‹ Œuvres complètes de J.-B. Poquelin MolièreChapitre 180 sur 266 · SCENE III · texte numérisé non relu

SCENE III

m'ures qu'il voudra, pourvu que nous gagnions de l'argent?» N'est-ce pas là la marque d'une âme fort sensible à la honte? et ne me vengerois-je pas bien d'eux, en leur donnant ce qu'ils veulent bien recevoir?

MADEMOISELLE DEBRIE

Ils 88 sont fort plaints, toutefois, de trois ou quatre mots que vous avez dits d'eux dans la Crilique et dans vos Préciemes.

MOLIÈRE

11 est vrai, ces trois ou quatre mots sont fort offensans, et ils ont grande raison de les citer. Allez, allez, ce n'est pas cela : le plus grand mal que je leur ai fait, c'est que j'ai eu le bonheur de plaire un peu plus qu'ils n'auroient voulu; et tout leur procédé, depuis que nous sommes venus à Paris, a trop marqué ce qui les touche. Mais laissons-les faire tant qu'ils voudront; toutes leurs entreprises ne doivent point m'inquiéter. Ils critiquent mes pièces, tant mieux; et Dieu me garde d'en faire jamais qui leur plaisent ; ce seroit une mauvaise affaire pour moi.

MADEMOISELLE DEBRIE

Il n'y a pas grand plaisir pourtant à voir déchirer ses ouvrages.

MOLIÈRE

Et qu'est-ce que cela me fait? N'ai-je pas obtenu de ma comédie tout ce que j'en voulois obtenir, puisqu'elle a eu le bonheur d'agréer aux augustes personnes à qui particulièrement je m'efforce de plaire? N'ai-je pas lieu d'être satisfait de sa destinée, et toutes leurs censures ne viennent-elles pas trop tard? Est-ce moi, je vous prie, que cela regarde maintenant? et, lorsqu'on attaque une pièce qui a eu du succès, n'est-ce pas attaquer plutôt le jugement de ceux qui l'ont approuvée que l'art de celui qui l'a faite?

MADEMOISELLE DEBRIE

Ma foi, J'aurois joué ce petit monsieur l'auteur, qui se mêle d'écrire contre des gens qui ne songent pas à lui.

MOLIÈRE

Tous éles folle. Le beau sujet à divertir la cour, que M. Boursault! Je voudrois bien savoir de quelle façon on pourroit l'ajuster pour le rendre plaisant; et si, quand on io

2'3i J'IMPROMPTU DE VERSAILLES

bemeroit sur un théâtre, il seroit assez heureux pour faire rire le monde. Ce lui seroit trop d'honneur que d'être j'^'ib devant une auguste assemblée; il ne demanderoit pas mieux-, et il m'attaque de gaieté de cœur pour se faire connoître, de quelque façon que ce soit. C'est un homme qui n'a rien a perdre, et les comédiens ne me l'ont déchaîné que pour m'engager à une sotte guerre, et me détourner, par cet artifice, des autres ouvrages que j'ai à faire; et cependant vous êtes assez simples pour donner toutes dans ce panneau. Mais enfin, j'en ferai ma déclaration publiquement. Je ne prétends faire aucune réponse à toutes leur? Critiques et leurs contre-critiques. Qu'ils disent tous les maux du monde de mes pièces, j'en suis d'accord. Qu'ils s'en saisissent après nous ; qu'ils les retournent comme un habit pour les mettre sur leur théâtre, et tâchent à profiter de quelque agrément qu'on y trouve et d'un peu de bonheur que j'ai , j'y consens, ils en ont besoin ; et je serai bien aise de contribuer à les faire subsister, pourvu qu'ils se contentent de ce que je puis leur accorder avec bienséance. La courtoisie doit avoir des bornes ; et il y a des choses qui ne font rire ni les spectateurs, ni celui dont on parle. Je leur abandonne de bon cœur mes ouvrages, ma figure, mes gestes, mes paroles, mon ton de voix et ma façon de réciter pour en faire et dire tout ce qu'il leur plaira, s'ils en peuvent tirer quelque avantage. Je ne m'oppose point à toutes ces choses, et je serai ravi que cela puisse réjouir le monde ; mais, en leur abandonnant tout cela, ils me doivent faire la grâce de me laisser le reste, et de ne point toucher à des matières de la nature de celles sur lesquelles on m'a dit qu'ils m'altaquoient dans leurs comédies. C'est de quoi je prierai civilement cet honnête monsieur qui se mêle d'écrire pour eux, et voilà toute la réponse qu'ils auront de moi.

MADEMOISELLE BÉJART

Mais enfin...

MOLIÈRE

Mais enfin, vous me feriez devenir fou. Ne parlons point de cela davantage; nous nous amusons à faire des discoui;* au lieu do répéter notre comédie. Où en étions-nous? Je dm'en souviens plus.

SCËNE IV £o5

MADEMOISELLE DECRIE.

Vous en étiez à l'endroit...

MOLIÈRE

Mon Dieu ! j'entends du bruit ; c'est le roi qui arrive, assurément; et je vois bien que nous n'aurons pas le temps de passer outre. Voilà ce que c'est de s'amuser ! Oh ! bien, faites donc, pour le reste, du mieux qu'il vous sera possible.

MADEMOISELLE BÉJART

Par ma foi, la frayeur me prend; et je ne saurois aller jouer mon rôle, si je ne le répète tout entier.

MOLIÈRE

Commentl vous ne sauriez aller jouer votre rôle?

MADEMOISELLE BÉJART

Non.

MADEMOISELLE DU PARC

Ni moi, le mien.

MADEMOISELLE DEBRIE

Ni moi non plus.

MADEMOISELLE MOLIÈRE

Ni moi.

Ni moi.

Ni moi.

MADEMOISELLE HERVE

MADEMOISELLE DU CROISt.

MOLIERE

Que pensez-vous donc faire? Vous moquez-vous toutes de moi?

SCÈNE IV.— BÉJART, MOLIÈRK, LA GRANGE, DU CROISY. MESDEMOisELLE-^ DUPARC, BÉJART, DEBRIE, MOLIÈRE, DU CROISY, HERVÉ.

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