‹ Œuvres complétés de J. Domat (volume 4)Chapitre 23 sur 189 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

De l'état de la société après la chute de l'homme^ et comment Dieu

la fait subsister.

I. Tout ce que l'on voït dans la société de contraire à l'ordre, est une suite naturelle de la désobéissance de l'homme à la première loi (jui commande l'amour de Dieu; car, comme cette loi est le fondement de la seconde qui commande aux hommes de s'aiiîier entre eux, l'homme n'a pu violer la première de ces deux lois sans tomber en même temps dans un état qui l'a porté à violer aussi la seconde , et à troubler par conséquent la société.

La première loi devait unir les hommes dans la possession du souverain-bien , et ils trouvaient dans ce bien deux perfections qui devaient faire leur commune félicité : l'une, qu'il peut être possédé de tous , et l'autre qu'il peut fairele bonheur entier de chacun. Mais, l'homme ayant violé la première loi , et s'étant égaré de la véritable félicité qu'il ne pouvait trouver qu'en Dieu seul , il l'a recherchée dans les bi^ns sensibles où il a trouvé deux défauts opposés à ces deux caractères du souverain-bien: l'un, que ces biens ne peuvent être possédés de tous; et l'autre, qu'ils ne peuvent faire le bonheur d'aucun; et c'est un effet naturel de l'amour et de la recherche des biens où se trouvent ces deux défauts , qui portent à la division ceux qui s'y attachent; car, comme l'étendue de l'esprit et du cœur de l'homme formé pour la passion d'un bien infini , ne saurait être remplie de ces biens bornés qui ne peuvent être à plusieurs; ni suffire à un seul pour le rendre heureux, et c'est ensuite de cet état où l'homme s'est mis, que ceux (jui mettent leur bonheur à posséder des biens de cette nature, venant à se rencontrer dans les recherches des mêmes objets, se divisent entre eux^ et violent toutes sortes de liaisons et d'enga-

(i) Charte, art. 14.

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