Le comédien. — Baron ou Champmeslé, disent les clefs
eux une prévention tout établie'' contre les savants, à qui ils ôtent les manières du monde, le savoir-vivre, l'esprit de société, et qu'ils renvoient ainsi dépouillés à leur cabinet et à leurs livres. Comme l'ignorance est un état paisible et qui ne coûte aucune peine, l'on s'y range en foule, et elle forme à la cour et à la ville un nombreux parii, qui l'emporte sur celui des savants. S'ils allèguent en leur faveur les noms d'EsTRÉES, de Harlay, Bossuet, Séguier, MoNTAUsiER, Wardes, Ciievreuse, Novion, Lamoignon, ScuDÉRY, Pelisson''', et de tant d'autres personnages
» « Toute établie. » Texte de toutes les éditions originales.
^' Les noms de Montausier, Wardes, Chevreuse, Novion, Lamoignon, Scudéry et Pellisson ont été ajoutés dans la 4* édition; celui d'Estrées dans la 6^
1. D'EsTP.ÉES : le cardinal César d'Estrées (1628-1714) fut membre de l'Académie française ; son neveu, qui fut plus tard maréchal, avait la réputation d'un homme « docte et poU. » (Voyez Sévigné, lettre du '20 novembre 1089.) — Haklay : le prés.ident Achille de Harlay (1536-1G19) ou plutôt l'archevêque de Paris François de Harlay, de l'Académie française (1025-1095). — Séguier, nom célèbre dans la magistrature et dont le dernier représentant illustre avait été le chancelier Séguier (1588-16?2). — xMon- TAUSIEU : l'ancien gouverneur du Dauphin, le mari de M^'* de Rambouillet (mort en 1090). — Wardes : le nom du marquis de Wardes était un de ceux qui avaient été prononcés pour le poste de gouverneur du duc de Bourgogne. — Chevreuse : le fils du duc de Luynes, duc de Chevreuse, « écrivait aisément, agréablement, admirablement bien et laconiquement. » (Saint-Simon, X, p. 274); c'est lui que Fénelon chargea de corriger les épreuves des Maximes des saints. — Novion : le premier président de Novion (mort en 1693) était membre de l'Académie française. — Lamoignon : sur les Lamoignon, voyez noie au n° 19. — Scudéry : «M"* de Scudéry. » {i\'ote de La Bruyère.) On voit que La Bruyère ne veut pas qu'on la confonde avec son frère, Georges de Scudéry, l'auteur du poëme à'Alaric, etc. M"<= de Scudéry, auteur de Cyrus, de Clélie, de Conversations morales, etc., vivait encore au moment où parut cet hommage rendu à son mérite. Ce mérite était réel, bien que M"" de Scudéry ait trop sacrilic au genre précieux. M. Cousin a remis en honneur quelques-unes des pages de M"*' de Scudéry dans ses Éludes sur M"'" de Longueville, etc. Elle mourut en 1701, plus que nonagénaire. — Pblusson (102i-1093) était secrétaire perpétuel de l'Académie française : il avait écrit l'histoire de cette Académie, des
également doctes et polis ; s'ils osent même citer les grands noms de Chartres, de Condé, de Conti, de Bourbon, du Maine, de Vendôme'' \ comme de princes qui ont su joindre aux plus belles et aux plus hautes connoissances et l'atticisme des Grecs et l'urbanité des Romains, l'on ne feint point de leur dire que ce sont des exemples singuliers; et s'ils ont recours à de solides raisons, elles sont foibles contre la voix de la multitude. Il semble néanmoins que l'on devroit décider sur cela avec plus de précaution, et se donner seulement la peine de douter si ce même esprit qui fait faire de si grands progrès dans les sciences^, qui
" Les noms de Bourbon, du Mai\e, de Vendôme, ont été ajoutés dans la 4e édition (1689). Dans cette édition le nom de Bourbon est mis à la place du nom d'ENGUiEN ; celui de GHAr.TREs dans la G* (1691).
^ « Si le même esprit qui fait faire de si grands progrès dans des sciences raisonnables. » (Édit. l""^.) « Si le même esprit... dans les sciences raisonnables. )) (Édit. 3«.) « Si ce même esprit... dans des sciences raisonnables. » (Édit. 4^)
Mémoires pour Fouquet, etc. M. Marcou a donné une intéressante Étude sur Pellisson.
1. Chartres : c'est le jeune duc de Cliartres, qui n'avait alors que dixsept ans et qui devint lo Rcgent. Selon sa mère {Correspondance de Madame, t. I, p. 30), il était « savant sans être pédant. » — Condé : allusion au grand Condé, à moins que ce ne soit à son fils, Henri-Jules, qui s'était appelé Enghien avant d'hériter du nom de son père. — Conti : le prince de Conti (François-Louis) (1634-1709) « était, dit Saint-Simon (t. VII, p. 83), un très-bel esprit, lumineux, juste, exact, vaste, étendu, d'une lecture infinie. » Son père, Armand de Bourbon (1629-1666), avait écrit des traites de morale, parmi lesquels on distingue un Traité de la comédie et des spectacles selon la tradition de l'Église. — Bourbon : M. le duc de Bourbon, petit-fils du grand Condé, était l'élève de La Bruyère ; il avait vingt ans au moment où La Bruyère mit son nom dans les Caractères (4« édition, 1689). — Du Maine : le duc du Maine, fils légitimé de Louis XIV, avait aussi en ce moment vingt ans. M""^ de Sévigné le signale comme « un prodige d'esprit et d'instruction. » — Vendôme : Ce nom était porté par le duc Louis-Joseph et le grand prieur, qui avaient réuni autour d'eux une société de beaux esprits (La Fare, Chaulieu, etc.).