‹ Œuvres complètes de J. F. Regnard (volume 3)Chapitre 21 sur 246 · ACTE I, SCENE VIL · texte numérisé non relu

ACTE I, SCENE VIL

pour aller. Toutes les fois que je veux aller à la Bastille, î) m'emmène à Vîncennes. Nous appelons ces petits animaux-là , pannî nous , un tendre enga^ gement,

COLOMBIITE.

Comment donc ! qu'est-ce que cela veut dire, im tendre engagement ?

TBOTEWVILLB, Vraiment oui. Est-ce que vous ne savez pas «qu'un tendre engagement va plus loin qu'on ne pense?»

( U gltinlc cil dérDÏBri moti. ) COLOMBIITE.

Ah , ah ! on voit bien que monsieur sait son Opéra , et qu'il en est.

THOTEirVILLE.

Moi , de l'Opéra , moi ? Fi , 6 1

COLOMBINK.

Comment donc , fi , fi ?

TBOTENVtLLE.

Hé fil vous dîs-je : j'en ai été autrefois; mais il m'a fallu plus de vingt lavements et autant de médecines pour me purifier du mauvais air que j'y avois respiré.

ISABELLE

Vous me surprenez, monsieur : j'avois toujours cru que l'Opéra étoit le lieu du monde ou l'on prenoil le meilleur air.

GOLOHBtHB.

Bon , bon 1 monsieur de Trotenville a beau dire , il voudroit y être rentré , comme tous ceux qui en

umitiïcDïGoOglc

fis LE DIVORCE.

sont sortis : c'est un Pérou ; il n'y a pas jusqu'aux violons qui n'aient des justaucorps bleus galonnés.

TROTENVILtE.

Je veux que le premier entrechat que je ferai me coupe le cou , si jamais j'y mets le pied ! Vous moquez-vous de moi? Quand on me donneroit un tiers dans l'Opéra, je n'y rentrerois pas. Pour quelques.... quelques femmes, que l'on achète bien, de par tou» les di<iblesl j'irois prostituer ma gloire, et figurer avec le premier venu ! Nous sommes glorieux comme tous les diables dans notre profession. Voulez-vous que je vous parle franchement ? L'Opéra n'est plus bon que pour 'les filles. Il n'y a pas aussi une meilleure condition au monde. Je ne conçois pas l'entêtement des jeunes geils. C'est une fureur, mademoiselle, c'est une fureur; et toutes les coquettes s'en plaignent hautement, et disent que l'Opéra leur enlève les meilleures pratiques, et qu'elles sont ruinées de fond eil comble.

COLOHBINB, Je le crois bien : ces personnes-là ont grande raison ; et si i'étois d'îles , je leur ferois rendre jusqu'à la moindre petite faveur qu'elles auroient reçue.

TROTElTVItLE.

Bel la, la, donnez- vous patience^ on leur fera peut-être tout rendre : mais cependant elles usent en toute rigueur d* leurs privilèges ; et un amant qui n'exprime son amour qu'avec des fontanges et des bas de soie , se morfond dix ans derrière leur porte.

umitiïcDïGoOgk'

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