‹ Œuvres complètes de J.-B. Poquelin MolièreChapitre 76 sur 266 · ACTE III, SCÈNE i.k · texte numérisé non relu

ACTE III, SCÈNE i.k

ORMIN.

Li plaisante pensée, hélas! où vous voilà I

Dieu me garde, monsieur, d'être de ces fous-là !

Je ne me repais point de visions frivoles,

El je vous porte ici les solides paroles

D'un avis que par vous je veux donner au roi,

Et que tout cacheté je conserve sur moi :

Non de ces sots projets, de ces chimères vaines,

Dont les surintendans ont les oreilles pleines.

Non de ces gueux d'avis, dont les prétentions

Ne parlent que de vingt ou trente millions ;

Mais un qui, tous les ans, à si peu qu'on le monte,

En peut donner au roi quatre cents de bon compte,

Avec facilité, sans risque ni soupçon.

Et sans fouler le peuple en aucune façon ;

Enfin, c'est un avis d'un gain inconcevable,

Et que du premier mot on trouvera faisable.

Oui, pourvu que par vous je puisse être poussé...

ÉRASTE

Soit, nous en parlerons. Je suis un peu pressé.

ORMIN.

Si vous me promettiez de garder le silence, Je vous découvrirois cet avis d'importance.

ÉRASTE

Non, non, je ne veux point savoir votre secret.

ORMIN.

Monsieur, pour le trahir je vous crois trop discret. Et veux avec franchise en deux mots vous rap|)rendre. Il faut voir si quelqu'un ne peut point nous entendre. Après avoir regardé si personne ne l'écoute, il s'approche Je l'or.iKo d'Éraste.

Cet avis merveilleux dont je suis l'inventeur Es^ "'le...

ÉRASTE

D'un peu plus loin, et pour cause, monsieur.

ORMIN.

Vous voyez le grand gain, sans qu'il faille le dire, Que de ses ports de mer le roi tous les ans tù'e ;

Or l'avis dont encor nul ne s'est avisé Est qu'il faut de la France, et c'est un coup aisé. En fameux ports de mer mettre toutes le» côies. Ce seroit pour monter à des sommes très-hautes; Et si...

ÉRASTE

L'avis est bon. et plaira fort au roi Adieu. Nous nous verrons.

ORMIN.

Au moins appuyez-moi, Pour en avoir ouvert les premières paroles.

ÉRASTE

Oui, oui.

ORMIN.

Si vous vouliez me prêter deux pistoles, Que vous reprendriez sur le droit de l'avis, Monsieur...

ÉRASTE

Il donne de l'argent à Ormin. Seul.

Oui, volontiers. Plût à Dieu qu'à ce prix De tous les importuns je pusse me voir quitte ! Voyez quel contre-temps prend ici leur visite! Je pense qu'à la fin je pourrai bien sortir. Viendra-t-il point quelqu'un encor me divertir?

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