ACTE I, SCÈNE I îî
Et ne savois à quoi je devois recourir, Pour sortir d'une peine à me faire mourir; Lorsqu'un carrosse fait de superbe manière, Et comblé de laquais et devant et derrière, S'est, avec un grand bruit, devant nous arrêté, D'où sautant un jeune homme amplement ajusté, Mon importun et lui, courant à l'embrassade, Ont surpris les passants de leur brusque incartade; Et, tandis que tous deux étoient précipités Daors les convTilsions de leurs civilités. Je me suis doucement esquivé sans rien dire; Non sans avoir longtemps gémi d'un tel martyre, Et maudit le fâcheux, dont le zèle obstiné M'ôtoit au rendez-vous qui m'est ici donné.
LA MONTAGNE
Ce sont chagrins mêlés aux plaisirs de la vie. Tout ne va pas, mon>ieur, au gré de potre envie. Le ciel veut qu'ici-bas chacun ait ses fâcheux. Et les hommes seroient sans cela trop heureux.
ÉRASTE
Mais de tous mes fâcheux, le plus fâcheux encore, C'est Damis, le tuteur de celle que j'adore. Oui rompt ce qu'à mes vœux elle donne d'espoir, Et fait qu'en sa présence elle n'ose me voir. Je crains d'avoir déjà passé l'heure promise. Et c'est dans cette allée où devait être Orphise.
LA MONTAGNE
L'heure d'un rendez-vous d'ordinaire s'étend. Et n'est pas resserrée aux bornes d'un instant.
ÉRASTE
Il est vraî ; mais je tremble, et mon amour extrême D'un rien se fait un crime envers celle que j'aime.
LA MONTAGNE
Si ce parfait amour, que vous prouvez si bien, Se fait vers votre objet un grand crime de rien, Ce que son cœur pour vous sent de feux légitime? En revanche, lui fait un rien de tous vos crimes.
n LES FACHEUX
ÉRASTE
Mais, tout de bon, crois-tu que jo ?ois d'elle aimij?
LA MONTAG' ?
Quoi! vous doutez oncor d'un i. vonr confirmé?
ÉRASTE
Ah! c'est malaisément qu'en pareilh matière- Un cœur bien enflammé prend assurance entière; Il craint de se flatter ; et, dans ses divers soins. Ce que plus il souhaite est ce qu'il croit le moins. Mais songeons à trouver une beauté si rare.
LA MONTAGNE
]\îonsieur, votre rabat par devant se sépare.
ÉRASTE
N'importe.
LA MONTAGNE
Laissez-moi l'ajuster, s'il vous plaît.
Ouf! tu m'étrangles, fat! laisse-le comme il est.
LA MONTAGNE
Souffrez qu'on peigne * un peu...
ÉRASTE
Sottise sans pareille!
Tu m'as d'un coup de dent presque emporté l'oreille.
LA MONTAGNE
Vos canons...
ÉRASTE
Laisse-les, tu prends trop de souci.
LA MONTAGNE
Ils sont tout chiffonnés.
ERASTE
Je veux qu'ils soient ainsi.
LA MONTAGNE
Accordez-moi du moins, par grâce singulière,
De frotter ce chapeau, qu'on voit plein de pous.-.ière.
1 Depui? le règne de Flenri IV, cha'-iiii i)oitait un pi.'i^i.e dans sa poche pijur se rajuster, et les valets ne manquaient pas de rendre ce service 4 leurs maîtres.