Voir le mot Courage dans le Lexique
3. « Tout ce qui est véritablement sublime a cela de pi'opre, quand on l'écoute, qu'il élève l'âme. » (Longin, Traité du sublime, cbap. v, traduction de Boileau.)
4. La Bru.\ ère avait d'abord mis : « comme Bussy » : dans sa cinquième édition (1690), il ajouta le nom de Boubours, pour rendre politesse à cet écrivain, qui avait souvent cité les Caractères avec éloge dans ses Pensées ingénieuses des anciens et des modernes (1 089). Peut-être le style estropié dont il parle plus baut (n° 29) est-il un souvenir du passage de Boubours que nous avons cité en note et qui est de 1687. Le P. Boubours, de la compagnie de Jésus, naquit en 1628 et mourut en 1702. Il s'était fait une réputation de critique et d'écrivain ingénieux dès 1071 par ses Entretiens d'Ariste et d'Eugène. Comme Boubours, Bussy-Rabutin (né en 1618, mort en 1693) avait uu double titre à une mention dans le cbapitre des Ouvrages de l'esprit : c'était un des amis de l'auteur et un écrivain distingué. Il avait même, au XVII'' siècle, une renommée littéraire qu'il a un peu perdue depuis. On ne connaît plus guère aujourd'hui que cette espèce de chronique scandaleuse de la cour, qu'il avait intitulée Histoire amoureuse des Gaules (1665), et
DES OUVRAGES DE L'ESPRIT. 2o
ment avec le public que Capys' est froid écrivains [33] Le devoir du nouvelliste est de dire : « Il y a un tel livre qui court, et qui est imprimé chez Cramoisy '■ en tel caractère, il est bien relié ^ et en beau papier, il se vend tant; » il doit savoir jusques à l'enseigne du libraire qui le débite : sa folie est d'en vouloir faire la critique.
Le sublime du nouvelliste est le raisonnement creuxsur la politique.
Le nouvelliste se couche le soir tranquillement sur une nouvelle qui se corrompt la nuit, et qu'il est obligé d'abandonner le matin à son réveil *.
* « Que Capys est un froid auteur. » (Édit. 4*".) — Cet alinéa a paru pour la première fois dans la quatrième édition, ainsi que les six suivants (n"^ 33-38).
plusieurs volumes de Lettres qu'il avait la fatuité de croire supérieures à celles de sa spirituelle cousine, M'"® de Sévigné. De son temps on parlait encore avec éloge de ses Mémoires et de son Histoire abrégée de Louis le Grand.
1. Capys, selon ks clefs, serait Boursault, et Damis Boileau. Il y avait eu en effet entre Boileau {Satire IX) et Boursault {la Satire des satires) un éciiange d'épigrammes. Mais, au moment où La Bruyère inséra dans son livre cet alinéa (4* édition, 168'J), ils étaient réconciliés, et Boileau avait effacé de ses satires le nom de Boursault. Est-il à croire que La Bruj ère ait voulu rallumer une querelle éteinte !
2. André Cramoisy était un des imprimeurs les plus renommés du temps de La Bruyère, et la veuve de Sébastien Cramoisy dirigeait l'imprimerie du Roi.
3. Au xvii" siècle, on achetait en général les livres tout reliés.
4. Selon Walckenaer {Notes à son édition), « le mot nouvelliste est ici synonyme de journaliste, et La Bruyère fait allusion au Mercure galant, le seul journal qui réunissait alors la politique à la littérature. » Peut-être Walckenaer a-t-il trop précisé en voyant ici une allusion au Mercure galant, qui avait été désigné en un autre endroit (n° 40), dès la première édition, c'est-à-dire dès l'année précédente (1688); les alinéas sur le nouvelliste sont de 1089 {i' édition). Il s'agit plutôt ici de ce genre de journalistes qui rédigeaient les Nouvelles à la main. Les Nouvelles à la main, dit M. Chéruol {Dictionnaire historique des institutions, mœurs et coutumes de la France), étaient des espèces de gazettes manuscrites très-recherchées aux époques où il n'y avait pas de liberté de la presse. C'était souvent une
[3/i] Le philosophe ^ consume sa vie à observer les hommes, et il use ses esprits à en démêler les vices et le ridicule; s'il donne quelque tour à ses pensées, c'est moins par mie vanité d'auteur que pour mettre une vérité qu'il a trouvée dans tout le jour nécessaire pour faire l'impression qui doit servir à son dessein. Quelques lecteurs croient néanmoins le payer avec usure, s'ils disent magistralement qu'ils ont lu son livre, et qu'il y a de l'esprit; mais il leur renvoie tous leurs éloges, qu'il n'a pas cherchés " par son travail et par ses veilles. 11 porte plus haut ses projets et agit pour une fin plus relevée : il demande des hommes un plus grand et un plus rare succès que les louanges, et même que les récompenses, qui est de les rendre meilleurs.
[35] Les sots lisent un livre, et ne l'entendent point ; les esprits médiocres croient l'entendre parfaitement; les grands esprits ne l'entendent quelquefois pas tout entier : ils trouvent obscur ce qui est obscur, comme ils trouvent clair ce qui est clair; les beaux esprits ^ veulent trouver obscur ce qui ne l'est point, et ne pas entendre ce qui est fort intelligible.
'' Toutes les éditions du temps de La Bruyère portent sans accord le participe cherché.
compilation faite à la hâte de tous les bruits qui couraient à Paris : quelquefois elles dénotent plus de goût et d'esprit. On en trouvera des spécimens dans la Correspondance administrative sous Louis XIV, de M. Depping {Introduction, p. xxxviir, n., et tome II). Le gouvernement considérait ces espèces de journaux comme des pamphlets qui devaient être sévèrement punis. »
i. On ne fera pas dilTiculté d'admettre, avec tontes les clefs, que sous ce nom, le philosophe, c'est lui-même que désigne La Bru3'ère, ici et dans d'autres endroits de son livre.