‹ Œuvres complètes de J.J. Rousseau, avec des notes historiquesChapitre 101 sur 158 · A MADAME LA COMTESSE DE BODFFLERS · texte numérisé non relu

A MADAME LA COMTESSE DE BODFFLERS

A Chiswick, le 6 féTTier 1766.

J'ai changé d'habitation madame, depuis \

I fi|«e j'ai eu l'honneur de vous écrire. M. de Luze, qui aura celui de vous remettre cette lettre, et qui m*est venu voir dans ma nouvelle habitation, pourra vous en rendre compte: quelque agréable qu'elle soit, j'espère n'y demeurer que jusqu'après l'arrivée de mademoiselle Le Vasseur, dont je n'ai aucune nouvelle et dont je suis fort en peine, ayant calculé, sur le jour de âTon départ et sur l'empressement que je lui connois, qu'elle devroit nalurellemeiit être arrivée. Lorsqu'elle le sera, et qu'elle aura pris le repos dont sûrement elle aura grand besoin, nous partirons pour aller, dans le pays de Galles, occuper le logement dont je vous ai parlé, madame, dans ma précédente lettre. Je soupire incessamment après cet asile paisible, où l'on 'me promet le repos , et dont', si je le trouve , je ne sortirai 'jamais. Cependant H. .Hume, plus difficile que moi sur mon bien, craint que je ne le trouve pas si loin de Londres. Depuis l'engagement du pays de Galles, on lui a proposé d'autres habitations qui lui pa* roissent préférables, entre autres une dans i'îfe de Wight , offerte par M. Stanley. L'Ile de Wight est plus à portée, dans un climat plus doux et moins pluvieux que le pays deCalles, et le logement y sera probablement plus com-> mode. Mais le paya est découvert; de grands vents; des montagnes pelées; peu d*arbres; beaucoup de monde ; les Vi^n'es aussi chers qu'à Londres. Tout cela ne m'accommode pas du tout. Le pays de Gafles resseoible entièrement à la Suisse, excepté les habitans. Voilà précisément ce qu'il me faut. Si je me logeois pour mesamiset que M. Uumerestâtà Londres, je serois tenté d'y rester aussi. Mais comme luimême, en suivant ce prindpe, a choisi Paris, et que je ne puis pas l'y suivre, je suis réduit à me loger pour moi . En ce cas, c'est en Galles qu'il faut que j'aille;carenfin, quoi qu'on puisse dire, personne ne connott mieux que moi ce qui me convient. C'est beaucoup, sans doute, de trouver sur la terre un endroit où Ton me laisse : mais si j'en trouve en même temps un où je me plaise, n'est-ce pas encore plus? Si je vais dans l'tle de Wight, j'en voudrai sortir ; mais si je vais au pays de Galles j'y voudrai mourir. Pensez-j bien, madame, je vous en supplie. M. Hume m'a menacé de vous mettre dans son parti. Je vous avoue que je meurs d'envic'de gagu^ do

?ltette; e( je séiw qae je nçivrois jamais assez bien pour moi-même» si vous ne me trouvez bien aussi. J'en dirois presque autant à M. Hume pour tous les soins qu'il a pris et qu'il prend de moi. Je n'imagine pas comment» sans lui» j'aurois pu faire pour me tirer d'affaire.

A X. DU PBYROU.

A Cbfswick, le 15 février 176t.

J*ai reçu presque à la fois deux bien grands plaisirs, mademoiseileLe Vasseur et votre n"" H; j'apprends par Tune et par l'autre combien vous êtes occupé de vosaffaires, et encore plusdes miennes. La nouvelle arrivée n'a rien eu de plus pressé que d'entrer avec moi dans les détails de vos bontés pour elle» qui m'ont louché» sans doute» mais qui ne m*ont pas surpris. Je n'ajoute rien là-dessus; vous savez pourquoi* Je n'attends plus» pour me mettre en route avec elle pour le pays deGalles» qu'un peu de repos pour elle» et un temps plus doux pour tous les deux. La Tamise a été prise» la gelée a été terrible ; nous avons eu l'un des plus rudes hivers dont j'aie connoissance; il semble que la charité chrétienne de messieurs de Berne l'ait choisi tout exprés pour me faire voyager.

Ilademoiselle Le Vasseur ne m'a point apporté la petite caisse» qui n'a dû arriver à Paris que le jour qu'elle en est partie. J'espère que madame de Faugnes aura la bonté d'en prendre soin; je l'ai recommandée aussi à M. de Luze,qui partit samedi dernier en bonne santé» mais fort peu contentdeLondres. Au moyen de toutes vos précautions, j'ai lieu d'espérer que ces papiers me parviendront sains et saufs. Cependant je ne puis me défendre d'en être un peu inquiet, vu l'importance dont ils sont pour les recueils dont je vais m'occuper,

Dans mes deux précédentes lettres» j'entrois dans de longs détails sur l'envoi de mes livres et papiers. J'ai quelque lieu de craindre que la première n'ait été perdue ; mais la deuxième suffit pour vous guider dans l'envoi que vous Toulex m'en faire» et qui réellement me fera grand plaisir dans ma retraite; ce qui m'en feroit bien plus encore» seroit l'espoir de vous y ▼oir un jour. Si jamais M. de Gerjeat vous y attire» j'aurai bien des raisons de l'aimer. Je n'ai

T. lY.

pas ouï parler de lui» et je ne cherche pas ûa nouvelles connoissances; mais, s'il cherche à me voir» je le recevrai comme votre ami, et j'oublierai qu'il croit aux miracles.

Je ne vois pas sans inquiétude votre commerce avec M. Misoprist; j'ai peur qu'il n'en résulte enfin quelque chagrin pour vous. Je ne vous conseille point de faire imprimer son manuscrit; quant à la lettre véritable, ce peut être une plaisanterie sans conséquence. Cependant, je trouve qu'il est au-dessous devons de vous occuper de ce cuistre de Montmollin, et de sa vile séquelle. Oubliez que toute cette canaille existe; ces gens-là n'ont du sentiment qu'aux épaules » et l'on ne peut leur répondre qu'à coups de bâton. Je ne sais ce qu'a dit le moine Bergeron» et ne m'en soucie guère.Quand vous aurez prouvé que tous ces gens-là sont des fripons» vous n'aurez dit que ce que tout le monde sait. Cependant» n'oubliez pas de rassembler toutes les pièces qui me regardent» et de me les envoyer quand vous en aurez l'occasion. Je n'ai vu qu'une seule des lettres de Voltaire dont vous' me parlez; c'est» je crois» L dix-septième ou dix-huitième lettre. Je n'ai point vu non plus la prétendue lettre du roi de Prusse» à moi adressée; et pourquoi vous l'attribuez à M. Horace Walpole» c'est ce que je ne sais point du tout.

On travaille ici à traduire vos lettres» et j'ai donné pour cela mon exemplaire corrigé comme j'ai pu; mais l'ouvrage va si lentement» et la traduction est si mauvaise, que j'aimerois, je crois, presque autant que tout cela ne parût point du tout. Rey auroit désiré les avoir pour les imprimer, et je vous avoue que je suis surpris que vous ne vous serviez pas de lui pour toutes ces petites pièces, dont vous pourriez vous faire envoyer des exemplaires par la poste» plutôt que des imprimeurs autour de vous, qui» environnés des pièges de nos ennemis, y sont infailliblement pris» soit comme fripons, soit comme dupes. 11 me parott certain que Félice a supprimé vos lettres avec autant de soin qu'il a répandu celles de ce misérable. On trouve partout les siennes; on n'entend parler des vôtres nulle part» et assurément ce n'est pas la préférence du mérite qui fait ici celle du cours. Ou n'imprimez rien» ou n'imprîmei qu'au loin » comme j'ai fait.

CORRESPONDANCE

J'attends aujourd'hui M. Guinaud^ avec qui je prendrai des arrangemens pour notre correspondance. J'espère vous écrire encore avant mon départ ; cependant je ne puis causer tranquillement avec vous que de ma retraite.

Je ne sais pas trop ce que signifie Misoprist ; il me parott qu'il signifie ennemi de je ne sais quoi, quoique je m'en doute et vous aussi.

% M. D'iVRRNOIS.

Chiswick. le 35 février 1786.

Je reçois, monsieur, votre lettre du ^" de ce mois. Je sens la douleur qu'a dû vous causer la perte de madame votre mère, et Tamiiié me la fait partager. C'est le cours de la nature, que les parens meurent avant leurs en fans, et que les enfans de ceux-ci restent pour les consoler. Vous avez dans votre famille et dans vos nmis de quoi ne vous laisser sentir d'un telle perte que ce que votre bon naturel ne lui peut refuser.

Vous n'avez pas dû penser que je voulusse être redevable à M. de Voltaire de mon rétablissement. Qu'il vous serve utilement, et qu'il continue au surplus ses plaisanteries sur mon compte ; elles ne me feront pas plus de chagrin que de mal. J'nnrois pu m'honorer de son amitié s'il en eût été capable; je n'aurois jamais voulu de sa protection : jugez si j'en veux, après ce qui s'est passé. Son apologie est pitoyable ; il ne me croit pas si bien instruit. Parlez-lui toujours de ma part en termes honnêtes ; n'acceptez ni ne refusez rien. Le moins d'explication que vous aurez avec lui sur mon compte sera le mieux, à moins que vous n'aperceviez clairement qu'il revient de bonne foi : mais il a tous les torts, il faut qu*il fasse toutes les avances; et voilà cequ'il ne fera jamais. 11 veut pardonner et protéger : nous sommes fort loin de compte.

Je ne connois point M. deCuorchi, ambassadeur de France en cette cour ; et, quand je le connottroisy je doute que sa recommandation ni ce\le d'un autre fût de quelque poids dans Y08 affaires. Votre sort est décidé à Versailles. M. de Beauteville ne fera qu'exécuter l'arrêt prononcé. Toutefois je tente de lui écrire, quoi que je sois très-peu conou de luk Je voudrois

qu'il vous connût et qu'il vous aimftt, ce qui est à peu près la même chose. Une lettre sert au moins à faire connoissance * vous pourrez donc lui rendre la mienne après l'avoir cachetée; si vous le jugez à propos. Je vous l'envoie à Bor^ deaux pour plus de sûreté ; mais surtMt n'en parlez ni ne la montrez à personne. Je vous en ferai peut-être passer à Genève un double par duplicata pour plus de sûreté.

Je vous suis obligé de votre lettre de crédit : je serai peut-être dans le cas d'en faire usage. Selon mes arrangemens avec M. Du Peyrou» il a écrit à son banquier de me donner l'argent que je lui demanderois. Je lui ai demandé vingtcinq louis; il ne m'a fait aucune réponse. Je ne suis pasd'humeurde demander deux fois: ainsi, quand j'aurai découvert l'adresse de MM. Lucadou et Drake, que vous ne m'avez pas donnée, je les prierai peut-être de m'avancer cette somme , et j'en ferai le reçu de manière qu'il vous serve d'assignation pour être remboursé par M. Du Peyrou.

J'aurois à vous consulter sur autre choae. J'ai chez madame Boy de La Tour trois mille livres de France, et mademoiselle I^ Vaaseur quatre cents. L'augmentation de dépense que le séjour d'Angleterre va m'occasionner me htit désirer de placer ces sommes en rentes viagères sur la tête de mademoiselle Le Vasseur. Lepetit revenu de cet argent doubleroit de cette manière, et ne seroit pas perdu pour cette pauvre fille à ma mort. Il se fait, à ce qu'on dit» un emprunt en France; croyez-vous que je pourrois placer là mon argent sans risque? y serois-je à temps? pourriez-vous vous charger de cette affaire ? à qui faudroit-il que je remisse le billet pourreiirercetargent,etcelapourroit-il se faire convenablement sans en avoir prévenu madame Boy de La Tour? Voyez. Dans leloigneineni où je vais être de Londres, les correspondances seront longues et difficiles; c'est pour cela q«s je voudrois, en partant, emporter assez d'argent pour avoir le temps de m'arranger. D*aîlleurs, j'écrirai peu ; j'attendrai des occasions pour éviter d'immenses ports de lettres, et je ne recevrai point de lettre par la poste. J aurai soin de donner une adresse à M. Casenove de partir ; ce que je compte faire dans quin: jours au plus tard. Bon voyage, beurenx ;9Ui'» Jevaus embrasse.

Je tnppoid que vous ayez reçu la lettre que i e TOUS ai écrite de Londres, il y a eny iron trois semaines ou un mois.

Il me vient une pensée. Une histoire de la médiation pourroit deveniran ouvrage intéressant. Recueillez , s'il se peut , des pièces , des anecdotes, des faits sans faire semblant de rien. Je regrette plusieurs pièces qui étoient dans.la malle » et qui seroient nécessaires. Ceci n*est qu'un projet qui , j'espère , ne s'exécutera jamais, au moins de ma part. Toutefois, de ma part ou d'une autre, un bon recueil de matériaux auroit tôt ou tard son emploi. En faisant un peu causer Voltaire , on en pourroit tirer d'excellentes choses. Je vous conseille de le voir quelquefois; mais surtout ne me compromettez pas. *

Je ne comprends pas ce que j'ai pu vous envoyer à la place de cette lettre que je vous écri- 'vois, en vous envoyant celle pour M. de Beauteville. Je me hâte de réparer cette étourderie. Voici voire lettre. Vous pourrez juger si ce que j'ai pu vous envoyer à la place demande de m'étre'renvoyé. Pour moi, je n'en sais rien.

ât ■• LB CBBVàUBR DB BBAUTBVtLLB.

▲ Chtewick, te » féfrier I76S.

Monsieur,

C'est au nom, cher à votre cœur, de feu H. le maréchal de Luxembourg , que j'ose rappeler à votre souvenir mfr homme à qui l'honneur de son amitié valut celui d'être connu de vous. Dans la noble fonction que va remplie vMre excellence vous entendrez» quelquefois- parier de cet infortuné* Voue GOnnottrez ses malheurs dans leur source^ et vous jugerez s'ils étoient mérités. Toutefois, quelque bonfiance qu'il ait en vos sentimeiM intègres et généreux , il n'a rien à demander pour lui-même ; il sait ei\jdtirer des torts qui ne sont point réparés ; mais il ose» monsieur, présenter à votre excellence un homme de bien, son ami, eidigne^le l'être de tous les honnêtes gens. Vous voudrez connottre la vérité, et prêter à ses défenseurs une oreille impartiale. M. d'Ivemois est en étal de ▼o«B la dire et par lui-même et par ses amis, tous estimables par leurs mœurs , par leurs

vertus, et par leur bon sens. Ce ne sont point des hommes brillans, intrigans, versés dana l'art de séduire; mais cesont de dignes citoyens, distingués autant par une conduite sage et mesurée, que par leur attachement à la constitua tion et aux lois. Daignez, monsieur, leur accorder un accueil favorable, et les écouter avec bonté. Ils vous exposeront leurs raisons et leurs droits avec toute la candeur et la simplicité de leur caractère, et je m'assure que vous trouverez en eux mon excuse pour la liberté que je prends de vous les présenter.

Je supplie votre excellence d'agréer mon profbnd respect.

k M. LB COMTE OBLOPr

Sar l'offre i lui faite par ce seigneur d'une retraite dans une

de ses terres en Russie.

Haltoo, le 25 février I76S.

Vous VOUS donnez, monsieur le comte, pour avoir des singularités : en cfFet, c'en est presque une d'être bienfaisant sans intérêt ; et c>n est une bien plus grande de Têire de si loin pour quelqu'un qu'on ne connott pas. Vos offres obligeantes, le ton dont vous me les avez faites, et la desoription de l'habitation que vous me destinez, seroienc assurément très-capables d^ m'y attirer, si j'étois moins infirme, plus allant, plus jeune, et que vous fussiez plus prés du soleil: je cvaindrois d'ailleurs qu*en voyant celui que vous honorez d une invitation, vous n'y eussiez quelque regret : vous vous attendriez à une manière d'homme de lettres , un beau diseur, qtri devroit payer en frais d'esprit et de paroles votre généreuse hospitalité; et vous n'auriez qu'un bonhomme bien simple, que son goût et ses malheurs ont rendu fort solitaire, et qui, pour tout amusement, herborisant toute la journée , trouve dans ce commerce avec les plantes cette paix si douce i son cœur, que lui ont refusée les humains*

Je n'irai donc pas, monsieur, habiter votre maison ; mais je me souviendrai toujours avec reconnoissance que voua me l'avez offerte , et je regretterai quelquefois de n*y être pas pour cultiver le» bontés et l'amitié du maître.

Agrées, monsieur le comte, je vous supplie^

CORRESPONDANCE

mes remerclmens très-sincères et mes trè>bumbles ealutatiuns.

A H. DU PEVROU,

A Cbbwick, le 1 nun 1T«e.

Depuis votre n* H, mon cher hAte, je n'ai rien reçu de vous, ei, comme vous m'avez accoutumé à des lettres plus fréquentes, ce retard m'alarme un peu sur votre santé. Je vous ai écrit deux fois par M. Guinard : si vous eussiez reçu mes lettres , vous ne les auriez pas laissées sans réponse. Comme la conduite de H. Cuinard me le rend un peu suspect, je prendsle parti de vous écrire pard'autres voies, ' jusqu'à nouvel avis de votre part. En général, je serai plus tranquille sur notre correapondance, quand personne de Neuchâiel, ni qui tienne aux Neuchftielois, n'y aura part.

Hademoiselle Le Vasseur m'a remis le paquet que vous lui avez confié ; j'y ai trouvé les papiers cotés, dans la lettre, et entre autres celui que voui pas décacheter ;

vous serez ol m cher hAce ; et,

comme le ca jz n'est pas dans

l'ordre natui i elle, ni moi, ne

serons pas a sour que le pa-

quet soit jan

Je n'entends plus parler ni de Hondt ni de vos lettres, dont je lui ai donné le seul exemplaire qui meresioiiîpour le foire traduire et imprimer. Il scroit singulier que vos tanpes, qui travaillent (objours sous terre , eussent poussé jusque-là teurs chemins obscurs. Rey est le seul libraire à qui je me fie ; il y a du malheur que jamais vous ne vous soyez adressé à lui : il est sût et ardent ; l'ouvrage auroit couru partout, malgré le sicaire et les brigands de sa bande ; c'est maintenant une vieille affaire qu'il est inutile de renouveler. Mais ne manquez pas, je vous prie, de m'envoyer avec mes livres un autre exemplaire de vos lettres, el deux ou trois de la Vision.

Certaines instructions m'ont un peu dégoAté. non du pays de Galles, mais de la maison que j'y devols habiter. Je ne sais pas encoreoù je me fixerai ; chacun me tiraille de son cAté, el quand je prendsune résolution, tous conspirentàm' en faire changer. Je compte pourtant être absolu-

ment déterminé dans moins de qniBta Jeun, et j'aurai soin de tdqb informer de la réBototiM que j'aurai prise. En attendant, vous pouvet m'écrjre sous le couvert de MM. Lueadou tmd Drak, marckantt , in VnioH^Com-t, Bnad Street , London. Donnez-moi de vos MMirelle*. Je vous embrasse.

Recevez mille remerctmeni et salutaiionade mademoiselle LeVasaeur, qui vous prie aussi He joindre ses reqiects aux miens prés de madame la Commandante.

Enfin , mon cher (lAte , après un silence de six semaines, votre n* iS vient me tirer de peine. Je vois que mes lettres ne vous parviennent pas fidèlement. Tâchons donc d'établir une règle plus lente, puisqu'il le faut, mais plu sAre. Je vous écrirai sous l'adresse de Paris que vous me marquez, et vous pourrez, par la même voie, m'écrire sous celle-ci :

To MM. Lncadutt and Drak, Union-Court, London.

En quelque lieu de l'Angleterre que je soU, ces messieurs auront soin de m'y faire passer vos lettres ; mais ne vous chargez d'aucunes lettres, et ne donnez mon adresse i persoiuae.

J'ai reçu les trente livres sterling dont vous m'avez envoyé l' assignation* et vous voyez que celte voie est la plus prompte pour cet eSeu Je ne voalois pas m'éloigner de Londres que je ne fusse bien pourvu d'argent, k cause da temps qu'il me faudra pour m'ouvrir des correspondances sAroe et commodes pouren recevoir. En attendant, j'ai été faire une promenade dans la province de Surrey.oA j ai été extrâmement tenté de me fixer ; mais le trop grand voisînagede Londres, ma passion croissante ponr la retraite, et je nesais quelle fatalité qui medécermine iridépendamment delà raiBOn,m'en traînent dans les montagnes de Derbyshire, et je compte partir mercredi prochain pour aller finir mes jours dans ce pays- là . Je brilkle d'y dire pou r reepirerapréstantdefotiguescidecourses.et potir m'entretenir avec vous plus .à mon aise <]ue jm

ANNÉE i766.

n'ai pu faire jusqu'à préscnl. Je décrirai mon habitation, mon cher hôte, dans l'espoir de vous y Toir quelque jour user de votre droit, puis user davantage du mien dans la vôtre. Si cette douce idée ne me oonsoloitdansma tristesse, je craindroiaque l'air épaisde cette Ile ne prit à la fin trop sur mon humeur.

M* Hume m'a donné l'adresse ci-jointe pour son ami, M. Walpole, qui part de Paris dans un mois d'ici; mais par des raisons trop longues à déduire par lettres, je voudrois qu'on n'eosployàt cette voie que faute de toute autre. On m*a parlé de la prétendue lettre du roi de Prusse, mais on ne m'avoit point dit qu'elle eût été répandue par M. Walpole ; et quand j'en ai parlé à H. Hume, il ne m'a dit ni oui ni non.

Je n'entends point parler des traductions de vos lettres : M. Hume m'a pourtant dit qu'elles iilloient leur train ; mais on ne m*a rien montré. Ces relations ne peuvent faire aucune sensation dans ce pays, où Ton ne sait pas même que j ai eu des affaires à Neuchàtel, dont les préures ne sont connus que par le sort du pauvre Petit- Pierre. Ces misérables sont partout si méprisés, que s'occuper d'eux, c'est grêler sur le persil. Croyez-moi, oublies-les totalement ; à quelque prix que ce soit, ils sont trop honorés de notre souvenir. On sait ici que j'ai été persécuté à Genève, et Ton en est indigné. Le clergé anglois me regarde à peu près comme un confesseur de la foi. Du reste, il se lient ici comme dans toute grande ville, beaucoup de propos ineptes, bons et mauvais. Le public en général ne vaut pas la peine qu'on s'occupe de lui.

Comment va votre b&timent? Ëst-il confirmé que vous aurez de l'eau? Quoique absent , je m'intéresserai toujours à' votre demeure , et mon cœur y habitera toujours.

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