Racan, né à 1589, mort en
3. Il y a ici un souvenir de Boileau (Art j^oétique, I, p. 123) :
Ronsard qui vint après, par une autre méthode,
Réglant tout, brouilla tout, fit un art à sa mode
Enfin Malherbe vint
Par ce sage écrivain la langue reparée N'offrit plus rien de rude à l'oreille épurée.
■4. Rabelais, né à Chinon en 1483, mort en 1553.
de génie et de naturel pour pouvoir s'en passer, même à l'égard de ceux qui cherchent moins à admirer qu'à rire dans un auteur. Rabelais surtout est incompréhensible : son Uvre est une énigme, quoi qu'on veuille dire, inexplicable; c'est une chimère, c'est le visage d'une belle femme avec des pieds et une queue de serpent^ ou de quelque autre bête plus difforme ; c'est un monstrueux assemblage d'une morale fine et ingénieuse, et d'une sale corruption. Où il est mauvais, il passe bien loin au delà du pire, c'est le charme de la canaille : où il est bon, il va jusques à l'exquis et à l'excellent, il peut être le mets des plus délicats^
[â/i] Deux écrivains dans leurs ouvrages ont blâmé Montaigne''-, que je ne crois pas, aussi bien qu'eux^, exempt de toute sorte de blâme : il paroît que tous deux ne l'ont estimé en nulle manière. L'un ne pensoit pas assez pour goûter un auteur qui pense beaucoup; l'autre pense trop subtilement pour s'accommoder de pensées qui sont naturelles * .
» Édition 5^
'' La Bruyère écrivait ce nom comme on le prononce : Montagne.