Prévôt des marchands, échevin, etc
3. M™* de Sévigné rit de ce travers avec Bussi : « M'"* de La Fayette vous aura mandé comme M. de La Rochefoucauld a fait duc le prince son fils, et de quelle façon le roi a donné une nouvelle pension : enfin la manière vaut mieux que la chose, n'est-il pas vrai? Nous avons quelquefois
232 DK LA COUR.
C'est rusticité que de donner de mauvaise grâce : le plus fort et le plus pénible est de donner; que coûte-t-il d'y ajouter un sourire*?
Il faut avouer néanmoins qu'il s'est trouvé des hommes qui refusoient plus honnêtement que d'autres ne savoient donner-; qu'on a dit de quelques-uns qu'ils se faisoient si longtemps prier, qu'ils donnoient si sèchement, et chargeoient une grâce qu'on leur arrachoit de conditions si désagréables, qu'une plus grande grâce étoit d'obtenir d'eux d'être dispensés =" de rien recevoir''^
[li6] L'on remarque dans les cours des hommes avides qui se revêtent de toutes les conditions pour en avoir les avantages : gouvernement, charge, bénéfice, tout leur convient; ils se sont si bien ajustés, que par leur état ils deviennent capables de toutes les grâces : ils sont amphibies, ils vivent de l'Église, de l'épée, et auront le secret d'y joindre la robe^ Si vous demandez : « Que font ces
" Dispensés au pluriel. (Texte de toutes les éditions originales.) '' Les trois alinéas du n" 45 sont de la 4" édition, comme l'alinéa suivant.
ri de co discours commun à tous les courtisans (23 août 1G71). » Bussi est de l'avis de sa cousine, ce qui ne l'empêche pas de donner dans le même travers. (Voyez ses Lettres de 1G9I, t. VI, p. 508-514.)
1. C'est un sujet traite avec quelque détail par Sénèque, de Beneficiis, II, 1-3.
2. On citait au xvii^ siècle le ministre Servien comme refusant trèshonnêtement, et Mazarin comme ne sachant pas donner. (Voyez Mémoires de M. de ***, coll. Petitot, t. I, p. G9 ; Mémoires de Montglas, coll. Petitot, t. III, p. 02.)
3. Tel donne à pleines mains qui n'oblige personne : La façon de donner vaut mieux que ce qu'on donne.
(P. Corneille, le Menteur, acte I, scène i.)
4. Saint-Simon cite un de ces amphibies : « Saint-Romain, amphibie de beaucoup de mérite, qui avoit manié beaucoup de négociations, conseil-
gens à la cour? » ils reçoivent, et envient tous ceux à qui l'on donne.
[47] Mille gens à la cour y traînent leur vie à embrasser, serrer et congratuler ceux qui reçoivent, jusqu'à ce qu'ils y meurent sans rien avoir ^.
[48] Ménophile^ emprunte ses mœurs d'une profession, et d'une autre*" son habit; il masque- toute l'année, quoique à visage découvert; il paroît à la cour, h. la ville, ailleurs, toujours sous un certain nom et sous le même déguisement. On le reconnoit, et on sait quel il est à son visage ^
[49] Il y a pour arriver aux dignités ce qu'on appelle ou la grande voie ou le chemin battu; il y a le chemin détourné ou de traverse, qui est le plus court ^.
» Édition 8^
^ Toutes les éditions originales donnent : « d'un autre. » La correction « d'une autre » est de Coste; elle est généralement adoptée.
•^ (( On sait quel il est, et on le reconnoit à son visage. » (Édit. G'^.) '' Édition 6^.
1er d'épée sans être d'épée, avec des abbayes, sans être d"cglise. » (Notes sur le Journal de Dangeau, t. V, p. 4i.) Saint-Romain, qui fut ambassadeur en Portugal, avait deux abbayes, dont l'une lui rapportait 20,000 livres, l'autre 12,000 livres de rentes {Dictionnaire des bienfaits du Roy, t. IV, p. 94, mss. de la Bibliothèque nationale, cité par Éd. Fournier, la Comédie de La Bruyère, p. 131). — Selon quelques clefs, La Bruyère fait allusion à « M. de Villeroy, archevêque et gouverneur de Lyon, » mort en 1693. Selon d'autres, l'allusion porte sur le chevalier de Hautefeuille, grand prieur d'Aquitaine et lieutenant général des armées du Roy. Voir sur ce dernier, qui était « farci d'abbayes et de commanderies, » Saint-Simon, Mémoires, t. IV.
1. Selon quelques clefs, Ménophile est le père La Chaise, jésuite, confesseur du roi; selon d'autres, c'est le père Joseph, le célèbre capucin dont Richelieu avait fait son confident. Ce n'est probablement ni l'un ni l'autre.