‹ Œuvres complètes de J. F. Regnard (volume 3)Chapitre 22 sur 246 · ACTE I, SCENE VII · texte numérisé non relu

ACTE I, SCENE VII

ISABELLE, rrgardiat lliabit de Troteaiilla.

Mon dieu , que voilà un joli habit ! Je vous trouve un fonds de bon air que vous répandez sur tout.

TROTEirVILLE.

Fi , madame ! vous vous moquez ; c'est une guenille. Que peut-on avoir pour cinquai^te ou soixante pistolesPJe vondrois que vous vissiez ma garde'i'obe; elle est des plus magnifiques, et si, sans vanité, elle ne me coûte guère.

COLOHBINS.

Ho bien, monsieur, nous U verrons une autre fois; mais présentement je vous prie de danser un menuet avec moi.

TROTENVILLE.

Ouî^à, très volontiers : allons.

COLOHBIHE.

Qui est cet homme-là qui est avec vous ?

TROTEWVILLE.

C'est ma poche. Tel que vous le voyez , il n'y a point d'homme au monde qui gourmande une chanterelle comme lui ; il feroit danser, s'il l'avoit entrepris , tous les invalides et leur hôtel, Vûus allez voir.

(liliaïuiDa prend la pochs dam la qncas da cl>e*al, et en joae; Colombine et Tcotenville dinnat. } Hé bien , madame , qUe

dites-vous de ma danse ?

ISABELLE

Ten suis charmée.

TROTENVILLE.

Ne voulez-vous point que j'aie l'honneur de danser avec vous ?

umitiïcDïGoOgk'

6o LE DIVORCE.

ISABELLE

Pour aujourd'hui, inon^eur, il n'y a pas moyen; je suis d'une fetigue , cela ne se conçoit pas. Mais avant que de me quitter, je tous prie de me dire combien vous prenez par mois.

TROTEHVILLE.

Par mois, madame! c'est bon pour les maîtres à danser fantassins. On me donne une marque chaque visite ; et je veux vous montrer quel a été le travail de cette semaine. Hé ! qu'on m'apporte ma valise.

Vous allez voir. Allez donc. (Oa dilache dd« tiIûc, qae Yoa tpporle pleïnB ie nurqtiBi Eiitei de cartel. } COLOHBIITE.

Ah , mon dieu ! vous avez été plus de vingt ans à faire toutes ces leçons-là.

TBOTEJTVILLE.

Bon, bon! c'est le travail d'une semaine; et si, ce que je vous montre là , c'est de l'argent comptant. Je n'ai qu'à aller chez le premier banquier, je suis sûr de toucher un demi4ouis d'or de chaque billet.

COLOMBIITE.

Un demi-louis d'or pour une leçon ! On ne donnoit autrefois aux meilleurs maîtres qu'un écu par mois.

TROXEWVILLE.

Il est vrai ; mais dans ce temps-là les maîtres à danser n'étoient pas obligés d'être dorés dessus et dessous , comme à présent ; et une paire de galoches étoit la voiture qui les menoit par toute la ville. Mais

umitiïcDïGoOgk'

'ACTE I, SCENE VIL 6t

pr^sentetnent on ne nous regarde pas, si nous n'avons le cheval et le laquais.

COLOHBtXE.

Ah, mademoiselle! voilà votre maître à chanter, M. Amilaré-Bécarre,

ISABELLE, 1 Tioleii*ilI«. .

Ne VOUS en allez pas , monsieur , je vous prie. Je veux que vous entendiez chanter cet homme-là ; c'est un Italien.

TROTEHVILLE.

Très volontiers , madame ; cela me fera bien du plaisir : car tel que vous me voyez , je suis à deux mains, et je chante aussi hien que je danse.

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