‹ Œuvres complètes de J. de La Bruyère (volume 2)Chapitre 136 sur 141 · Voyez le Lexique · texte numérisé non relu

Voyez le Lexique

La liberté n'est pas oisiveté ; c'est un usage libre du temps, c'est le choix du travail et de l'exercice. Être libre en un mot n'est pas ne rien faire, c'est être seul arbitre de ce qu'on fait ou de ce qu'on ne fait point. Quel bien en ce sens que la liberté -^ !

[105] CÉSAR n'étoit point trop vieux pour penser à la conquête de l'univers * ; il n'avoit point d'autre béatitude à se faire que le cours d'une belle vie, et un grand nom après sa mort; né fier, ambitieux, et se portant bien comme il faisoit, il ne pou voit mieux employer son temps qu'à conquérir le monde. AlexAlXDre étoit bien jeune pour un dessein si sérieux : il est étonnant que dans ce premier âge les femmes ou le vin n'aient plus tôf" rompu son entreprise.

[106] Un jeune Prixce, d'une race auguste-. L'amour

^ Cet aliuéa et le précédent sont de la 7"= édition.

'' « N'ait pas plus tôt. » (Éiit. l'"''-4'=.) Voyez le Lexique à la négation Pas.

\. Voyez les Pensées de M. Pascal, chap. xxxi, où il dit le contraire. {ISote de La Bruyère.) — Voici le texte de Port-Royal, du moins celui que connut La Bruyère : « César étoit trop vieil, ce me semble, pour s'aller amuser à conquérir le monde. Cet amusement étoit bon à Alexandre : c'étoit un jeune homme qu'il étoit difficile d'arrêter; mais César devoit être plus mùr. » — Le texte rectifié d'après les manuscrits et donné par M. Havet (article IV, 44) est celui-ci : « Cet amusement étoit bon à Auguste ou à Alexandre : c'étoient des jeunes gens, qu'il est difficile d'arrêter... » L'avis de La Bruyère était déjà celui de Montaigne : « Je treuve César un peu plus retenu et considéré en ces entreprises qu'Alexandre, car cettuy-ci semble rechercher et courir à force les dangers; aussi estoit-il cmbesongné en la fleur et première chaleur de son aage, là où César s'y print estant desja meurt et bien advancé. » (Essais, II, 34.)

2. Tout cet alinéa est l'éloge du Dauphin, en style épigraphique: aussi, à partir de la 4* édition, La Bruyère crut-il devoir le faire imprimer en caractères majuscules. Au moment où fut publié cet alinéa (1088), le Dauphin commandait l'armée du Rhin.

ET l'espérance des PEUPLES. DoNNÉ DL CIEL POUR PRO- LONGER LA FÉLICITÉ DE LA TERRE. PlUS GRAND QUE SES

AÏEUX. Fils d'un Héros qui est son modèle, a déjà siONTRÉ A l'Univers par ses divines qualités, et par

UNE vertu anticipée, QUE LES ENFANTS DES HÉROS SONT PLUS PROCHES DE l'ÈTRE QUE LES AUTRES 11031 ME S ^

[107] Si le monde dure seulement cent millions d'années, il est encore dans toute sa fraîcheur, et ne fait presque que commencer ; nous-mêmes nous touchons aux premiers hommes et aux patriarches, et qui pourra ne nous pas confondre avec eux dans des siècles si reculés? Mais si l'on juge par le passé de l'avenir, quelles choses nouvelles nous sont inconnues dans les arts, dans les sciences, dans la nature, et j'ose dire dans l'histoire! quelles découvertes ne fera-t-on point ! quelles différentes révolutions ne doivent pas arriver sur toute la face de la terre, dans les États et dans les empires ! quelle ignorance est la nôtre! et quelle légère expérience que celle de six ou sept mille ans"" !

[108] n n'y a point de chemin trop long cà qui marche lentement et sans se presser : il n'y a point d'avantages trop éloignés à qui s'y prépare par la patience".

[109] Ne faire sa cour à personne, ni attendre de quel-

* Éditioa 4«.

•> Édition 4^

1. Contre la maxime latine et triviale. (Note de La Bruyère.) — L'auteur fait allusion au proverbe latin ou latinisé : Filii heroum noxœ (les fils des héros dégénèrent) ; proverbe donné par Érasme dans son Adagiorwn chiliades et développé par Valère Maxime (III, 5) et par Spartieu (Sévère, 20-21).

qu'un qu'il vous fasse la sienne, douce situation, âge d'or, état de l'homme le plus naturel'' !

[110] Le monde est pour ceux qui suivent les cours ou qui peuplent les villes ; la nature n'est que pour ceux qui habitent la campagne : eux seuls vivent, eux seuls du moins connoissent qu'ils vivent^.

[111] Pourquoi me faire froid \ et vous plaindre de ce qui m'est échappé sur quelques jeunes gens qui peuplent les cours- '? Etes-vous vicieux, ô Thrasylle? Je ne le savois pas, et vous me l'apprenez : ce que je sais est que vous n'êtes plus jeune.

Et vous qui voulez être offensé personnellement de ce que j'ai dit de quelques grands, ne criez-vous point de la blessure d'un autre? Etes-vous dédaigneux, malfaisant, mauvais plaisant, flatteur, hypocrite? Je l'ignorois, et ne pensois pas à vous : j'ai parlé des grands ^

[112] L'esprit de modération et une certaine sagesse dans la conduite laissent les hommes dans l'obscurité : il leur faut de grandes vertus pour être connus et admirés, ou peut-être de grands vices.

[113] Les hommes, sur la conduite des grands et des petits indifféremment, sont prévenus, charmés, enlevés par

* Édition 4'".

'■ Édition 7".

•^ Ces deux alinéas, comme les quatre suivants, sont de la ^^ édition.

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