Siècle de Louis XIV, chap. xxxii
xviii VIE DE LA BRUYÈRE.
Cétait, par exemple, Bonaventurc dArgonnc, ce chartreux dameret, qui, en fait de beau langage, se piquait d'en remontrer aux « plus honnêtes gens de la ville et de la cour, » et qui, sous le pseudonyme de Vigneul de Marville, publia, trois ans après la mort de La Bruyère, des Mélanges d'histoire el de iUbh-alitre ' ; il y mit une critique des Caraclères, d'autant plus acerbe, que l'auteur ne devait pas répondre. C'était Ménage-, qui avait voulu, en sa qualité d'helléniste, régenter le traducteur de Théophraste, qui n'avait sans doute pas trouvé chez lui toute la docilité qu'il avait coutume d'exiger de ses élèves, et qui, d'ailleurs, s'était peut-être reconnu dans le type du pédant'. C'étaient les nouvellistes, pour lesquels La Bruyère s'était montré si sévère dans le chapitre des Ouvrages de l'esprit, \Q^ rédacteurs du Mercure galant, cette publication qu'il avait déclarée u immédiatement au-dessous de rien ; » à leur tête étaient Donneau de Visé et Thomas Corneille, derrière eux Benserade et Fontenelle.
C'est principalement contre Thomas Corneille et Benserade, tous les deux membres de l'Académie française, que La Bruyère eut à lutter, lorsqu'il posa, pour la première fois, sa candidature; car, avant de voir s'ouvrir pour lui la porte de l'Académie, l'auteur des Caractères dut revenir au moins trois fois à la charge.
En juin 1691, les menées de Benserade firent réussir Fontenelle; La Bruyère s'en vengea par le caractère de Thcobalde, « vif et impétueux » quoique « vieilli et baissé*. » Au mois d'octobre de la même année, ce fut Pavillon qui fut préféré à La Bruyère; ce dernier eut sept voix, parmi lesquelles on connaît celle de Bussy-Rabutin ^ En décembre 1691, il vit encore passer
^. Voyez le I" volume de ces Mélanges (1609) et la Défense de Coste contre les accusations et les objections de M. Vigneul de Marville.
2. Voyez le Mena<jiana, cdit. 1715, t. Il, p. 241, t. III, p. 382.