‹ Œuvres complètes de J.-B. Poquelin MolièreChapitre 114 sur 266 · ACTE III, SCÈNE IV · texte numérisé non relu

ACTE III, SCÈNE IV

Je ne sais ; mais enfin c'est une chose sûre. Je pensois aller rendre, à mon heure à peu près, Ma petite visite à ses jeunes a' traits, Lorsque, changeant pour moi de ton et de visage, Et servante et valet m'ont bouché le passage, Et d'un « Retirez-vous, vous nous importunez, » M'ont assez rudement fermé la porte au nez.

ARNOLPHE

La porte au nez 1

HORACE

Au nez.

ARXOLPHE.

La chose est un peu forte.

HORACE

J'ai voulu leur parler au travers de la porte;

Mais à tous mes propos ce qu'ils ont répondu,

C'est : «Vous n'entrerez point, monsieur l'a défendu. 2

ARNOLPHE

Ils n'ont donc point ouvert?

HORACE

Non. Et de la fenêtre Agnès m'a confirmé le retour de ce maître. En me chassant de là d'un ton plein de fierté, Accompagné d'un grès que sa main a jeté.

ARNOLPHE

Comment! d'un grès?

D'un grès de taille non petite, Dont on a par ses mains régalé ma visite.

ARNOLPHE

Diantre! ce ne sont pas des prunes que cela! Et je trouve fâcheux l'état où vous voilà.

HORACE

Il est vrai, je suis mal par ce retour funeste.

ARNOLPHE

Certes, j'en suis fâché pour vous, je vous proteste.

HORACE

Cet homme me rompt tout.

ARNOLPHE

Oui ; mais cela n'est rion, Et de vous raccrocher vous trouverez moyen.

HORACE

Il feut bien essayer, par quelque intelligence, De vaincre du jaloux lexacte vigilance.

ARNOLPHE

Cela vous est facile; et la fille, après tout, Vous aime.

HORACE

Assurément.

Vous en viendrez à bout.

HORACE

Je l'espère.

ARNOLPHE

Le grès vous a mis en déroute ; Mais cela ne doit pas vous étonner.

HORACE

Sans doute; Et j'ai compris d'abord que mon homme étoit là, Qui, sans se faire voir, conduisoit tout cela. Mais ce qui m'a surpris, et qui va vous surprendre, C'est un autre incident que vous allez entendre; Un trait hardi qu'a fait cette jeune beauté. Et qu'on n'allendroit point de sa simplicité. Il le faut avouer, l'amour est un grand maître : Ce qu'on ne fut jamais, il nous enseigne à l'être; Et souvent de nos mœurs l'absolu changement Devient par ses leçons l'ouvrage d'un moment. De la nature en nous il force les obstacles, Et ses effets soudains ont de l'air des miracles. D'un avare à l'instant il fait un libéral, Un vaillanf, d'un poltron, un civil d'un brutal; Il rend agile à tout l'âme la plus pesante, Et donne de l'esprit à la plus innocente.

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