‹ Œuvres complètes de J. DomatChapitre 17 sur 246 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

engagemcns ^ fidèle h exécuter ses promesses y et des autres règles semblables de la justice et de l'équité ; car la connaissance de ces règles est inséparable de la raison, ou plutôt la raison n'est ellemême que la vue et l'usage de toutes ces règles.

Et quoique cette lumière de la raison, qui donne la vue de ces vérités à ceux qui en ignorent les premiers principes , ne règne pas en chacun de telle sorte qu'il en fasse la règle de sa conduite , elle règne en tous de telle manière, que les plus injustes aiment assez la justice pour condamner l'injustice des autres et pour la haïr, et, chacun ayant intérêt que les autres gardent ces règles, la multitude prend le parti pour y assujettir ceux qui y résistent et qui font tort aux autres : ce qui fait sentir que Dieu a gravé dans tous les esprits cette espèce de connaissance et d'amour de la justice, sans quoi la société ne pouvait durer; et c'est par cette connaissance des lois naturelles, que les nations mêmes qui ont ignoré la religion ont fait subsister leur société.

6. Cette lumière de la raison que Dieu donne à tous les hommes, et ces bons effets qu'il tire de leur amour- propre, sont des causes qui contribuent à soutenir la société des hommes par les hommes mêmes. Mais on doit y reconnaître un fondement plus essentiel et plus solide, qui est la conduite de Dieu sur les hommes, et cet ordre où il conserve la société dans tous les temps et dans tous les lieux, par sa toute-puissance et par sa sagesse.

C'est par la force infinie de cette toute-puissance que, contenant Tunivers comme une goutte d'eau et un grain de sable (i), il est présent partout; et c'est par la doucçur de cette sagesse qull dispose et ordonne tout (a).

C'est par sa providence universelle sur le genre humain qu'il partage la terre aux hommes, et qu'il distingue les nations par cette diversité d'empires, de royaumes, de républiques et d'autres états ; qu'il en règle et l'étendue et la durée par les événemens qui leur donnent leur naissance, leur progrès, leur fin; et que, parmi tous ces changemens, il forme et soutient la société civile dans chaque état , par les distinctions qu'il fait des personnes pour remplir tous les emplois et toutes les places , et par les autres manières dont il règle tout (3).

7. C'est cette providence qui, pour maintenir la société, y établit deux sortes de puissances propres à contenir les hommes dans l'ordre de leurs engagemens.

La première est celles des puissances naturelles, qui regardent les engagemens naturels comme est la puissance que donne le mariage au mari sur la femme (4) (C. civ. ai4. s.), et celle que donne la naissance aux parens sur leurs enfans (5). (C. civ. 871. s.) Mais ces puissances étant bornées daps les familles, et restreintes à Tor-

(i) Ift. 40, x5. (a) Sap. 8, x. (3) It. 43, 5. (4) Ephet. $ a3. x Cor. 11, 3. Geo. 3, x6. (5) l^hes. 6, x . Eoclet. 3, 8, a.

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dre de ces engagemens natnrels, il a été nécessaire qu'il y eùl une autre sorte de puissance d'une autorité plus générale et plus étendue; et comme la nature qui distingue le mari de la femme, et les parens des enfans, ne distingue pas de même les autres hommes, mais les rend égaux** (i).Dieu en distingue quelques-uns pour leur donner une autre sorte de puissance, dont le ministère s'étend à l'ordre universel de toutes les espèces d'engagemens, et k tout ce qui regarde la société; et il donne différemment cette puissance dans les royaumes, dans les républiques et dans les au- ' très états, aux rois, aux princes, et aux autres personnes qu'il y élève (a) par la naissance, par des élections, et par les autres mt* nières dont il ordonne ou permet que ceux qu'il destine à ce rang y soient appelés. Car c'est toujours la conduite toute-puiSsante de Dieu qui dispose de cette suite et de cet enchaînement d'événèmens qui précèdent l'élévation de ceux qu'il appelle au gouvernement. Ainsi, c'est toujours lui qui les y place; c'est de lui seul qu'ils tiennent tout ce qu'ils ont de puissance et d'autorité; et c'est le ministère de sa justice qui leur est commis (3) ; et comme c'est Dieu même qu'ils représentent dans le rang qui les élève au-dessus des autres, il veut qu'ils soient considérés comme tenant sa place dans leurs fonctions ; et c'est par cette raison qull appelle lui-même des dieux ceux à qui il communique ce droit de gouverner les hommes et de les juger, parce que c'^t un droit qui n'est naturel qu'à lui (4),

* « Les Français sont égaux devaut la loi , quels que soient d*aiUeajcs « leurs titres et leurs rangs (5). »

Cest pour l'exercice de cette puissance que Dieu met dans le& mains de ceux qui tiennent la pre];nière place du gouvernement^ l'autorité souveraine, et les divers droits nécessaires pour maiiktenir l'ordre de la société suivant les lois qu'il y a établies (6).

La personne da roi est ioTiolable et sacrée , ses ministres sont ret». ponsables. Au roi seul appartient la puissance executive (7).

C'est pour cet ordre qu'il leur donne le droit de faire des lois (8), et les réglemens nécessaires pour le bien public, selon les temps et les lieux; et la puissance d'imposer des peines aux crimes (9).

La puissance législative 8*exerce coHectivement par le roi , la chambra des pairs et la chambre des députés des départemens (10).

C'est pour ce même ordre qu'il leur donne le droit de communiquer et partager à diverses personnes rexercice de cette auto- . rite, qu'ils ne peuvent seuls exercer dans tout le détail, et qu'ils ont le pouvoir d'établir les différentes sortes de magistrats , de

(x) L. 39, ff. dereg. jnr. 3. (a)£ccles. 17, 14. (3) Sap. 6, 4. Rom. i3, x. Joan. ig. II. Rom. i3, 4. Exod. i8, i5, a. Parai. 39,6.(4)£xod. aa, a8. Psalm. 81, 6. Joan. xo, 35. Exod. 2a, 8. (5) Charte , art. i. (6) Sap. 6, 5. Deùter. 17, 19. (7) Charte 1^ art. i3. (8) Prov. 8» i5. (9) Rom. i3, 4. (10) Charte, art. i/>.

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