‹ Œuvres complètes de J.-B. Poquelin MolièreChapitre 154 sur 266 · SCÈNE VI 2!i · texte numérisé non relu

SCÈNE VI 2!i

sieurs qui sont capables de juger d'une pièce selon les règles, et que les autres en jugent par la bonne façon d'en juger, qui est de se laisser prendre aux ciioses, et de n'avoir ni prévention aveugle, ni complaisance affectée, ni délicatesse ridicule.

Te voilà donc, chevalier, le défenseur du parterre? Parbleu ! je m'en réjouis, et je ne manquerai pas de l'avertir que tu es de ses amis. Hai, liai, hai, hai, liai.

DORANTE

Ris tant que tu voudras. Je suis pour le bon sens, et ne saurois souffrir les ébullitions de cerveau de nos marquis de Mascarille. J'enrage de voir de ces gens qui se traduisent en ridicule, malgré leur qualité; de ces gens qui décident toujours., et parlent hardiment de toutes choses, sans s'y connoitre-, qui, dans une comédie, se récrieront aux méchants endroits, et ne branleront pas à ceux qui sont bons; qui, voyant un tableau, ou écoulant un concert de musique, blâment de mémo et louent tout à contre-sens, prennent par où ils peuvent les termes de l'art qu'ils attrapent et no manquent jamais de les estropier, et de les mettre hors de place. Eh, morbleu! messieurs, taisez-vous! Quand Dieu ne vous a pas donné la coanoissance d'une chose, napprétez point à rire à ceux qui vous entendent parler, et songez qu'en ne disant mot on croira peut-être que vous éles d'habiles gens.

LE MARQUIS

Parbleu! chevalier, tu le prends-là...

DORANTE

Mon Dieu, marquis, ce n'est pas à toi que je parle. C'est à une douzaine de messieurs qui déshonorent les gens de cour par leurs manières extravagantes, et font croire parmi le peuple que nous nous ressemblons tous. Pour moi, je m'en veux justitier le plus qu'il me sera possible; et je les dauberai tant en toutes rencontres, qu'à la fin ils se leudronl sages.

LE MARQUIS

Dis-moi un peu, chevalier, crois-tu que Lysandre ait dd l'ospril?

DOUANTE.

Oui, sans doute, et beaucoup.

URANIE

C'est une chose qu'on ne peut pas niei^

LE MARQUIS

Demande-lui ce qu'il lui semble de l'École des Femmes, tu verras qu'il te dira qu'elle ne lui plait pas.

DORANTE

Eh, mon Dieu'.l i y en a beaucoup que le trop d'esprit gâlo, qui voient mal les choses à force de lumière, et même qui seroient bien fâchés d'èlre de l'avis des autres, pour avoir la gloire de décider.

URANIE

Il est vrai. Notre ami est de ces gens-là, sans doute. Il veut être le premier de son opinion, et qu'on attende par respect son jugement. Toute approbation qui marche avant la sienne est un attentat sur ses lumières, dont il se venge hautement en prenant le contraire parti. 11 veut qu'on le consulte sur toutes les aifaires d'esprit; et je suis sûre que si l'auteur lui eût montré sa comédie avant que de la faire voir au public, il leût trouvée la plus belle du monde.

LE MARQUIS

Et que direz-vous de la marquise Araminte, qui la publie partout pour épouvantable, et dit qu'elle n'a jamais pu souffrir les ordures dont elle est pleine?

DORANTE

Je dirai que cela est digne du caractère qu'elle a pris; et qu'il y a des personnes qui se rendent ridicules, pour vouloir avoir trop d'honneur *. Bien qu'elle ait de l'esprit, elle a suivi le mauvais exemple de celles qui, étant sur le retour de l'âge, veulent remplacer de 2 quelque chose ce qu'elles voient qu'elles perdent, et prétendent que les grimaces d'une pruderie scrupuleuse leur tiendront lieu de jeunesse et de beauté. Celle-ci pousse l'affaire plus avant qu'aucune ; 21 riiabilelé de son scrupule découvre des saletés ou jamais jjQrsonne n'en avoit vu. On tient qu'il va, ce scrupule,

• pour : puJcur.

* Pour : au moyce iiuclque chose.

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