ÉPIGRAMME DE GACON
Pour le portrait de Mezzetin
La Fontaine a fait un sixain , On l'on Toit cet acteur traité d'incomparable. Si La Fontaine a cru la chose yéritable.
Je n*oserois le garantir; Mais je sais bien qu'étant fort porté pour la iable ,
H n^enrage pas pour mentir.
Nous n'entrerons pas dans le détail des aventures de Mezzetin, après la suppression de la troupe italienne : elles sont bizarres et romanesques ; mais trop étrangères à son talent théâtral, qui est seul de notre sujet. Nous nous contenterons de dire qu*il est revenu à huis en 1727 ; qu*il a paru sous son habit de Mezzetin <iims la pièce de Regnard, intitulée, la Foire Saint- Germain; mais que n ayant pas eu le succès qu'il espé- Toit , il est retourné à Vérone, sa patrie , et y est mort dans Tannée 17^9*
Cette dernière anecdote ne diroit rien contre le taknt de cet acteur. Mezzetin avoit alors plus de soixante-
dix ans, et en avoit passé près de vingt dans les pri* sons du château de Kônigstein, en Pologne. *
ScAR A MOUCHE. Tiberio Fiurilli , né à Naples en 1 608 , a rendu fameux ce rôle, dont on le croit l'inventeur.
Scaramouche étoit un des plus anciens acteurs de la troupe italienne. Il fit d abord de fréquent» voyages en Italie. Ce fut en 1670 quil se fixa à Paris, et il joua jusqu en 169 1 . Il se retira alors : il étoit âgé de 83 ans ; et, malgré son grand âge, sa retraite fut une perte pour le théâtre. Il est mort à Paris en 1696.
Peu d'acteurs se sont acquis autant de réputation que Scaramouche. Il passoit pour le plus grand pan* tomime de son temps *. Nous ne croyons pas que cette
' Voici quelle fut la cauM de cette longue détention. Confttantini uvoit oné adi'e«i»er kca vgbux à une mahresse du roi de Pologne. Itidigu/*e de tant d^audace de la part d*nn comédien , la reApectahle thmv kVu [)laigntt à son augUAte amant, et At, par grâce , incarciVer le |)auvre Mezzetin. Une maltreMne implacable et hautaine avoit causé f(on malheur, une autre maîirenêe du roi, plus humaine et pins compatissante, fit cesser les rigueura de la premi^*re. Elle engagea le prince k lui faire voir le château de KOntgstein. Mezzetin s^offrit â leurs regards dans un état fait pour émouvoir les cœurs lc« plus dm s. Il avoit laissé croître sa barbe depuis son emprisonnement. Il se jeta aux piculs du roi, qui d'abord fut inexorablf*; m«ii« la protectrice fit tant âe supplications, qu Vile obtint , six mois apW*a son heureuse visite, que Me/zetin seroit rendu à la liberté, et qu*il sortiront au plus tôt de Dresde et des états de Saxe, dont le roi de Pologne étoit électeur. (G. A. C.)
' Riccoboni raconte à ce sujet Tanecdote suivante. Scaramouche et Aurélia, actrice italienne, se trouvoient un jour chez la reine, qui aimoit à li's voir. On pa^sa dans la chambre du Daupliiu (de* puis Louis XIV ). Ce prince, qui avoit alors environ deux ans, étoit
NOTICES. i/î
réputation ait élë usurpée, et nous ne pensons pas comme un de nos auteurs modernes, qui le relègue dans la classe des voltigeurs et des saltimbanques, en disant que son plus grand mérite consistoit à donner un soufflet avec le pied. Il est vrai que Scuramouche rtoit d*une agilité c'tonnante , et qu a Fâge de quatrevingts ans, il avoit toute la souplesse d*un jeune homme. Mais ce fait, que rapportent les auteurs contemporains , ne tend qu à nous transmettre une chose extraordinaire , et nullement à nous donner une idée de ses ulents.
Nous allons rapporter ce que dit un de ses camarades, qui, ayant lui-mâme de grandes prétentions à la réputation d acteur distingué , n a pas dû donner à Scaramouche plus d'éloges qu'il n en méritoit.
A l'Acte II , scène vu de la comt'die de Coîombinc avocat pour et contre , Ohérardi ajoute la note suivante : « Scaramouche , après avoir raccommode^ tout « ce qu*il y a dans la chambre, prend sa guitare, s'as- « »ed sur un fauteuil, et joue en attendant que son « maître arrive. Pasquariel vient doucement derrière
àe trfi mauTaîse humeur, et rien ne ponvoit calmer %t% pleurs et 4M cm. Scaramouche prit la liberté de dire que ai aa majent^ vouloii pennettre qu*il prit le Dauphin entr^ %e% bras, il ne flattoit de Papaiser. I^ reine le permit, et Scaramouche fit alors au prince àe% grimace* et dea figures si plaisantes, que cet inimitable pantomime fit non seulement cesser ses cris, mais qu*il parvint k le faire rire. Scaramouche avoit alora trente-deux ans, et il avoit ordre de venir tout lea soirs chez le Dauphin, qu'il amusoit infiniment, et qui Paimoit beaucoup. Louis xiv prcnoit plai^r h rappeler à ScamDoache cette circonstance de sa première enfance , et rioit encore en Tcntendant raconter an comédien. ( G. A. C. )
iG NOTICES.
« lui, et par-cleMU« se/» épaules, bat la mesure , ce qui « épouvante terriblement Sraramouche ; en un mot , « c'est ici où cet incomparable Scaramouclie , qui a été M luniement du théâtre et le modèle des plus illustres « comédiens de son temps 9 qui avoii^nt appris de lui « cet art si difficile et si n«'cessaire aux personnes de t leur caractère , de remuer les passions, et de les sa- « voir bien peindre sur le visage ; c est , dis je, où il « faisoit pâmer de rire pendant un gros quart dlieure^ « dans une scène d'épouvante , où il ne prof/'roit paA « un seul mot« Il faut convenir aussi que cet excellent « acteur possédoit à un si haut degr/* de perfection ce « merveilleux talent, qu'il touchoit plus de cœurs par « les seules simplicités d une pure nature , que n'en ** touchent d'ordinaire les orateurs les plus habiles par « les charmes de la rhétorique la plus persuasive. Cle « qui (it dire un jour à un grand prince qui le voyoit t jouer à Rome : Scaramouche ne parle point y et U dit <« les plus belles cfvoses du monde.»,. Il a toujours été les « délices de tous les princes qui l'ont connu, et notre « invincible monarque ne s'est jamais lassé de lui £iire "> quelques grâces ; j'ose même persuader que s'il n'éuiit « pas mort, la troupe seroit encore sur pied, etc* • ( Théâtre italien de Ghérardi, édition de 1700, toute i^ page 294. )
PiKAROT. Ce rôle est encore d'invention moderne* Lacteur à qui nous le devons se nommoit Joseph Giaraton (que Ton prononi^'oit Gératon ) : il étoit né à Ferrare, et il avoit d'abord joué sur le th<;âtre italien eu qualité de gagiste.
Ce fut en iCyj'S qu'il parut pour la première fois.
MUS le nom et Thabit cle Piovrot y dans la pl^co de /a Suitif du Festin de Pierre : il y fit plaisir ; repondant il ne fut reçu au nombre des ailleurs qu*en 1684 , et eonserra Thabil et le. i^le qu'il avoit inventes jusqu'à la suppression en 1^97 .
On croit que le ehangoment que fit Dominique dans le caractère d'Arlequin , donna lieu à Tlntroduetion de ee nouTeau^ personnage. Jusqu'a,lors l'Arlequin avoit ètô un valet sot et balourd ; Donûnique en fit un intrigant fin et ruse ; Gératon nous a rendu 00 ouvactore de Tancien Arlequin, et l'a remplacé au thé&tré sous le nouvel habit de Pierrot.
Quoi qu*il en soit , Géràton remplit ee râle d*(^riginal 9 et d une manière inimitable : il parloit toujours françoïs , et son succès fut complet 1 lorsque les pièces françoises furent introduites sur son thi^Atre ; jusque-là il n'avoit plu que médiocrement.
Depuis la suppression , ce caractère 8*est reproduit sur les théâtres des foires. Quelques acteurs ont imité la naïveté de l'ancien Pierrot, avec assez de succès pour fixer l'attention du publie plus particulièrement que leurs camarades. Ce rôle est deveuu le plus impoi"tant de nos anciens opéra-comiques, et on lui doit les premiers progrès de ce genre dé spectacle.
Qxmnt à Gératon , il a abandoiiné le théâtre après
la suppression de sa troupe : il n épousé une femme
ri(»he et sur'le retour , avec laquelle il s'est re'ïIVé dans
une terre* à quelques lieues de Paris : il y est mort \
mais on ignore en quelle année. , *^
Pasquaribi*. Nous dirons peu de chose sur r«ctcuv
iH NOTICES.
qui a joué ce rôle : il se nommoît Joseph Tortorlii , et il étoit de Meisine. Sa souplesse et son agilité £iisoient la plus grande partie de son mérite : aussi ne fit-il quel* que plaisir que dans ses débuts : ses tours de force étonnèrent ; mais ils ne firent pas prendre le change sur les talents qui lui manquoient.
Tortorîti a débuté en i685 : il ne remplissoit , dans les pièces françoises, que de petits rôles. En 1694*9 il prit rhabit de Scaramouche : il ne fut supporté dans ce dernier rôle qu'à cause de la faiveur qu aToient prise les pièces françoises, dans lesquelles le rôle de Scaramouche étoit peu important.
Après la suppression, Pasquariel courut les provinces avec une troupe de comédiens; mais il ne réussit point , et mourut dans la misère.
Léaudre. C'est le nom de théâtre de Charles-Vigile Romagnesi de Belmont , Tun des ûh de Cinth'io. Cet acteur débuta en 1694 ; il jouoit les amoureux, et doubloit Octave.
On ne peut rien dire des talents de cet acteur ; ses débuts n'ont précédé que d'environ deux ans la suppression de la troupe. On sait seulement qu*il étoit d'une très jolie figure.
Isabelle. Francoisc-Marie-Apolline Biancolelli, fiilé du fameux Dominique , a débuté sous ce nom en 1 683 : elle remplissoit seule les rôles d'amoureuse, et s'en est acquittée jusqu'à sa retraite.
En 1691 , M. deTurgis, officier aux gardes, devint amoureux d'Isabelle, et l'épousa le 2 avril ; cependant luette actrice ne quitta le théâtre qu'en 1695.
Isabelle étoit d'une figure très agréable : elle étoit très bien faite et d'une physionomie douce et prévenante. Quoiqu'elle ait été chargée seule d'un emploi important, il ne paroît pas néanmoins que l'on ait beaucoup prisé son talent théâtral.
Après la retraite d'Isabelle ^ on croit que ses rôles furent remplis par Angélique Toscano, dont nous prierons plus bas*
Coi«oMBiNE« L'inimitable actrice qui a joué ce rôle étoit sœur cadette d'Isabelle , et a débuté avec elle en i683 ; elle se nommoit Catherine Biancolelli.
Le rôle de soubrette 'a été porté par cette actrice au plus haut point de perfection : elle a joué jusqu'à la suppression de la troupe.
Depuis y Colombine n'a plus voulu monter sur aucun théâtre : elle àvoit épousé Le Noir, dit La ThorilUère « excellent acteiîr du Théâtre francois.
Marinette. Angélique Toscano , femme de Joseph Tortoriti , a doublé Colombine , sous le nom de Marinette, jusqu'en 1695 : à cette époque, elle prit le nom d'Angélique, joua les rôles d amoureuses, et remplaça Isabelle.
Marinette étoit une actrice médiocre dans l'un et l'autre emploi. Après la suppression , elle a suivi le sort de Pasquariel, son mari ; et Von croit que sa fin n a pas été plus heureuse.
Ia Chanteuse* Elisabeth Daneret a débuté le même jour que Léandre , dans la pièce intitulée , le Départ
des Comédiens^ à titre de chanteuse dans les divertis» sements. Après la suppression de la troupe, elle entra Si rOpéra. On ignore Tannée de sa mort.
COMÉDIE EN TROIS ACTES
E^résentëe pour la première fois le 1 7 mars t688.
AVERTISSEMENT
CiETTE comédie a été représentée pour la première fois , sur le théâtre de T hôtel de Bourgogne, le 17 mars 1688.
Une note de Ghérardi , imprimée à la suite (le cette pièce, volume 11 de son recueil, édition de 1 7 1 7, nous apprend qu'elle n'eut aucun succès dans l'origine, mais qu'elle fut reprise le i*' octobre 1C89, et qu'alors elle plut universellement. (]'est à son talent que Ghérardi attribue uniquement cette réussite.
Voici cette note telle qu'il la rapporte : « Cette w comédie n'avoit point réussi entre les mains de « feu M. Dominique ; on l'avoit rayée du cata- '' logue des pièces qu'on reprenoit de temps en i< temps, et les rôles en avoient été brûlés. Cc- » pendant , moi (qui de ma vie n'avois monté « sur le théâtre , et qui sortois du collège de la « Marche , où je venois d'achever mon cours de '< philosophie sous le docte M. Balle), je l'ai
2/, AVERTISSEMENT
« choisie poui' mon coup d'essai , qui arriva le M i"octobrc 1689, lorsque je parus pour la pre- K mièrc fois , d'ordre du roi et de Monseigneur ; a et elle eut tant de bonheur entre mes mains , « qu'elle plut généralement à tout le monde , fut « extraordinairement suivie , et par conséquent « valut beaucoup d'argent aux comédiens.
« Sij'étois homme à tirer vanité des talents que (( la nature m'a donnes poui* le théâtre , soit à « visage découvert ' ou à visage masqué , dans les (I principaux rftles sérieux et comiques, où l'on « m'a vu briller avec applaudissement aux yeux « de la plus polie et la plus connoisseuse nation t< de la terre y j'aurois ici un fort beau champ à u satisfaire mon amour-propre ; je dirai que j'ai « plus fait en commençant et dans mes plus ten- (( dres années , que les plus illustres acteurs n'ont « su faire après vingt années d'exercice et dans « la force de leur âge. Mais je proteste que , bien (( loin de m'être jamais enorgueilli de ces rares (( avantages , je les ai toujours regardés comme
■ Gbérardi éloit d'une figure trè* agréable; il a été le premier Arlequia qui ait hasardé de (^nitterwa masque dans certain* rôles,
et de joiipr à visage ilrrouvprt. Il jouoîi niiisi le rùle J'AtUmjihi. prfceplcur d'amour daiiJi la fUh laranie.
suit LE DIVOKCE. a5
« ries effets de mon bonlieur, et noii pas comme « (les coii&équciii.'cs di; mon moritti ; et si quelque
• chose a su fiai ter mou âme dans ces rencontres , « ce n'« été que le plaisir de nie voir univcrselwlcnieiit applaudi après l'inlinitahlc JVI. Domi- Mni<|iie, qui a porti; si loin l'excellence du nitïf
• du caractère d'Arlequin, que les Italiens ap- « peUeai goffhgfjhie , quequicouque l'a vu jouer, « trouvera toujoui-s quelque chose à redire aux «plut habiles et aux plus fameux Arlequins de « son temps. »
Il nous semhlc que les éloges que se donne Ghérardij avec aussi peu de ménapement, doivent rendre suspecte l'anecdote qu'il nous présente, et que les talents de l'auteur ont autant contribué au succès de cette comédie que ceux de l'acteur.
I^ «imcdie du Dh'nrce est te ctuip d'essai de Begnard dans la carrière dramatique; il n'avoit faire plus de trente an<> Inrsrju'il l'a donnée au ibcilre , et nous croyotis qu'elle n'est pas iiidîfttie delà réputation de son auteur, et que l'on y dé- J couvre le f^crme de. r ,r. • ' ' ; ' ïtlionor^ U »cène francÛM:.
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que
a6 AVERTISSEMENT
l'on jouoit alors sur le Théâtre italien , qu'une vraie farce , dont tout le mérite consiste dans la vivacité, la galté du dialogue, et dans le ton de vrai comique répandu dans les scènes qui la composent.
Il n'étoit pas possible que le plus gai de nos poètes ne réussit dans un genre auquel il étoit si parfaitement propre : aussi n'est-il rien de plus plaisant que les différents personnages qu'il introduit sur la scène.
L'élégante frivolité de nos maîtres à danser est très agréablement rendue dans la scène de Trotenville ; sa dispute ridicule avec le maître à chanter est du meilleur comique.
Le chevalier de Fondsec est aussi très plaisant ; et quoique l'auteur ait quelquefois sacrifié an goût de son siècle pour la charge un peu outrée , nous trouvons dans cette scène des morceaux d'un comique excellent et vraiment neuf : telle est, par exemple , la lecture des tablettes , où le chevalier d'industrie tient registre , heure par heure , de l'emploi de son temps et de ses visites de femmes.
Quant aux principaux caractères, la coquette est peinte avec beaucoup de vérité. Son mari ne
SUR LE DIVORCE. ay
joar pas on personnage hien important ; mais il j ai une sorte d^art d'aYoir n^ligé ce caractère ^ trop méprisable pour être intéressant , et qne T^xOcur n anroit pa rendre plaisant qu'en ontra- «isant trop ourertement la décence.
Cette pièce n a point été reprise depuis le réta- Lfissemcnt de la troupe italienne en 1716 ; nous crojnons même qu*<m la supporterait difficilement aa théadre : ks agréments des scènes éph ne Icraîent pas pardonner le vice du sujet.
PERSONNAGES
JUPITER. Pierrot.
MERCURE. Mezzetin.
ARLEQUIN