ACTE II, SCÈNE III Î
VALÈRE
Eh bien, il faut se rendre :
Vite, puisque monsieur à cela se résout, Donnez un siège ici.
SGANARELLE
Je veux parler debout.
VALÈRE
Vous souffrir de la sorte!...
Ail! contrainte effroyable!
VALÈRE
Cette incivilité seroit trop condamnable.
SGANARELLE
C'en est une que rien ne sauroit égaler,
De n'ouïr pas les gens qui veulent nous parler.
VALÈRE
Je vous obéis donc.
SGANARELLE
Vous ne sauriez mieux faire.
Ils font de grandes cérémonies pour se couvrir.
Tant de cérémonies est fort peu nécessaire. Voulez- vous m'écouter?
VALÈRE
Sans doute, et de grand cœur.
SGANARELLE
Savez-vous, dites-moi, que je suis le tuteur D'une fille assez jeune et passablement belle, Qui loge en ce quartier et qu'on nomme Isabelle'"
VALÈRE
Oui.
SGANARELLE
Si vous le savez, je ne vous l'apprends pas. Mais savez-vous aussi, lui trouvant des appas, Qu'autrement qu'en tuteur sa personne me touche. Et qu'elle est destinée à l'honneur de ma couche?
VALÈRE
Non.
SGANARELLE
Je vous l'apprends donc ; et qu'il est à propoî Que vos feux, s'il vous plaîl, lit laissent en repos.
VALÈRE
Qui, moij monsieur?
SGANARELLE
Oui, VOUS. Mettons bas toute feinte.
VALÈRE
Qui VOUS a dit que j'ai pour elle l'âme atteinte?
SGANARELLE
Des gens à qui l'on peut donner quelque crédit.
VALÈRE
Mais encore?
SGANARELLB.
Elle-même.
VALÈRB.
Elle?
SGANARELLE
Elle. Est-ce assez dît^ Comme une fille honnête, et qui m'aime d'enfance, Elle vient de m'en faire entière confidence; Et, de plus, m'a chargé de vous donner avis Que, depuis que par vous tous ses pas sont suivis. Son cœur, qu'avec excès votre poursuite outrage. N'a que trop de vos yeux entendu le langage; Que vos secrets désirs lui sont assez connus, Et que c'est vous donner des soucis superflus De vouloir davantage expliquer une fiamme Qui choque Tamitié que me garde son âme.
VALÈRE
C'est elle, dites-vous, qui de sa part vous f;iJt...
SGANARELLE
Oui, VOUS venir donner cet avis franc et net; Et qu'ayant vu l'ardeur dont votre âme est bloss(*p, Elle vous eût plus tôt fait savoir sa pensée. Bison cœur a\ oit eu, dans son émotion, ^ qui pouvoir donner celte commission ;