Chapitre des Ouvraç/es de l'esprit, n" 4G
4. Voyez d'autres cliansons extraites, comme celle-ci, du Chansonnier Maurepas, dans la Comédie de La Bruyère d'Éd. Fournier, p. 203 et 571.
VIE DE LA BRUYÈRE. xxi
de Thomas Corneille et de Fontenelle, le suffrage et l'autorité de Boileau, de Racine, de Fénelon et de Bossuet. L'évêque de Meaux l'admettait aux conférences philosophiques qui se tenaient chez lui ou dans une allée du parc de Versailles. C'est peut-être de ce petit concile (comme on l'appelait)', et dont faisait également partie l'abbé Genest, les académiciens Cordemoy et Malezieu, qu'est sortie l'idée du dernier ouvrage de La Bruyère, les Dialogues sur le qiiiétisme; c'est un livre de polémique théologique auquel il n'eut pas le temps de mettre la dernière main, et qui, bien loin de pouvoir entrer en comparaison avec les Provinciales, ne rappelle que de loin l'auteur des Caractères^.
La Bruyère avait à peine passé cinquante ans qu'il mourut d'une mort presque subite^ : u Quatre jours auparavant, dit l'abbé d'Olivet, il étoit à Paris, dans une compagnie de gens
L Éd. Fournier, Comédie de La Bruyère, p. 183, 533, 547.
2. « Ces dialogues sont loin de manquer d'esprit ; ils seraient divertissants s'ils étaient un peu moins longs. C'est une comédie fort gaie par le fond, mais monotone par la forme... On y retrouve l'homme d'esprit jusque dans le controversiste, mais un peu moins le grand écrivain. » (Victoria Fabre, Éloge de La Bruyère.) — « En écrivant sur le quiétisme, avant la publication du livre des Maximes des saints (1697), avant que les vives alarmes de Bossuet aient effrayé la cour, La Bruyère a eu le mérite de montrer le premier les déplorables conséquences de cette opinion. Par cet ouvrage, il continuait, jusque dans la théologie, la guerre qu'il avait déclarée dans ses Caractères à la dévotion. » (Caboche, Thèse sur La Bruyère.) — Sur l'authenticité du livre, voyez au tome II la Notice de VÉditeur sur ces Dialogues.
3. Il n'en fallut pas davantage pour faire croire à un empoisonnement. On lit dans le Poète sans fard, de Gacon, à propos du Théophraste moderne de Brillon (voyez à la Bibliographie, § VII, '2°j :
C'est ainsi que Brillon, pour voler La Bruyère,
Attend que cet auteur ait fini sa carrière,
Et qu'un fatal poison, l'envoyant au tombeau,
Ait vengé les méchants, dont il fut le fléau ;
Mais ne crains pas, Brillon, qu'un breuvage homicide
Soit le funeste prix de ton livre insipide :
Socrate et ses pareils meurent par les poisons, ,
Et les fous vont loger aux Petites-Maisons.
XXII VIE DE LA BRUVÈRE
qui Tout conté, où tout à coup il s'aperçut qu"il devenoit sourd, mais absolument sourd. Point de douleurs cependant. Il s'en retourna à Versailles, où il avoit son logement à l"hôtel de Condé, et une apoplexie dun quart d'heure l'emportoit...
{( On me l'a dépeint comme un philosophe qui ne cherchoit qu'à vivre tranquillement avec des amis et des livres; faisant un bon choix des uns et des autres; ne cherchant ni ne fuyant le plaisir; toujours disposé à une joie modeste, et ingénieux à la faire naître ; poli dans ses manières et sage dans ses discours ; craignant toute sorte d'ambition, même celle de montrer de l'esprit*. »
Bossuet a exprimé ses regrets en des termes qui, dans leur simplicité, sont toute une oraison fanèbre :
« C'a été pour nous une nouvelle bien fâcheuse, que celle de la mort de M. de La Bruyère. Toute la cour l'a regretté, et M. le Prince plus que tous les autres. » (Lettre à l'abbé Bossuet, 28 mai 1696.)
« M. l'abbé Fleury a la place de notre pauvre ami, que je regrette tous les jours de plus en plus. » (A l'abbé Bossuet, 16 juillet 1696.)
Un autre contemporain, qui avait plus de goût pour la critique que pour la louange, a fait de La Bruyère cet éloge sans réserve :
« C'était un fort honnête homme'-, de très-bonne compagnie, simple, sans rien de pédant, et fort désintéressé. Je l'avois assez connu pour le regretter, et les ouvrages que son âge et sa santé permettoient d'espérer de lui. »
1. Histoire de VAcadémie. — M. Monnier a donné, dans la Revue rétrospective (octobre 1836), une lettre d'un anonyme où se trouvent quelques détails de plus sur cette mort.
2. Saint-Simon, Mémoires, t. I, p. 323. Voyez plus haut, p. xii.
LA BRUYÈRE MORALISTE. xxni
II, — La Bruyère moraliste