‹ Œuvres complètes de J.-B. Poquelin MolièreChapitre 82 sur 266 · A MADAME · texte numérisé non relu

A MADAME

Madame,

Je suis le plus embarrassé homme du montfe, lorsqu'i me faut drdier un livre; et je me trouve si peu lait au style d'épiire dcdicatoire, que je ne sais par où sortir de celle-ci. Un autre auteur, qui seroit en ma place, Irouveroil d'abord cent belles choses à dire de Votre Altesse Royale, sur ce titre de Y Ecole des Femmes et l'offre qu'il vous en feroit. Mais, pour moi, Madame, je vous avoue mon faible. Je ne sais point cet art de trouver des rapports entre des choses si peu proportionnées; et, que'que belles lumières que mes confrères les auieurs me donnent tous les jours sur de pareils sujets, je ne vois point ce que Votre Altesse Royale pourroil avoir à démêler avec ia comédie nue je lui présenie. On n'est pas en peine, sans doute, comment il faut l'aire pour vous louer. La matière, Madame, ne saute que trop aux yeux; et, de quelque côté qu'on vous regarde, on rencontre gloire sur gloire, cl qualités sur qualités. Vous en avez, Madame, du ctMé du rang et de la naissance, qui vous font respecter de toute la terre. Vous en avez du côté des grâces, et de l'esprit et du corps, qui vous font admirer de toutes les ])ersonnes qui vous voient. Vous en avez du côté de l'àme, qui, si ['ou ose parler ainsi, vnus fout aimer de tous ceux qui ont l'honneur d'approcher de vous : je veux dire cette douceur pieine de charmes dont vous daignez tempérer la fierté des grands titres que vous portez; celte boulé toute obligeante, cette affabilité généreuse que vous faites paroître pour tout le monde. El ce sont parliculièreuieut ces dernières pour qui je suis, et dont je sens fort bien que je ne me pourrai taire quelque jour. Mais encore une fois, Madame, je ne sais point le biais de faire entrer ici des vérités si éclatantes; et ce sont choses, à mon avis,

• HeiiiioUe d'AiiRletprrt', pi^mière femme de Monsieuu , frère de Louis XIV, l'etile-Qllo de Henri IV dont l'oraison funèhre a eti* pruuoiicde par KoSiiuet. EV.e niourui à Sainl-I'lnud !o 80 Juin 1C7<), bj'àgedc \ht\}\.n\ ai)s.

PRÉFACE. li.T

et d'une trop vaste étendue, et d'un mérite trop relevé, pour les vouloir renfermer dans une épître et les mêler avec des bagatelles. Tout bien considéré, Madame, je ne vois rien à l'aire ici pour moi que de vous dédier simplement ma comédie, et de vous assurer, avec tout le respect qu'il m'est possible, que je suis.

De Votre Altesse Royale,

Madame,

Le très-bumble, très-obéissant, et très-obligé serviteur,

J.-B.-P. Molière.

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