‹ Œuvres complètes de J. DomatChapitre 16 sur 246 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

JJc l'état de la société après la chute de Diomnate^ et comment Dieu,

lafaù subsister,

1. Tout ce que Ton voit dans la société de contraire à Tordre, est une suite naturelle de la désobéissance de l'homme à la prer mière loi qui commande l'aniour dç Dieu; car, comme cette lot est le fondement de la seconde qui commande aux hommes de s'aimer entre eux, l'homme n'a pu violer la première de ces deux lois sans tomber en même temps dans un état qui l'a porté ^ violer aussi la seconde , et à troubler par conséquent la société.

La première loi devait unir les hommes dans la possession du souverain-bien , et ils trouvaient dans, ce bien deux perfections qui devaient faire leur commune félicité 3 l'une, qu'il peut être possédé de tous , et l'autre qu'il peut faire le bonheur entier de chacun. Mais, l'homme ayant violé la première loi , et s'étant égaré de la véritable félicité qu'il ne pouvait trouver qu'en Dieu seul , il l'a recherchée dans les biens sensibles où il a trouvé deux défauts op-

Eosés à ces deux caractères du souverain-bien : l'un , que ces içns ne peuvent être possédés de tous ; et l'autre, qu'ils ne peuvent faire le bonheur d'aucun ; et c'est un effet naturel de l'amour et de la recherche des biens où se trouvent ces deux défauts , qui portent à la divbion ceux qui s'y attachent; car, comme l'étendue de l'esprit et du cœur de l'homme formé pour la passion d'un bien infini , ne saurait être remplie de ces biens bornés qui ne peuvent être à plusieurs; ni sufBre à un seul pour le rendre heu* reux, et c'est ensuite de cet état où l'homme s'est mis, que ceux qui mettent leur bonheur à posséder des biens de cette nature, venant à se rencontrer dans les recherches des mêmes objets , se divisent entre eux , et violent toutes sortes de liaisons et d'enga-

(x)Cbarte,art. 14.

rf

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gemens, selon les engagemens contraires où 1^ met l'amour des biens qu'ils recherchent.

a. Cest ainsi que l'homme, ayant mis d'autres biens à la place de Dieu qui devait être son unique bien, «t qui devait faire sa fé^ licite» a fait de ces biens apparens, son bien souverain où il a placé son amour et où il établit sa b^titnde; ce qui est en faire sa divinité (i), et c'est ainsi que par Téloignement de ce seul vrai bien qui devait unir les hommes , leur égarement à la recherche d'autres biens les a divisés (a\

Cest donc le dérèglement cle l'amour qui a déréglé la société, et» au lieu de cet amour mutuel dont le caractère était d'unir les hommes dans la recherche de leur bien commun , on voit régner un autre amour tout opposé dont le caractère lui a justement donné le nom d'amour-propre , parce que celui en qui cet amour domine ne recherche que des biens qu'il se rend propres , et qu'il D*aime dans les autres que ce qu'il en peut rapporter à soi.

Cest le venin de cet amour qui engourdit le cœur de l'homme et l'appesantit ; et qui, ôtant à ceux qui possèdent la vue etl'amou? de leur vrai bien , et bornant toutes leurs vues et tous leurs désirs au bien particulier où il les attache, est comme une peste uni-^ ?erselle et la source de tous les maux qui inondent la société ; de sorte qu'il semble que , comme l'amour-propre en ruine les foudémens, il devait la détruire; ce qui oblice à considérer de quelle manière Dieu soutient la société dans le déluge des maux qu'y fait l'amour-propre.

3. On sait que Dieu n'a laissé arriver le mal que parce qu'il était de sa tonte-puissance et de sa sagesse d'en tirer le bien, et un plna grand bien qui n'aurait été qu'un état de biens, sans aucun mélange de maux. La religion nous apprend les biens infinis que Dieu a tirés d*un aussi grand mal que l'état où le péché avait réduit l'homme, et que le remède incompréhensible dont Dieu s'est servi pour l'en tirer , l'a élevé dans un état plus heureux que celui qui avait précédé sa chute. Mais , au lieu que Dieu a fait ce changement par une bonne cause et qui n'est que de lui , on voit dans sa conduite sur la société , que d'une aussi méchante cause que notre amourprnpre,et d'un poison si contraire à l'amour mutuel qui devait être le fondement de la société , Dieu en a fait un des remèdes qui la font subsister; car, c'est de ce principe de division qu'il a fait un Ken qni unit les hommes en mille manières, et qui entretient 1^ phis grande partie des engagemens. On pourra jucer de cet usage de Tamoar-propre dans la société, et du rapport d'une telle cause à un tel effet par les réflexions qu'il sera facile de faire sur la r^ marque qui suit.

La chute de l'homme ne l'ayant pas. dégagé de ses besoins, et les ayant au contraire multipliés, elle a aussi augmenté la néces-

[i) Sep. i3, 3. (2) Jacob, epist. 41, id. a.

a6 TEAITB DKS LOIS,

site des travaux et des commerces, et en même temps la nécessité des engagemens et des liaisons; car, aucun ne pouvant se suffire Sieul, la diversité des besoins engage les hommes à une infinité de liaisons sans lesquelles ils ne pourraient vivre.

Cet état des hommes porte ceux qui ne se conduisent que par l'amour-prppre, à s'assujettir aux travaux, aux commerces et aux Uaisons que leurs besoins rendent nécessaires; et pour se les rendre utiles, et y ménager, et leur honneur, et leur intérêt, ils y gardent la bonne foi , la fidélité , la sincérité , de sorte que Tamour- Eropre s*accommode à tout pour s'accommoder de tout; et il sait si ien assortir ses différentes démarches à toutes ses vues , qu'il se plie à tous les devoirs, jusqu'à contrefaire toutes les vertus | et cha/cun voit dans les autres, et s'il s'étudiait, verrait ea soi-même les ^l^nières si fines que l'amour-propre sait mettre en usage.pour se cacher, et s'envelopper sous les apparences des vertus mêmes qui lui sont les plus opposées.

On voit dono» ds^ns l'amour-propi^ , que ce principe de tous Ijes maux est dans l'état présent die la société une cause d'où elle tiire un^e ip^nité. de bons effets qui, de leur nature , étant de vrais biens, devraient avoir un meilleur principe; et qu'ainsi on peut i^egarder ce venip 4^ la ^oçiét^é comme un remède dont Dieu s'est servi pour la sputenir ; puisqu'encore qu'il ne produise en ceux qu'il anime que des fruits corrompus , il donne à la société tous ces avantages.

4. Toutes autres causes dont Dieu se sert pour faire subsistec la société, sont différentes de l'amour-propre , en ce qu'au Heu que l'amour-propre est un vrai mal dont Dieu tire de bons effets, les autres sont des fonderaens naturels de l'ordre; et on petit eQ remarquer quatre de différens genres qui comprennent tout ce qui maintient la société.

Le premier est la religion qui fait tout ce qu'on peut voir dans le monde , qui soit réglé par l'esprit des premières Lois ;

Le second est la conduite secrète de Dieu sur la société dans tout l'univers ;

Le troisième, est l'autorité que Dieu donne aux puissances ;

Le quatrième est cette lumière restée à l'homme après sa chute, qui lui fait connaître les règles naturelles de l'équité; et c'est par ce dernier qu'il faut commencer par remonter aux autres.

5. C'est cette lupnière de la raison qui , faisant sentir à tous les hommes les règles cojmmunes de la justice et de Téquité, leur tient lieu d'une loi (1) qui est restée dans tous les esprits, au milieu des ténèbres que l'amour-propre y a répandues; ainsi, tous les hommes ont dans l'esprit les impressions de la vérité et de l'autorité de ces lois naturelles , qu'il ne faut faire tort à personne ; qu'il faut rendre à chacun ce qui lui appartient ; qu'il faut être sincère dans les

(i) Rom. a, i4> !• ^t ff* de bon. dimu.

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