‹ Œuvres complètes de J. F. Regnard (volume 2)Chapitre 54 sur 239 · ACTE III, SCENE VI. io · texte numérisé non relu

ACTE III, SCENE VI. io

levé, va, court, engage tout. Mais pourquoi , mes- ^eurs? pourquoi encore une fois? pour tirer son mari d'un cul-de-basse-fosse.

braillaUdet. En vérité, messieurs, voilà une calomnie atroce. Le sieur Sotinet n'a jamais été en prison. Je demande réparation.

CORNICHON

Un sous-fermier, jamais en prison! Hé bien, donnez-vous un peu de patience, nous Vy ferons bientôt aller.

Mais que dirons -nous, messieurs, de ses dé* bauches, ou, pour mieux dire, que n'en dirons*nous pas? Car, jusqu'à quel excès de crapule cet homme-là ne s'est-il point laissé emporter? Mais, que dis-je, un homme? non, messieurs, c'est plutôt une (iitaille , ou , pom^ mieux dire , un râpé qui ne fait que se remplir et se vider à tous moments. C'est un bouchon ambulant; c'est une éponge toute dégouttante de vin, dont les vapeurs obscurcissent et soufflent enfin la chandelle de sa raison.

BRAILLARDET.

Je vous arrête là. C'est une calomnie diabolique.... Le sieur Sotinet ne boit que de l'eau ; cela est de no* toriété publique.

CORNICHON

Un homme qui a été toute sa vie dans les aides ne boit que de l'eau! N'avoit-il bu que de l'eau, maître Braillardet^ quand, sortant tout chancelant

io6 LE DIVORCE.

d'un cabaret, pour assister à l'enterrement d'un de ses meilleurs amis, il se laissa tomber dans la fosse, où il sei'oit encore, si, par malheur pour sa femme, on ne l'en eût retiré? N'a-t-il bu que de l'eau, quand il revient chez lui le soir , amenant avec soi des femmes d'une vertu délabrée , et qu'il maltraite celle pour qui je suis, de paroles et de coups?

BHAII.LABDET.

De coups! Ah, messieurs! on ne sait que trop que c'est le pauvre homme qui les a reçus. Il a porté plus de trois mois un emplâtre sur le nez, d'un coup de chandelier que sa femme lui a donné.

SOTIHET, «n plennnr.

Cela est vrai. Je ne saurois m'empêcher de pleurer toutes les fois que j'y songe,

CORKICHON.

Vous êtes sous-fermier, monsieur, et vous pleurez ! Mais s'il n'y avoit que des coups à essuyer, je ne m'en pkîndrois pas; car on sait bien qu'une femme veut être un peu pansée de la main ; mais de se voir à tous moments exposée aux extravagances d'un fou !

SOTIKET.

Moi, fou!

COBITICHOR.

Oui , messieurs , je vous le garantis tel , et des plus fous qui se fassent. On n'a qu'à lire les dépositions

des témoins, on yen:) qu'on l'a cncoru viiaujoujzd^uj courir les rues à pied, la barbe fi bassin passé à son cou.

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