‹ Œuvres complètes de J. de La Bruyère (volume 2)Chapitre 87 sur 141 · Demoiselle. Voj'cz le Lexique · texte numérisé non relu

Demoiselle. Voj'cz le Lexique

2. Malgré les ordonnances qui prohibaient les loteries, de fréquentes

homme'. Quelques-uns riront de ces contre-temps, mais il les laissera rire; d'autres en feront des contes, et il leur permettra de conter : il dira toujours qu'il marche après la maison régnante ; et à force de le dire, il sera cru ''.

[21] C'est une grande simplicité que d'apporter à la r la moindre roture, et de n'y être pas gentilhomme.

coui

[22] L'on se couche à la cour et l'on se lève sur l'intérêt : c'est ce que l'on digère le matin et le soir, le jour et la nuit ; c'est ce qui fait que l'on pense, que l'on parle, que l'on se tait, que l'on agit; c'est dans cet esprit qu'on aborde les uns et qu'on néglige les autres, que l'on monte et que l'on descend; c'est sur cette règle que l'on mesure ses soins, ses complaisances, son estime, son indifférence, son mépris. Quelques pas que quelques-uns fassent par vertu vers la modération et la sagesse, un premier mobile d'ambition les emmène avec les plus avares, les plus violents dans leurs désirs et les plus ambitieux : quel moyen de demeurer immobile où tout marche, où tout se remue, et de ne pas courir où les autres courent ? On croit même être responsable à soi-même de son élévation et de sa fortune : celui qui ne l'a point faite à la cour est censé ne l'avoir pas dû faire, on n'en appelle pas^ Cependant s'en

^ « Demander : est-il homme de qualité? » (Édit. 4^-5'".) ^ Édition 4'-", comme l'alinéa suivant.

autorisations étaient données pour en organiser pour des motifs de charité (voyez de La Mare, Traité de la police, t. I", p. 475). Le roi lui-même, en 1687, en organisa une dont le gros lot fut gagné par un épicier de Paris (Dangeau, t. II, p. 33).

1. <i II faut se distinguer, disent les ambitieux; c'est une marque do foiblesse de demeurer dans le commun; les génies extraordinaires se démè-

éloignera-t-oii avant d'en avoir tiré le moindre fruit, ou persistera-t-on à y demeurer sans grâces et sans récompenses? question si épineuse, si embarrassée, et d'une si pénible décision, qu'un nombre infini de courtisans vieillissent sur le oui et sur le non, et meurent dans le douter

[23] Il n'y a rien à la cour de si .néprisable et de si indigne qu'un homme qui ne peut contribuer en rien à notre fortune : je m'étonne qu'il ose se montrer''.

[2û] Celui qui voit loin derrière soi un homme de son temps et de sa condition, avec qui il est venu à la cour la première fois, s'il croit avoir une raison solide d'être prévenu de son propre mérite et de s'estimer davantage que cet autre qui est demeuré en chemin, ne se souvient plus de ce qu'avant sa faveur il pensoit de soi-même et de ceux qui l'avoient devancée

[25] C'est beaucoup tirer de notre ami, si, ayant monté à une grande faveur, il est encore un homme de notre connoissance.

[26] Si celui qui est en faveur ose s'en prévaloir avant qu'elle lui échappe, s'il se sert d'un bon vent qui souffle pour faire son chemin, s'il a les yeux ouverts sur tout ce qui vaque, poste, abbaye, pour les demander et les obtenir, et qu'il soit muni de pensions, de brevets et de sur-

' Édition G«.

'' Édition G».

•= Édition 4*.

lent toujours de la troupe et forcent les destinées. Les exemples de ceux qui s'avancent semblent reprocher aux autres leur peu de mérite. » (Bossuet, Sermon sur l'Ambition.)

vivances*, vous lui reprochez son avidité et son ambition ; vous dites que tout le tente, que tout lui est propre, aux siens, à ses créatures, et que par le nombre et la diversité des grâces dont il se trouve comblé, lui seul a fait plusieurs fortunes ^ Cependant qu'a-t-il dû faire? Si j'en juge moins par vos discours que par le parti que vous auriez pris vous-même en pareille situation, c'est ce qu'il a fait". L'on blâme les gens qui font une grande fortune pendant qu'ils en ont les occasions, parce que l'on désespère, par la médiocrité de la sienne, d'être jamais en état de faire comme eux, et de s'attirer ce reproche. Si l'on étoit à portée de leur succéder, l'on commenceroit à sentir qu'ils ont moins de tort, et l'on seroit plus retenu, de peur de prononcer d'avance sa condamnation '\

^ « C'est précisément ce cfu'il a fait. » (Édit. 4<'-8^.) Le mot précisément

a-t-ilété oublié dans la 9" édition ou supprimé à dessein par La Bruyère?

'' Édition 4"^. — Dans cette édition, le dernier mot est écrit concfemJiaf/oH.

1. Survivances. Le roi accordait souvent un privilège pour succéder à une charge, quelquefois même pour l'exercer conjointement avec le titulaire.

2. M Mendier n'est pas honte à la cour ; c'est toute la vie du courtisaan Dès l'enfance appris à cela, voué à cet état par honneur, il s'en acquitte autrement que ceux qui mendient par paresse ou par nécessité. Il y apporte un art, un soin, une patience, une persévérance, et aussi des avances, une mise de fonds : c'est tout en tout genre d'industrie. Gueux à la besace, que peut-on faire? Le courtisan mendie en carrosse à six chevaux, et attrape plutôt un million que l'autre un morceau de pain noir. Actif, infatigable, il ne s'endort jamais; il veille la nuit et le jour, guette le temps de demander comme vous celui de semer, et mieux ; si nous mettions dans nos travaux la moitié de cette constance, nos greniers chaque année rompraient. II n'est enfin dédain, outrage ou mépris qui le puissent rebuter. Aucun refus, aucun mauvais succès ne lui fait perdre courage. Éconduit, il insiste ; repoussé, il tient bon; qu'on le chasse, il revient; qu'on le batte, il se couche à terre. Frappe, mais écoute et donne. » (P.-L. Courier, Simple discours.)

[27] Il ne faut rien exagérer, ni dire des cours le mal qui n'y est point : l'on n'y attente rien de pis contre le vrai mérite que de le laisser quelquefois sans récompense; on ne l'y méprise pas toujours, quand on a pu une fois le discerner; on l'oublie, et c'est là où l'on sait parfaitement ne faire rien, ou faire très-peu de chose, pour ceux que l'on estime beaucoup '.

[28] Il est difficile à la cour que de toutes les pièces que l'on emploie à l'édifice de sa fortune, il n'y en ait quelqu'une qui porte à faux '^ : l'un de mes amis qui a promis de parler ne parle point; l'autre parle mollement; il échappe à un troisième de parler contre mes intérêts et contre ses intentions; à celui-là manque la bonne volonté, à celui-ci l'habileté et la prudence; tous n'ont pas assez de plaisir à me voir heureux pour contribuer de tout leur pouvoir à me rendre tel. Chacun se souvient assez de tout ce que son établissement lui a coûté à faire, ainsi que des secours qui lui en ont frayé le chemin; on seroit même assez porté à justifier les services qu'on a reçus'= des uns par ceux qu'en de pareils besoins on rendroit aux autres, si le premier et l'unique soin qu'on a après sa fortune faite n'étoit pas de songer à soi''.

[29] Les courtisans n'emploient pas ce qu'ils ont d'esprit, d'adresse et de finesse pour trouver les expédients d'obliger ceux de leurs amis qui implorent leur secours, mais seulement pour leur trouver des raisons apparentes,

» Édition 4^

•' « Quelques-unes qui portent à faux. » (Édit. 5«-7e.) « <i Qu'on a reçu. » (Éditions originales de La Bruyère.) "* Édition 4''.

de spécieux prétextes, ou ce qu'ils appellent une impossibilité de le pouvoir faire ; et ils se persuadent d'être quittes par là en leur endroit de tous les devoirs de l'amitié ou de lareconnoissance\

Personne à la courue veut entamer; on s'offre d'appuyer, parce que jugeant des autres par soi-même, on espère que nul n'entamera, et qu'on sera ainsi dispensé d'appuyer : c'est une manière douce et polie de refuser son crédit, ses offices et sa médiation à qui en a besoin''.

[30] Combien de gens vous étouffent de caresses' dans le particulier, vous aiment et vous estiment, qui sont embarrassés de vous dans le public, et qui, au lever ou à la messe % évitent vos yeux et votre rencontre! Il n'y a qu'un petit nombre de courtisans qui, par grandeur, ou par une confiance qu'ils ont d'eux-mêmes, osent honorer devant le monde le mérite qui est seul et dénué de gi'ands établissements.

[31] Je vois un homme entouré et suivi; mais il est en place. J'en vois un autre que tout le monde aborde; mais il est en faveur. Celui-ci est embrassé et caressé, même des grands; mais il est riche. Celui-là est regardé de tous avec curiosité, on le montre du doigt; mais il est savant et éloquent. J'en découvre un que personne n'oublie de saluer; mais il est méchant. Je veux un homme qui soit bon, qui ne soit rien davantage, et qui soit recherché ".

^ Édition 6^ " Édition 4*".

i. N'oyez le Lexique au mot Caresses, et p. 255, ligne 2*. 2. Au lever du roi, à la messe de la chapelle de Versailles.

J46 DK LA COUR.

[32] Vient-on de placer quelqu'un dans un nouveau poste, c'est un débordement de louanges en faveur, qui inonde les cours et la chapelle, qui gagne l'escalier, les salles, la galerie, tout l'appartement^ : on en a au-dessus des yeux, on n'y tient pas. Il n'y a pas deux voix différentes sur ce personnage; l'envie, la jalousie parlent comme l'adulation; tous se laissent entraîner au torrent qui les emporte, qui les force de dire d'un homme ce qu'ils en pensent ou ce qu'ils n'en pensent pas, comme de louer souvent celui qu'ils ne connoissent point. L'homme d'esprit, de mérite ou de valeur devient en un instant un génie du premier ordre, un héros, un demi-dieu.- Il est si prodigieusement flatté dans toutes les peintures que l'on fait de lui, qu'il paroît difforme près de ses portraits; il lui est impossible d'arriver jamais jusqu'où la bassesse et la complaisance viennent de le porter : il rougit de sa propre réputation. Commence-t-il à chanceler dans ce poste où on l'avoit mis, tout le monde passe facilement à un autre avis ; en est-il entièrement déchu, les machines qui l'avoient guindé si haut par l'applaudissement et les éloges sont encore toutes dressées pour le faire tomber dans le dernier mépris : je veux dire qu'il n'y en a point qui le dédaignent mieux, qui le blâment plus aigrement, et qui en disent plus de mal, que ceux qui s'étoient comme dévoués à la fureur d'en dire du bien ^^

• Édition 5*.

1. On appelait ainsi les salles du château de Versailles où les gens de cour se tenaient le soir, quand il n'y avait pas comédie (voyez Saint-Simon, 1. 1", p. 22).

2. Les auteurs de clefs voient dans tout cet alinéa une allusion au maréchal duc de Luxembourg, appelé à succéder au prince de Condc (1675) dans le commandement en chef des armées du roi, et cela aux applaudis-

[33] Je crois pouvoir dire d'un poste éminent et délicat qu'on y monte plus aisément qu'on ne s'y conserve ^

[3/i] L'on voit des hommes tomber d'une haute fortune par les mêmes défauts qui les y avoient fait monter**.

[35] Il y a dans les cours deux manières de ce que l'on appelle congédier son monde ou se défaire des gens : se fâcher contre eux, ou faire si bien qu'ils se fâchent contre vous et s'en dégoûtent''.

[36] L'on dit à la cour du bien de quelqu'un pour deux raisons : la première, afin qu'il apprenne que nous disons du bien de lui ; la seconde, afin qu'il en dise de nous''.

[37] Il est aussi dangereux à la cour de faire les avances, qu'il est embarrassant de ne les point faire.

» Édition 7^ '' Édition 7"=.

<= Édition 8".

«J Édition 4«.

sements de tous; puis, en 1679, disgracié et exilé pendant deux ans. — Cette réflexion est bien autrement générale. Montaigne l'avait faite avant La Bruyère : m Or i'estois sur ce poinct, qu'il ne fault que veoir un homme esleué en dignité : quand nous l'aurions cogneu, trois iours deuant, homme de peu, il coule insensiblement en nos opinions une image de grandeur de suffisance; et nous nous persuadons que croissant de train et de crédit, il est creu de mérite ; nous jugeons de luy, non selon sa valeur, mais à la mode des iectons, selon la prerogatiue de son reng. Que la chance tourne aussi, qu'il retumbe et se mesle à la presse, chacun s'enquiert auecques admiration de la cause qui l'auoit guindé si hault : « Est-ce luy? faict-on. N'y « sçauoit-il aultre chose quand il y estoit? Les princes se contentent-ils de « si peu? Nous estions vrayementen bonnes mains! » C'est chose que i'ay veu souuent de mon temps. » {Essais, III, ch. viii.)

[38] Il y a des gens à qui ne connoître point le nom et le visage d'un homme est un titre pour en rire et le mépriser. Ils demandent qui est cet homme; ce n'est ni lîomseau *, ni un Fabry % ni La Couture^ : ils ne pourroient le méconnoîlre.

[39] L'on me dit tant de mal de cet homme, et j'y en vois si peu, que je commence à soupçonner qu'il n'ait un mérite importun qui éteigne celui des autres.

[l\0] Vous êtes homme de bien, vous ne songez ni à plaire ni à déplaire aux favoris , uniquement attaché à votre maître et à votre devoir : vous êtes perdu.

i. Parmi les pariticulicrs du nom de Rousseau qui étaient fort connus des gens de cour, étaient : 1° un fameux cabarctier, qui tenait boutique près de la porte Saint-Denis, dont le nom revient souvent dans les poésies et comédies du temps (par exemple dans le Chevalier à la mode, de Dancourt, acte III, scène iv), et sur lequel on peut voir VHistoire des hôtelleries et cabarets, de MM. Fr. Michel et Éd. Fournier, t. I", p. 332) ; 2" l'huissier de la chambre du roi, qui était un personnage, et, au dire de Racine {Lettre à son fils aîné, 25 avril 1698), un personnage fort insolent; 3" le maître d'armes des enfants de France.

2. Brûlé il y a vingt ans {Note de La Brmjère). Dans les deux premières éditions, La Bruyère avait ajouté dans sa note : <t Puni pour des saletés. » Fabry avait été condamné à être brûlé vif à la suite d'un procès scandaleux dans lequel avaient été impliqués des gens de qualité. (Voyez le Journal de Mathieu Marais, année 1723.) On s'étonne de trouver ici une insinuation qui nous reporterait au temps de Henri III; on aurait peine à y croire, si elle ne se retrouvait au n° 74 du présent chapitre, et si de semblables allusions ne se trouvaient dans les Mémoires de Saint-Simon et de la princesse Palatine, et jusque dans Bourdaloue {Sermon de la Nativité, fin).

3. «. La Couture, disent les clefs, étoit tailleur d'habits de Madame la Dauphine, lequel étoit devenu fou, et qui sur ce pied demeuroit à la cour, où il faisoit des contes fort extravagants. Il alloit souvent à la toilette de Madame la Dauphine, qui lui faisoit quelque bien. » Dans une pièce bouffonne intitulée le Mariage de La Couture avec la grosse Calhos, mise en musique par Philidor l'aîné et représentée devant le Dauphin en 1G88, il est appelé « prince des Petites-Maisons et signalé comme « recommandable dans tous les cabarets de Paris. »

[hi] On n'est point effronté par choix, mais par complexion; c'est un vice de l'être, mais natm'el : celui qui n'est pas né tel est modeste, et ne passe pas aisément de cette extrémité à l'autre; c'est une leçon assez inutile que de lui dire : « Soyez effronté, et vous réussirez; » une mauvaise imitation ne lui profiteroit pas, et le feroit échouer. Il ne faut rien de moins dans les cours qu'une vraie et naïve impudence pour réussir ''^

[42] On cherche, on s'empresse, on brigue, on se tourmente, on demande, on est refusé, on demande et on obtient; « mais, dit-on, sans l'avoir demandé, et dans le temps que l'on n'y pensoit pas, et que l'on songeoitmème à toute autre chose : » vieux style, menterie innocente, et qui ne trompe personne ^.

[43] On fait sa brigue pour parvenir à un grand poste, on prépare toutes ses machines, toutes les mesures sont bien prises, et l'on doit être servi selon ses souhaits; les uns doivent entamer, les autres appuyer; l'amorce est déjà conduite, et la mine prête à jouer : alors on s'éloigne

" Édition 4*.

•> Édition 4''.

Mais quoy ! me diras-tu, il t'en faut autant faire. Qui ose, a peu souvent la fortune contraire... Sois entrant, effronté, et sans cesse importune : En ce temps l'impudence esiève la fortune. — Il est vray ; mais pourtant je ne suis point d'avis De desgager mes jours pour les rendre asservis... Ce n'est pas mon humeur : je suis mélancolique; Je ne suis point entrant; ma façon est rustique; Et le surnom de bon me va-t-on reprochant, D'autant que je n'ay pas l'esprit d'estre méchant.

(RÉGMER, Satire m.)

de la cour. Qui oseroit soupçonner d'Ariétnon qu'il ait pensé à se mettre dans une si belle place, lorsqu'on le tire de sa terre ou de son gouvernement pour l'y faire asseoir^? Artifice grossier, finesses usées, et dont le courtisan s'est servi tant de fois que, si je voulois donner le change à tout le public et lui dérober mon ambition, je me trouverois sous l'œil et sous la main du prince, pour recevoir de lui la grâce que j'aurois recherchée avec le plus d'emportement^

[!ili] Les hommes ne veulent pas que l'on découvre les vues qu'ils ont sur leur fortune, ni que l'on pénètre qu'ils pensent à une telle dignité, parce que s'ils ne l'obtiennent point, il y a de la honte, se persuadent-ils, à être refusés ; et s'ils y parviennent, il y a plus de gloire pour eux d'en être crus dignes par celui qui la leur accorde, que de s'en juger dignes eux-mêmes par leurs brigues et par leurs cabales : ils se trouvent parés tout à la fois de leur dignité et de leur modestie-.

Quelle plus grande honte y a-t-il d'être refusé d'un

" Édition 5«.

1. On lit dans les clefs : « M. le marquis de Vardes, au retour de son exil de vingt années, avoit fait une grosse brigue pour être gouverneur du duc de Bourgogne, à quoi il auroit réussi sans sa mort arrivée dans ce temps-là qui a fait mettre à sa place le duc de Beauvilliers. » La seule ressemblance entre d'Artemon et M. de Vardes, c'est la brigue pour parvenir à un grand poste. (Voyez Dangeau, Mémoires, t. II, p. ICI.) Mais de Vardes n'eut pas à se retirer dans ses terres : il mourut en 1688, et la charge de gouverneur du duc de Bourgogne ne fut donnée qu'un an après.

2. « Un habile homme emploie toute son industrie à se faire donner ce qu'il ne demande pas, » (Saint-Évremond.) Les clefs voient dans cet alinéa une allusion au duc de Beauvilliers, ce « courtisan doux, modeste et si détaché de tout, que je ne crois pas que les plus saints moines l'aient été davantage, » comme dit Saint-Simon {Mémoires, t. XI).

DE LA COUR. 2o1

poste que l'on mérite, et d'y être placé sans le mériter?

Quelques grandes difficultés qu'il y ait à se placer à la cour, il est encore plus âpre et plus difficile de se rendre digne d'être placé.

Il coûte moins cà faire dire de soi : « Pourquoi a-t-il obtenu ce poste? » qu'à faire demander : « Pourquoi ne l'a-t-il pas obtenu*? »

L'on se présente encore pour les charges de la ville-, l'on postule une place dans l'Académie françoise, l'on demandoit le consulat : quelle moindre raison y auroit-il de travailler les premières années de sa vie à se rendre capable d'un grand emploi, et de demander ensuite, sans nul mystère et sans nulle intrigue, mais ouvertement et avec confiance, d'y servir sa patrie, son prince % la république^ ?

[Ixb] Je ne vois aucun courtisan à qui le prince vienne d'accorder un bon gouvernement, une place éminente ou une forte pension, qui n'assure par vanité, ou pour marquer son désintéressement, qu'il est bien moins content du don que de la manière dont il lui a été fait. Ce qu'il y a en cela de sûr et d'indubitable, c'est qu'il le dit ainsi ^

* « Le prince. » (Édit. 5''-8'^.)

^ Tous les alinéas compris sous le n° 44 sont de la 5* édition.

1. « Conspiciens multorum erigi statuas, Malim, inquit, ut de me quœrant homines quamobrem Catoni non sit posita statua, quam quare sit posita : sentiens se malle res prseclaras agere, ut olim scientes illum promeruisse statuam mirentur non esse positam. » (D. Eï^^sMl Apophtheg mata.)

Page 1