‹ Œuvres complètes de J. de La Bruyère (volume 2)Chapitre 86 sur 141 · Voyez le Lexique · texte numérisé non relu

Voyez le Lexique

2. Les auteurs de clefs voient dans cet homme de la cour le duc de Bouillon. Il est vrai que le cardinal et le duc de Bouillon avaient voulu rehausser leur nom de famille de la Tour par celui d'Auvergne, et qu'ils avaient fait prendre à un neveu le titre de prince dauphin d'Auvergne (voyez Saint-Simon, t. P^ p. 218, t. V, p. 320). Mais le nom de Bouillon n'était pas de ceux qu'on pût désirer ensevelir. Il eût été plus juste de citer, comme le fait M. Hémardinquer, dans son édition annotée, des ministres bourgeois de Louis XIV, qui prirent les noms de marquis de Louvois, de Seignelay, de Barbezieux, de comtes de Maurepas et de Maillebois, etc.

3. Ici les clefs désignent « Monsieur de Tonnerre, évêque de Aoyon, »

les noms le plus illustre, comme sa maison de toutes les maisons la plus ancienne : il doit tenir aux princes lorrains, aux Rouans, aux Cuastillons, aux Montmorencis, et, s'il se peut, aux princes du sang; ne parler que de ducs, de cardinaux et de ministres; faire entrer dans toutes les conversations ses aïeuls paternels et maternels, et y trouver place pour l'oriflamme et pour les croisades; avoir des salles parées d'arbres généalogiques, d'écussons chargés de seize quartiers, et de tableaux de ses ancêtres et des alliés de ses ancêtres; se piquer d'avoir un ancien château à tourelles, à créneaux et à machecoulis ; dire en toute rencontre : ma race, ma branche, mon nom et mes armes; dire de celui-ci qu'il n'est pas un homme de qualité-^ ; de celle-là qu'elle n'est pas demoiselle i^^ ; ou si on lui dit qu'Hyacinthe a eu le gros lot-, demander s'il est gentil-

•' « Dire de celui-ci : il n'est pas gentilhomme. » (Édit. i'-o*".) '' « De celle-là : elle n'est pas demoiselle. » (Édit. S*^-?^'.)

qui n'avait pas seulement la vanité d'être d'une haute lignée, qui se croj-ait bel esprit, et qui fut membre de l'Académie française, sur un désir exprime par Louis XIV (Saint-Simon, t. l", p. 213). Voici comment Saint-Simon parle de ses prétentions nobiliaires : « Je passai à Noyon chez l'évêque, qui étoit un Clcrmont-Tonnerre, parent et ami de mon père, célèbre par sa vanité et les faits et dits qui en ont été les fruits. Toute sa maison étoit remplie de ses armes, jusqu'aux plafonds et aux planchers; des manteaux de comte et de pair dans tous les lambris, sans chapeau d'évêque;... ses armes sur la cheminée en tableau, avec tout ce qui se peut imaginer d'ornements et toutes les marques des offices de la couronne; dans sa galerie une carte que j'aurois prise pour un concile, sans deux religieuses qui étoient aux deux bouts : c'étoient les premiers et les successeurs de sa maison ; et deux autres grandes cartes généalogiques avec ce titre de Descente de la très-auguste maison de Clermont-Tonnerre, des empereurs d'Orient, et ;ï l'autre... des empereurs d'Occident, Il me montra ces merveilles, que j'admirai à la hâte dans un autre sens que lui. » {Mémoires, t. l".)

Page 1