Scène heureuse ! tableau de naïve allégresse I
La colonie entière au rivage se presse.
Les anciens du village, invalides des eaux,
S'y traînent, inclinés comme au vent les roseaux.
Les tout petits enfants apportés par les mères,
S*élancent de leurs bras vers vous, leurs joyeux pères I
D'autres, un peu grandis, escaladent le flanc
Des tartanes, d'où pleut le filet ruisselant.
C'est un bonheur commun à toutes les familles I
C'est un commun labeur : les souriantes filles.
Pieds nus, et retroussant au genou leurs jupons,
Reçoivent les paniers qui descendent des ponts;
Et, comme au Parthénon les vierges du Pirée
Jadis allaient portant la corbeille sacrée,
On les voit sur leur front transporter tour à tour
Ces lourds paniers dont Vdlgue arrose le contour.
Vous rentrez en chantant sous vos toits domestiques,
Lambris tout hérissés d'ustensiles nautiques,
Où sèchent, appendus, légumes et raisins ;
Vous saluez au mur ces gothiques dessins
Devant qui, chaque soir, ensemble on s*agenouille.
L'aïeule en cheveux blancs quitte enfm sa quenouille ;
Elle va dérouler la natte de ces lits
Qui vous donnent à terre un sommeil sans roulis.
On vous fête à Tenvi dans la tribu rostrale.
Chaque toit jette à Tair sa fumée en spirale;
Et, frères égayés par un sobre festin.
Vous rendez grâce au Dieu qui vous fit ce destin I...
Pour les vœux de l'orgueil il faudrait davantage.
Que vous importe, à vous, un plus brillant partage ?
Vous vivez là, toujours heureux, toujours unis.
Comme des passereaux satisfaits de leurs nids.
En vain notre Marseille en parure éclatante
Vous appelle : il n'est rien en elle qui vous tente.
Ses femmes à vos yeux sont même sans appas.
De vos étroits foyers votre amour ne sort pas.
Du rêve de l'hymen quand votre âme est saisie.
C'est toujours parmi vous que l'épouse est choisie :
360 LES PObMES DE LA MER.
« A d'autres, diles-vous, les sœurs de l'étranger ! » En acceptant leur main vous croiriez déroger I — Du monde où nous vivons parias volontaires. Vivez toujours ainsi ; gardez vos mœurs austères. Ressemblez d'âge en âge aux patriarches saints Qui, jadis au désert, s'assemblaient par essaims, Méprisaient les faux biens que l'ignorance estime. Vivaient de labeur simple et de repos intime. Et ne demandaient rien, dans leur prière à Dieu, Qu'une âme toujours pure et qu'un ciel toujours bleu !