‹ Œuvres complètes de J. de La Bruyère (volume 2)Chapitre 108 sur 141 · Vo3'ez le Lexique · texte numérisé non relu

Vo3'ez le Lexique

i. S'acquitter et s'enrichir par la réduction des rentes, la refonte des monnaies, etc.; moyens auxquels les rois de France ont eu plus d'une fois recours, même Louis XIV, comme en témoigne ce passage de Boileau (Satire m, 1665) :

Et ce visage enfin plus pâle qu'un rentier,

A l'aspect d'un arrêt qui retranche un quartier.

« Le roi de France est un grand magicien : il exerce son empire sur l'esprit même de ses sujets ; il les fait penser comme il veut. S'il n'a qu'un

maxime utile, fructueuse, une mine d'or, un Pérou, du moins pour ceux ' qui ont su jusque présent l'inspirer à leurs maîtres ".

[23] C'est un extrême bonheur pour les peuples quand le prince admet dans sa confiance et choisit pour le ministère ceux mêmes qu'ils auroient voulu lui donner, s'ils en avoient été les maîtres''-.

[2/i] La science des détails, ou une diligente attention aux moindres besoins de la république, est une partie essentielle au bon gouvernement, trop négligée à la vérité

" Edition 8".

** Édition 4*.

million d'ccus dans son trésor, et qu'il en ait besoin de deux, il na qu'à leur persuader qu'un écu en vaut deux, et ils le croient. » (Montesquieu, Lettres persanes.)

1. Pour ceux... Les clefs du xviii" siècle appliquent ce passage à Colbert, « qui conseilla au roi le remboursement des rentes de l'Hôtel de Ville. » Jamais Colbert n'a été sérieusement accusé de s'être enrichi dans des opéraiions désastreuses pour quelques particuliers, mais avantageuses pour le roi. La pensée de La Bruyère est évidemment plus générale, de même que les termes dont il se sert sont plus larges : car il ne désigne pas d'une manière précise les opérations financières qu'il a en vue, et il songe aussi bien aux gens d'affaires des grands qu'aux ministres des rois. D'ailleurs les exemples ne manquaient pas de ministres ou de financiers qui s'étaient enrichis sous prétexte d'enrichir le roi : Mazarin, Fouquet, les traitants, etc.

2. Les auteurs des clefs voient ici une allusion à la nomination de Pomponne qui « se fit adorer de la cour » (Saint-Simon, t. II, p. 324). Mais cet alinéa a été publié en 1689, et le retour de Pomponne au ministère est de 1G91. Walckenaer pense que c'est un compliment à l'adresse de Seignelay et de Ponchartrain. Mais ici nouvelles difficultés : Seignelay était déjà ministre depuis six ans, et le compliment eût été bien fort pour lui; quant à Ponchartrain, il ne devint ministre que l'année suivante (1690). IN'est-cc pas plutôt un conseil indirect au roi, de consulter l'opinion publique, au lieu de suivre son caprice, comme il le faisait en appelant au ministère un jeune homme de vingt-quatre ans (Barbczieux), et comme il le fera plus tard en y appelant Chamillart?

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dans les derniers temps par les rois ou par les ministres, mais qu'on ne peut trop souhaiter dans le souverain qui l'ignore, ni assez estimer dans celui qui la possède ^ Que sert en effet au bien des peuples et à la douceur de leurs

1. La Bruyère a besoin de se concilier Louis XIV au moment où les applications plus ou moins vraies de ses Caractères lui font tant d'ennemis. De là, dans ce chapitre, plusieurs liommages au roi, que nous avons relevés en leur place. Ici il le loue de ce qui était pour les uns une qualité, pour les autres un défaut, mais de ce qui était une de ses vanités et de ce qui caractérisait la part qu'il prenait aux affaires. Fénelon, dans le portrait qu'il trace de son Idoménée, a signalé et critiqué cette disposition d"esprit : « Idoménée, continuoit Mentor, est sage et éclairé ; mais il s'applique trop au détail et ne médite pas assez le gros de ses affaires pour former des plans. L'habileté d'un roi qui est au-dessus des autres hommes ne consiste pas à faire tout par lui-même; c'est une vanité grossière que d'espérer d'en venir à bout, ou de vouloir persuader au monde qu'on en est capable. Vouloir examiner tout par soi-même, c'est défiance, c'est petitesse, c'est se livrer à une jalousie pour les détails, qui consume le temps et la liberté d'esprit nécessaires pour les grandes choses. Pour former de grands desseins, il faut avoir l'esprit libre et reposé ; il faut penser à son aise dans un entier dégagement d'affaires épineuses. Un esprit épuisé par les détails est comme la lie du vin qui n'a plus ni force ni délicatesse. Ceux qui gouvernent par le détail sont toujours déterminés par le présent, sans étendre leurs vues dans un avenir éloigné; ils sont entraînés par l'affaire du jour où ils sont, et cette affaire étant seule à les occuper, elle les frappe trop, elle rétrécit leur esprit : car on ne juge sainement les affaires que quand on les compare toutes ensemble, et qu'on les place dans un certain ordre, afin qu'elles aient de la suite et de la proportion. Manquer à suivre cette l'ègle dans le gouvernement, c'est ressembler à un musicien qui se contenteroit de trouver des sons harmonieux, et qui ne se mettroit point en peine de les unir et de les accorder pour en composer une musique douce et touchante. » {Télémaque, livre XVII.) Saint-Simon parle avec encore moins de ménagements de cette science des détails, qui était la grande prétention de Louis XIV : « Son esprit, naturellement porté au petit, se plut en toutes sortes de détails... Ces pertes de temps, qui paroissoicnt au roi avec tout le mérite d'une application continuelle, ctoient le triomphe de ses ministres, qui, avec un peu d'art et d'expérience à le tourner, faisoient venir comme de lui ce qu'ils vouloient eux-mêmes, et qui conduisoient le grand selon leurs vues, et trop souvent selon leur intérêt, tandis qu'ils s'applaudissoient de le voir se noyer dans ces détails. » (Tome XII.) « Il vouloit régner par lui-même. Sa jalousie là-dessus alla sans cesse jusqu'à la foiblesse. Il régna en effet dans le petit: dans le grand il ne put y atteindre; et jusque dans le petit il fut souvent gouverné. » {Ibid.)

jours, que le prince place les bornes de son empire au delà des teiTes de ses ennemis, qu'il fasse de leurs souverainetés des provinces de son royaume ; qu'il leur soit également supérieur par les sièges et par les batailles, et qu'ils ne soient devant lui en sûreté ni dans les plaines ni dans les plus forts bastions; que les nations s'appellent les unes les autres, se liguent ensemble pour se défendre et pour l'arrêter; qu'elles se liguent en vain, qu'il marche toujours et qu'il triomphe toujours; que leurs dernières e&pérances soient tombées par le raffermissement d'une santé ^ qui donnera au monarque le plaisir de voir les princes ses petits-fils soutenir ou accroître ses destinées, se mettre en campagne, s'emparer de redoutables forteresses, et conquérir de nouveaux Etats ; commander de vieux et expérimentés capitaines, moins par leur rang et leur naissance que par leur génie et leur sagesse ; suivre les traces augustes de leur victorieux père; imiter sa bonté, sa docilité-, son équité, sa vigilance, son intrépidité? Que me serviroit en un mot, comme à tout le peuple, que le prince fût heureux et comblé de gloire par lui-même et par les siens, que ma patrie fût puissante et formidable, si, triste et inquiet, j'y vivois dans l'oppression ou dans l'indigence; si, à couvert des courses de l'ennemi, je me trouvois exposé dans les places ou dans les rues d'une ville au fer d'un assassin, et que je craignisse moins dans l'horreur de la nuit d'être pillé ou massacré dans d'épaisses forêts que dans ses carrefours; si la sûreté, l'ordre et la propreté ne rendoient pas le séjour des villes si délicieux, et n'y avoient pas amené, avec l'abondance, la douceur de la

i. Allusion à l'opération de la fistule, que le roi avait subie en 1680. 2. Voyez le Lexique.

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société; si, foible et seul de mon parti, j'avois à souffrir dans ma métairie du voisinage d'un grand, et si l'on avoit moins pourvu à me faire justice de ses entreprises; si je n'avois pas sous ma main autant de maîtres, et d'excellents maîtres, pour élever mes enfants dans les sciences ou dans les arts qui feront un jour leur établissement; si, par la facilité du commerce, il m'étoit moins ordinaire de m'habiller de bonnes étoffes ^ et de me nourrir de viandes saines, et de les acheter peu; si enfm, par les soins du prince, je n'étois pas aussi content de ma fortune, qu'il doit lui-même par ses vertus l'être de la sienne^?

[25] Les huit ou les dix mille hommes sont au souverain comme une monnoie dont il achète une place ou une victoire : s'il fait qu'il lui en coûte moins, s'il épargne les hommes, il ressemble à celui qui marchande et qui connoît mieux qu'un autre le prix de l'argent''.

[26] Tout prospère dans une monarchie où l'on confond les intérêts de l'État avec ceux du prince.

[27] Nommer un roi père du peuple ^ est moins faire

» Édition 4«.

^ Cet alinéa et les sept suivants sont de la 1'^ édition.

1. « Depuis l'an 1663 jusqu'en 1672, chaque année... fut marquée par rétablissement de quelque manufacture. Les draps fins, qu'on tirait auparavant d'Angleterre, de Hollande, furent fabriqués dans Abbeville. Le roi avançait au manufacturier deux mille livres par chaque métier battant, outre des gratifications considérables... Les fabriques de draps de Sedan, dégénérées et tombées, furent rétablies... » (Voltaire, Siècle de Louis XIV. chap. XXIX.)

2. Père du peuple, titre décerné à Louis XII par les États de Tours (1506J.

son éloge que l'appeler par son nom, ou faire sa définition.

[28] Il y a un commerce ou un retour de devoirs du souverain à ses sujets, et de ceux-ci au souverain : quels sont les plus assujettissants et les plus pénibles, je ne le déciderai pas. 11 s'agit de juger, d'un côté, entre les étroits engagements du respect, des secours, des services, de l'obéissance, de la dépendance; et d'un autre, les obligations indispensables de bonté, de justice, de soins, de défense, de protection. Dire qu'un prince est arbitre de la vie des hommes, c'est dire seulement que les hommes par leurs crimes deviennent naturellement soumis aux lois et à la justice, dont le prince est le dépositaire : ajouter qu'il est maître absolu de tous les biens de ses sujets, sans égards, sans compte ni discussion, c'est le langage de la flatterie, c'est l'opinion d'un favori qui se dédira à l'agonie K

[29] Quand vous voyez quelquefois un nombreux troupeau, qui répandu sur une colline vers le déclin d'un beau jour, paît tranquillement le thym et le serpolet, ou qui broute dans une prairie une herbe menue et tendre qui a échappé à la faux du moissonneur, le berger, soigneux et attentif, est debout auprès de ses brebis ; il ne les perd pas de vue, il les suit, il les conduit, il les change de pâturage; si elles se dispersent, il les rassemble; si un loup avide paroît, il lâche son chien, qui

1. C'était l'opinion de Louis XIV lui-même : « Les rois sont seigneurs absolus, et ont naturellement la disposition pleine et entière de tous les biens, qui sont possédés aussi bien par les gens d'église que par les séculiers.» {Mémoires, t. II, p. 121.)

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le met en fuite; il les nourrit, il les défend; l'aurore le trouve déjà en pleine campagne, d'où il ne se retire qu'avec le soleil : quels soins! quelle vigilance! quelle servitude! Quelle condition vous paroît la plus délicieuse et la plus libre, ou du berger ou des brebis? le troupeau est-il fait pour le berger, ou le berger pour le troupeau? Image naïve des peuples et du prince qui les gouverne, s'il est bon prince.

Le faste et le luxe dans un souverain, c'est le berger habillé d'or et de pierreries, la houlette d'or en ses mains; son chien a un collier d'or, il est attaché avec une laisse d'or et de soie. Que sert tant d'or à son troupeau ou contre les loups?

[30] Quelle heureuse place que celle qui fournit dans tous les instants l'occasion à un homme de faire du bien à tant de milliers d'hommes! Quel dangereux poste que celui qui expose à tous moments un homme à nuire à un million d'hommes!

[31] Si les hommes ne sont point capables sur la terre d'une joie plus naturelle, plus flatteuse et plus sensible, que de connoitre qu'ils sont aimés, et si les rois sont hommes, peuvent-ils jamais trop acheter le cœur de leurs peuples '?

[32] Il y a peu de règles générales et de mesures certaines pour bien gouverner; l'on suit le temps et les conjonctures, et cela roule sur la prudence et sur les vues de ceux qui régnent : aussi le chef-d'œuvre de l'esprit, c'est

» Cet aliuéa et les sept précédents sont de la 7* édition.

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le parfait gouvernement; et ce ne seroit peut-être pas une chose possible, si les peuples, par l'habitude où ils sont de la dépendance et de la soumission, ne faisoient la moitié de l'ouvrage.

[33] Sous un très-grand roi, ceux qui tiennent les premières places n'ont que des devoirs faciles, et que l'on remplit sans nulle peine : tout coule de source; l'autorité et le génie du prince leur aplanissent les chemins, leur épargnent les difficultés, et font tout prospérer au delà de leur attente : ils ont le mérite de subalternes \

[3/i] Si c'est trop de se trouver chargé d'une seule famille, si c'est assez d'avoir à répondre de soi seul, quel poids, quel accablement, que celui de tout un royaume! Un souverain est-il payé de ses peines par le plaisir que semble donner une puissance absolue, par toutes les prosternations des courtisans^? Je songe aux pénibles, douteux et dangereux chemins qu'il est quelquefois obligé de suivre pour arriver à la tranquillité publique ; je repasse les moyens extrêmes, mais nécessaires, dont il use souvent pour une bonne fin; je sais qu'il doit répondre à Dieu même de la félicité de ses peuples, que le bien et le mal est en ses mains, et que toute ignorance ne l'excuse pas; et je me dis à moi-même : »< Voudrois-je régner? » Un homme un peu heureux dans une condition privée

' <i Du courtisan. » (Kdit. ô^-G".)

1. La Bruyère flatte ici Louis XIV par son endroit le plus sensible; car le roi se piquait de donner à ses ministres « la capacité avec la patente. » Mais ce mot de subalterne s'applique assez mal à Colbert (mort, il est vrai, en 1683) cl à Louvois, qui put lire ces lignes (mort en IGl'l). Voj-cz plus loin, n" 35.

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devroit-il y renoncer pour une monarchie? N'est-ce pas beaucoup, pour celui qui se trouve en place par un droit héréditaire, de supporter d'être né roi ^?

[35] Que de dons du ciel ne faut-il pas pour bien régner! Une naissance auguste, un air d'empire et d'autorité, un visage qui remplisse la curiosité des peuples empressés de voir le prince, et qui conserve le respect dans le courtisan*; une parfaite égalité d'humeur; un grand éloignement pour la raillerie piquante, ou assez de raison pour ne se la permettre point: ne faire jamais ni menaces ni reproches; ne point céder à la colère -, et

" Édition 5*.

1. C'est par allusion à Louis XIV que Racine dit, dans Esther (II, 7) :

Seigneur, je n'ai jamais contemplé qu'avec crainte L'auguste majesté sar votre front empreinte.

M L'embarras qu'il inspirait à ceux qui lui parlaient flattait en secret la complaisance avec laquelle il sentait sa supériorité. Ce vieil officier qui se troublait, qui bégayait, en lui demandant une grâce, et qui, ne pouvant achever son discours, lui dit : « Sire, je ne tremble pas ainsi devant vos « ennemis, » n'eut pas de peine à obtenir ce qu'il demandait. » (Voltaire, Siècle de Louis XIV, cliap. w.)

« Rien n'ctoit pareil à lui, aux revues, aux fêtes, et partout où un air de galanterie pouvoit avoir lieu par la présence des dames. On l'a déjà dit, il l'avoit puisée à la cour de la reine sa mère, et chez la comtesse de Soissons; la compagnie de ses maîtresses l'y avoit accoutumé de plus en plus; mais toujours majestueuse, quoique quelquefois avec de la gaieté, et jamais devant le monde rien de déplacé ni de hasardé; mais jusqu'au moindre geste, son marcher, son port, toute sa contenance, tout mesuré, tout décent, noble, grand, majestueux, et toutefois très-naturel, à quoi l'habitude et l'avantage incomparable et unique de toute sa figure donnoit une grande facilité. Aussi dans les choses sérieuses, les audiences d'ambassadeurs, les cérémonies, jamais homme n'a tant imposé; et il falloit commencer par s'accoutumer à le voir , si en le haranguant on ne vouloit s'exposer à demeurer court... Le respect qu"apportoit sa présence en quelque lieu qu'il fût imposoit un silence et jusqu'à une sorte de fi-ayeur. » (Saint- Simon, t. XII, p. 4640

2. « Jamais il ne lui échappa de dire rien de désobUgeant à personne;

être toujours obéi; l'esprit facile, insinuant; le cœur ouvert, sincère, et dont on croit voir le fonrl, et ainsi trèspropre à se faire des amis, des créatures et des alliés; être secret toutefois, profond et impénétrable dans ses motifs et dans ses projets*; du sérieux et de la gravité dans le public; de la brièveté, jointe à beaucoup de justesse et de dignité, soit dans les réponses aux ambassadeurs des princes ^, soit dans les conseils ; une manière de faire des grâces qui est comme un second bienfait '; le choix des personnes que l'on gratifie ; le discernement des esprits, des talents et des complexions pour la distribution des postes et des emplois; le choix des généraux et des ministres; un jugement ferme, solide, décisif dans les aflaires, qui fait que l'on connoît le meilleur parti et le plus juste ; un esprit de droiture et d'équité qui fait qu'on le suit jusques à prononcer quelquefois contre soi-même *

et s'il avoit à reprendre, à réprimander ou à corriger, ce qui ctoit fort rare, c'étoit toujours avec un air plus ou moins de bonté, presque jamais avec sécheresse, jamais avec colère, si on excepte l'unique aventure de Courtenvaux... quoiqu'il ne fût pas exempt de colère, quelquefois avec un air de sévérité. » (Saint-Simon, t. XII, p. -461.)

i. « Jamais rien ne coûta moins au roi que de se taire profondément et de dissimuler de môme. Ce dernier talent, il le poussa souvent jusqu'à la fausseté; mais avec cela, jamais de mensonge, et il se piquoit de tenir parole : aussi ne la donnoit-il presque jamais. » (Saint-Simon, t. XII, p. 459.)

2. « Ses réponses en ces occasions (audiences des ambassadeurs, etc.) étoieni toujours courtes, justes, pleines, et très-rarement sans quelque chose d'obligeant, quelquefois même de flatteur, quand le discours le méritoit. » (Saint-Simon, t. XII, p. 461.)

3. M Jamais personne ne donna de meilleure grâce, et n'augmenta tant par là le prix de ses bienfaits. » (Saint-Simon, t. XII, p. 461.)

4. Voltaire cite « deux jugements célèbres, dans lesquels la voix de Louis XIV décida contre lui-même » : l'un en 1680, au sujet « d'un procès entre lui et des particuliers de Paris qui avaient bâti sur son fonds; » l'autre au profit d"un Persan « dont les marchandises avaient été saisies par les commis de ses fermes en 1687. » {Siècle de Louis XI V, chap. xxix.)

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en faveur du peuple, des alliés, des ennemis; une mémoire heureuse et très-présente, qui rappelle les besoins des sujets, leurs visages", leurs noms, leurs requêtes: une vaste capacité, qui s'étende non-seulement aux affaires de dehors, au commerce, aux maximes d'État, aux vues de la politique, au reculement des frontières par la conquête de nouvelles provinces, et à leur sûreté par un grand nombre de forteresses inaccessibles; mais qui sache aussi se renfermer au dedans, et comme dans les détails de tout un royaume; qui en bannisse un culte faux, suspect et ennemi de la souveraineté, s'il s'y rencontre * ; qui abolisse des usages cruels et impies, s'ils y régnent-; qui réforme les lois et les coutumes, si elles étoient remplies d'abus ^ ; qui donne aux villes plus de sûreté et plus de commodités par le renouvellement d'une exacte police, plus d'éclat et plus de majesté par des édifices somptueux; punir sévèrement les vices scandaleux; donner par son autorité et par son exemple du crédit à la piété et à la vertu; protéger l'Église, ses ministres, ses droits, ses libertés * ; ménager ses peuples comme ses enfants ; être

' « Leurs visages, » ajouté à partir de la 4" édition.

1. Voyez plus haut la note au n" 21 sur la révocation de l'édit de Nantes.

2. Allusion aux ordonnances rendues contre le duel en 1651, 1670, 1679, etc. (Voyez le chapitre de la Mode.)

3. Allusion aux ordonnances promulguées par Louis XIV de 1667 à 1685 : l'ordonnance civile, celles des eaux et forêts, d'instruction criminelle, du commerce, de la marine et des colonies, etc. Boileau célèbre la première dans une de ses Épîtres (I, v. 147) :

Déjà de tous côtés la chicane aux abois S'enfuit au seul aspect de tes nouvelles lois. Oh! que ta main par là va sauver de pupilles! Que de savants plaideurs désormais inutiles!

4. Allusion à la déclaration de 1682 sur les libertés gallicanes, rédigée par Bossuet.

toujours occupé de la pensée de les soulager, de rendre les subsides légers, et tels qu'ils se lèvent sur les provinces sans les appauvrir; de grands talents pour la guerre; être vigilant, appliqué, laborieux; avoir des armées nombreuses, les commander en personne ; être froid dans le péril, ne ménager sa vie que pour le bien de son État; aimer le bien de son État et sa gloire plus que sa vie ^; une puissance très-absolue, qui ne laisse point d'occasion aux brigues, à l'intrigue et à la cabale; qui ôte cette distance infinie qui est quelquefois entre les grands et les petits, qui les rapproche, et sous laquelle tous plient également - ; une étendue de connoissance * qui fait que le prince voit tout par ses yeux '', qu'il agit immédiatement et par lui-même , que ses généraux " ne sont, quoique éloignés de lui, que ses lieutenants, et les ministres que ses ministres ^ ; une profonde sagesse, qui sait déclarer la guerre, qui sait vaincre et user de la victoire ; qui sait faire la paix, qui sait la rompre ; qui sait quelquefois, et selon les divers intérêts, contraindre les

* « Connoissance » au singulier (texte de toutes les éditions originales).

^ « Une puissance très-absolue, qui ôte cette distance infinie qui est quelquefois entre les grands et les petits, qui les rapproche, et sous qui tous plient également; qui ne laisse point d'occasions aux brigues, i\ l'intrigue et à la cabale ; qui fait que le prince voit tout par ses yeux, etc. » (Édit. l«-4«.)

<= « Qui fait que ses généraux. » (Édit. 1".)

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