FRONTIN
Il n'y a point de coupe-gorge là-dedans.
LE CHEVALIER
Je ne saurois m'appliquer; lis.
F R o N T I K reprend le papier , et lit.
Diogène , parlant du mépris des richesses , disoit :
De mille soins fâcheux la richesse est suiyie ; Mais le philosophe indigent 19 'a qu*un senl soin dans la vie :
C*est de chercher de Targent.
Sur le mépris de la mort :
Tel héros que Von yante tant , Monmt sans en avoir enrie ; Hais un brave joueur perd volontiers la vie , Quand il a perdn son. argent.
Mais , monsieur , au lieu de m'écouter , vous méditez sur le portrait de votre mal tresse.
SUR LE JOUEUR. i85
Si ceci n'est point une fade copie de la soëne de Regnard^ il faut convenir que la scène de Regaard enchérit beaucoup sur son modèle^ ou plutôt qu'il a su convertir en une scène charmante et d'un excellent comique une tirade froide et insipide :
Dans ses heurenses mains le cuivre devient or.
On ne peut disconvenir qu'on a peine à soutenir k lecture de cette scène ^ lorsqu'on vient de lire celle de Regnard.
On retrouve encore dans les deux poètes la scène du mémoire des dettes du Joueur^ avec cette différence, que dans Regnard le valet présente au père de son maître un état véritable de ses dettes; au lieu que dans Dufresny, Frontin, pour tirer de l'argent de la Comtesse, a fabriqué on mémoire de dettes supposées. Voici la scène de Dufresny; c'est la cinquième du second acte.
r & o F T I HT pennade à U Comtetie que le Cheralier quitta Angélique pour e*attacher à elle.
Entre nous , madame, toute la solidité de ce jeune hommelà est pour Yous; il le dit bien lui-même dans ses moments de prudence. Je devrois , dit-il , me laisser eutralner au penchant vertueux que je me sens pour madame la Comtesse.
Quoi ! il t'a parlé en ces termes?
raoNTiH.
Tout au moins» madame , tout au moins. Oui^ je crois qn'il reriendroit de son premier entêtement, s'il avoit le
i86 AVERTISSEMENT
temps de se reconnottre : or, afin qu'il ait le temps de se reconnoltrei mon avis seroit que vous lui fissiez tenir adroitement l'argent nécessaire pour se reconnoitre.
LA COMTESSE
Je t'ai déjà dit que je paierois moi-même.
FKONTIN.
Vous-même ! si ces dettes-là sont d'une espèce libertine , des dettes de garçon , une femme régulière ne doit point entrer dans un détail si déréglé.
LA COMTESSE
Voyons le mémoire.
" Lisons : Mémoire déréglé des dettes envenimées de M. le Chevalier. Premièrement , à M. Frontip. Moi , c'est moi.... Pour gages , profits et deniers prêtés à mon maître y dans ses mauvais jours , 5oo livres.
Pour cet article-ci, vous auriez raison de le payer par vos mains, de vous à moi, sans détour : aussi ma quittance est toute prête.
Nous verrons.
r R o K T I ir.
Plus y quatre-vingts louis d'or neufs pour une partie de paume ébauchée. Vous ne sauriez l'achever vous-même, madame ; il faut qu'il mette argent sous corde ; mais il vous rendra cela sous la galerie. Je lui sers de second; nous avons quatre jeux à un, quarante^cinq à rien , une chasse au pied, et notre bisque à prendre : vous gagnerez, à coup sûr.
Plus, 20O0 livres à quatre-vingt-treize quidams, pour nous avoir coiffés, chaussés, gantés, parfumés, rasés, médicamentés, voitures, portés, alimentés, désaltérés, etc. Une dame prudente ne doit point paroltre dans des payements qui concernent l'entretien d'un joli homme.
Plus, 600 livres pour du ratâfiâ, eta-de-Tie» pitrepile, H antres Uqneurs soldAlesq[aes que tous n'oseries payer ^ de peur d'être soupçonnée d'avoir aidé k la consommation d*iceUes.
n y a encore un article , parole donnée , pour cent pistôles dlionneur i mademoiselle Mimi, lingère du Palais. Vous verres que c'est pour ses appointements : mais vous deves ignorer et payer la pauvre fille incognito , par mon mimstère^ si vous voules.