On ne voit pas qu'où l'honneur les conduit
Les vrais braves soient ceux qui font le plus de bruit.
(Molière, Tartuffe, I, 6.)
2. « On ne veut point perdre la vie, et on veut acquérir de la gloire...» (La Rochefoucauld, Maxime ccxxi.)
3. Il La douceur de la gloire est si grande, qu"à quelque chose qu'on l'attache, même à la mort, on l'aime... Nous perdons encore la vie avec joie, pourvu qu'on en parle. » (Pascal, Pensées, article II, 1 bis et 2 bis.) « Nous récusons des juges pour les plus petits intérêts, et nous voulons bien que notre réputation et notre gloire dépendent du jugement des hommes, qui nous sont tous contraires, ou par leur jalousie, ou par leur préoccupation, ou par leur peu de lumière ; et ce n'est que pour les faire prononcer en notre faveur que nous exposons, en tant de manières, notre repos et notre vie. » (La Rochefoucauld, Maxime ccxlviii.) — Voyez plus haut, de l'Homme, n° IQ.
4. Allusion au siège de Kamur (juin 1692, année où parut cet alinéa,
place de guerre, quelque surprenante qu'elle soit, sur la tranchée, sur l'effet des bombes et du canon, sur les coups de main, comme sur l'ordre et le succès d'une attaque qu'ils entrevoient. La résistance continue, les pluies surviennent, les fatigues croissent, on plonge dans la fange, on a à combattre les saisons et l'ennemi, on peut être forcé dans ses lignes et enfermé entre une ville et une armée : quelles extrémités ! On perd courage, on murmure : « Est-ce un si grand inconvénient que de lever un siège? Le salut de l'État dépend-il d'une citadelle de plus ou de moins ? Ne faut-il pas, ajoutent-ils, fléchir sous les ordres du ciel, qui semble se déclarer contre nous, et remettre la partie à un autre temps ? » Alors ils ne comprennent plus la fermeté, et s'ils osoient dire, l'opiniâtreté du général, qui se roidit contre les obstacles, qui s'anime par la difficulté de l'entreprise, qui veille la nuit et s'expose le jour pour la conduire à sa fin \ A-t-on capitulé, ces hommes si découragés relèvent l'importance de cette conquête, en prédisent les suites, exagèrent la nécessité qu'il y avoit de la faire, le péril et la honte qui suivoient de s'en désister, prouvent que l'armée qui nous couvroit des ennemis étoit invincible. Ils reviennent avec la cour, passent par les villes et les bourgades ; fiers d'être regardés de la bourgeoisie qui est aux fenêtres, comme ceux mêmes qui ont pris la place, ils en triomphent par les chemins, ils se croient braves. Revenus chez eux, ils vous
=■ « A la fin. » (Édit. 7^)
dans la 7* édition), siège auquel assistèrent par curiosité un certain nombre de magistrats et de courtisans. Racine et Boileau y assistèrent aussi, comme historiographes du roi. Le siège dura un mois. « Les gens de cour, dit Racine, commençoicnt à s'ennuyer de voir si longtemps remuer la terre. » (Lettre du 24 juin 1692.)
étourdissent de flancs, de redans, de ravelins, de faussebraie, de courtines et de chemin couvert; ils rendent compte des endroits où Y envie de voir les a portés, et où il ne laissoit pas d'y avoir du péril, des hasards qu'ils ont courus'' à leur retour d'être pris ou tués par l'ennemi : ils taisent seulement qu'ils ont eu peur*".
[100] C'est le plus petit inconvénient du monde que de demeurer court dans un sermon ou dans une harangue : il laisse à l'orateur ce qu'il a d'esprit, de bon sens, d'imagination, de mœurs et de doctrine ; il ne lui ôte rien ; mais on ne laisse pas de s'étonner que les hommes, ayant voulu une fois y attacher une espèce de honte et de ridicule, s'exposent, par de longs et souvent d'inutiles discours, à en courir tout le risque ^
[101] Ceux qui emploient mal leur temps sont les premiers à se plaindre de sa brièveté ; comme ils le consument à s'habiller, à manger, à dormir, à de sots discours, à se résoudre sur ce qu'ils doivent faire, et souvent à ne rien faire, ils en manquent pour leurs affaires ou pour leurs plaisirs ; ceux au contraire qui en font un meilleur usage en ont de reste.
Il n'y a point de ministre si occupé qui ne sache perdre chaque jour deux heures de temps : cela va loin à la fin d'une longue vie ; et si le mal est encore plus grand dans les autres conditions des hommes, quelle perte infinie ne se fait pas dans le monde d'une chose si précieuse, et dont l'on se plaint qu'on n'a point assez !
•' « Couru. » Texte dos éditions originales.
'• Édition 7''.
•■ Cet alinéa et les trois suivants sont de la 4*^ édition.
[102] Il y a des créatures de Dieu qu'on appelle des hommes, qui ont une âme qui est esprit, dont toute la vie est occupée et toute l'attention est réunie à scier du marbre : cela est bien simple, c'est bien peu de chose. Il y en a d'autres qui s'en étonnent, mais qui sont entièrement inutiles, et qui passent les jours à ne rien faire: c'est encore moins que de scier du marbre".
[103] La plupart des hommes oublient si fort qu'ils ont une âme, et se répandent en tant d'actions et d'exercices où il semble qu'elle est inutile, que l'on croit parler avantageusement de quelqu'un en disant qu'il pense ; cet éloge même est devenu vulgaire, qui pourtant ne met cet homme qu'au-dessus du chien ou du cheval''.
[lOA] « A quoi vous divertissez-vous ? à quoi passezvous le temps? » vous demandent les sots et les gens d'esprit. Si je réplique que c'est à ouvrir les yeux et à voir, à prêter l'oreille et à entendre, à avoir la santé, le repos, la liberté, ce n'est rien dire. Les solides biens, les grands biens% les seuls biens ne sont pas comptés, ne se font pas sentir. Jouez-vous? masquez -vous ^ ? il faut répondre ^.
Est-ce un bien pour l'homme que la liberté, si elle peut être trop grande et trop étendue, telle enfin qu'elle ne serve qu'à lui faire désirer quelque chose, qui est d'avoir moins de liberté ?
" Cet alinéa et les trois précédents sont de la 4* édition.
'• Édition 5^
•^ « Les plus grands biens. » (Édit. 4''-6^.)
^ Édition 4^