Voyez plus loin (chapitre des Jugements, n"* 84 et
[153] 11 y a dans quelques hommes une certaine médiocrité d'esprit qui contribue à les rendre sages.
[154] Il faut aux enfants les verges et la férule^; il faut aux hommes faits une couronne, un sceptre, un mortier, des fourrures, des faisceaux, des timbales, des hoquetons-. La raison et la justice dénuées de tous leurs ornements ni ne persuadent ni n'intimident •'. L'homme, qui est esprit, se mène par les yeux et les oreilles^.
[155] Timon'', ou le misanthrope, peut avoir'' l'âme
" « Ni ne persuade ni n'intimide. » (Édit. P^-O*^.) '' Il Le misanthrope peut avoir... » (Édit. 5*.)
1. Vainement Montaigne avait protesté contre les châtiments corporels nfligés à l'enfance {Essais, liv. I, chap. xxv, liv. II, chap. viii). L'usage
en était resté, et La Bruyère en parle comme d'une chose toute naturelle. Malebranche est entre les deux. Il commence par dire « qu'il n'ja rien qui soit si contraire à l'avancement des enfants dans les sciences... que les peines dont on les punit et dont on les menace sans cesse; » mais il finit par reconnaître qu'il est « quelquefois utile d'effrayer et de punir les enfants par des châtiments sensibles, » et rappelle ce passage des Proverbes (chap. xiir, verset 24) : Qui pareil virgœ odit filium suum. {De la Recherche de la vérité, liv. II, 2"= partie, chap. viir, § 2.) Voyez aussi son Traité de morale, 2" partie, chap. xxiv, §§ 7 et 10.
2. Nous avons déjà vu ce qu'on entendait par un mortier ou toque de président au parlement. — Les timbales sont des instruments de musique militaire. Les hoquetons sont les vêtements des archers.
3. « Nos magistrats ont bien connu ce mystère. Leurs robes rouges, leurs hermines, dont ils s'emmaillottent en chats fourrés, les palais où ils jugent, les fleurs de lis, tout cet appareil auguste étoit fort nécessaire; et si les médecins n'avoient des soutanes et des mules, et que les docteurs n'eussent des bonnets carrés et des robes trop amples de quatre parties, jamais ils nauroient dupé le inonde, qui ne peut résister à cette montre si authentique. Les seuls gens de guerre ne se sont pas déguisés de la sorte, parce quen effet leur part est plus essentielle : ils s'établissent par la force, les autres par grimace. » (Pascal, Pensées, art. m, 3.)
4. Quelques clefs désignent pour Timon le maréchal de Villeroy, fils du
austère et farouche ; mais extérieurement il est civil et cérémonieux : il ne s'échappe pas, il ne s'apprivoise pas avec les hommes; au contraire, il les traite honnêtement et sérieusement ; il emploie à leur égard tout ce qui peut éloigner leur familiarité; il ne veut pas les mieux connoître ni s'en faire des amis, semblable en ce sens à une femme qui est en visite chez une autre femmes
[156] La raison tient de la vérité, elle est une; l'on n'y arrive que par mi chemin, et l'on s'en écarte par mille. L'étude de la sagesse a moins d'étendue que celle que l'on feroit des sots et des impertinents. Celui qui n'a vu que des hommes polis et raisonnables, ou ne connoit pas l'homme, ou ne le connoît qu'à demi : quelque diversité qui se trouve^ dans les complexions ou dans les mœurs, le commerce du monde et la politesse donnent les mêmes apparences, font qu'on se ressemble les uns aux autres par des dehors qui plaisent réciproquement, qui semblent communs à tous, et qui font croire qu'il n'y a rien ailleurs qui ne s'y rapporte. Celui au contraire qui se jette dans le peuple ou dans la province y fait bientôt, s'il a des yeux, d'étranges découvertes, y voit des choses qui lui sont nouvelles, dont il ne se doutoit pas, dont il ne pouvoit avoir le moindre soupçon; il avance par des expériences continuelles dans la connoissance de l'huma-
" Édition o'^.
'' « Qu'il se trouve. » (Édit. 7«".)
gouverneur de Louis XV, qui ne répond guère à ce signalement. Il était hautain, mais galant et magnifique, nullement misanthrope. La Bruyère songe plutôt à refaire Alceste, comme il refera Tartuffe (De la Mode, n''24). Il y a ici, en germe, presque toutes les objections que J.-J. Rousseau fera plus tard au Misanthrope.
nité; il calcule presque en combien de manières différentes l'homme peut être insupportable %
[157] Après avoir mûrement approfondi les hommes et connu le faux de leurs pensées, de leurs sentiments, de leurs goûts et de leurs affections, l'on est réduit à dire qu'il y a moins à perdre pour eux par l'inconstance que par l'opiniâtreté ^.
[158] Combien d'âmes foibles% molles et indifférentes, sans de grands défauts '', et qui puissent fournir à la satire! Combien * de sortes de ridicules répandus parmi les hommes, mais qui par leur singularité ne tirent point à conséquence, et ne sont d'aucune ressource pour l'instruction et pour la morale ! Ce sont des vices uniques qui ne sont pas contagieux, et qui sont moins de l'humanité que de la personne ^
» Édition 7«.
^ Édition 4".
•^ « Combien y a-t-il d'âmes foibles. » (Édit. 4^)
•' « Sans de grandes vertus et aussi sans de grands défauts. » (Édit. i^-G''
" « De même combien. » (Édit. 4*.)
*■ Édition 4^
[1] Rien ne ressemble plus* à la vive persuasion que le mauvais entêtement : de là les partis, les cabales, les hérésies.
[2] L'on ne pense pas toujours constamment * d'un même sujet : l'entêtement et le dégoût se suivent de près.
[3] Les grandes choses étonnent, et les petites rebutent; nous nous apprivoisons avec les unes et les autres par l'habitude.
[h] Deux choses toutes contraires nous préviennent également, l'habitude et la nouveauté^-.
[5] Il n'y a rien de plus bas, et qui convienne mieux au peuple, que de parler en des termes magnifiques de ceux mêmes *= dont l'on pensoit très-modestement avant leur élévation.
^ Historique du texte. — « Ne ressemble mieux. » (Édit. l"-8«.)
^ Édition i".
<= K Ceux même. » (Édit. l''''-3'.)