au bord même du gouffre, encor plein de chaleur, Moi, pour tout souvenir, je cueillis une fleur !
A COURDOUAN
Par les jours brillants, par les nuits de bruine^ Tu peignis la mer; je la décrivis.
Nous étions rivaux; mais, à mon avis.
L'habile pinceau fit mieux que la plume.
De l'azur du ciel un pinceau se teint, Dans Tazur de Tonde un pinceau se trempe ; Il vole souvent où la plume rampe.
Il ne s'éteint pas quand elle s'éteint.
Va toujours, ami, suis toujours ta voie.
Pour la mienne, moi, quel que soit mon goût, Je ne vois jamais que de Tencre au bout. Que de Tencre au bout d'une plume d'oie I