A MADAME LA DUCHESSE DE PORTLAND
WooUon, le 3 septembre 1766.
Madame ,
Quand je n'aurois eu aucun goût pour la botanique, les plantes que M. Granville m'a remises de votre part m'en auroicnt donné ; et, pour mériter les trésors que je tiens de vous, je voudrois apprendre à les connoître ; mais, madame la duchesse, il me manque le plus essentiel pour cela, et ce n'est pas assez pour moi 4o vos herbes, il me faudroit de plus vos instructions ; que ne suis-je à portée d'en profiter quelquefois! Si, commençant trop tard celte étude. Je n'avois jamais l'honneur de savoir, j'aurois du moins le plaisir d'apprendre et celui d'apprendre auprès de vous : j'y trouverois cette précieuse sérénité d'âme que donne la contemplation des merveilles qui nous entou-
rent ; et, que j'en devinsse ou non meilleur Imv taniste , j'en deviendrois sûrement et plus sape et plus heureux. Voilà, madame la duchesse, un bien que j'aime à chercher à votre exemple, et qu'on ne recherche jamais en vain;plusrei* prit s'éclaire et s'instruit, plus le cœiir demeure paisible; l'étude de la nature nous détache de nous-mêmes et nous élève à son auteur. C'est en ce sens qu'on devient vraiment philosophe: c'est ainsi que l'histoire naturelle et la botanique ont un usage pour la sagesse et pour la vertu. Donner le change à nos passions par le goût des belles connoissances, c'est enchaîner les amours avec des liens de fleurs.
Daignez, madame là duchesse, recevoiraTK bonté mon profond respect.
A H. ROtlSTAN.
WoottOD, le 7 septembre 1966.
Vous méritez bien , monsieur, Yewptm que je fais pour vous de très-bon cœarioparti que j'ai pris de rompre toute corresponltncftde lettres, et de n'écrire plus à personne, bon les cas de nécessité. Je ne veux pas vonslaisenn moment la fausse opinion que je ne vois en toih qu'un homme d'église, et j'ajouterai qoe je sois bien éloigné de voir les ecclésiastiques en général de l'œil que vous supposez : ils sonibies moins mes ennemis que des instrumens aveugles et ostensibles dans les mains de mes ennemis adroits et cachéf. Le clergé catholiqne, qui seul avoit à se plaindre de moi, ne in*a j^ mais fait ni voulu aucun mal; et le clergé protesunt, qui n'avoit qu'à s'en louer, nem'ena fait et voulu que parce qu'il est aussi stupide que courtisan, et qu'il n'a pas vu que ses ennemis et les miens le faisoient agir pour me nuire contre tous ces vrais intérêts. Je reviens à vous, monsieur, pour qui mes sentimens n ont point changé, parce que je crois les vôtres tonjours les mêmes , et que les hommes de toire étoffe prennentmoins l'esprit de leurétat qu ils n'y portent le leur. Je n'ai pas'^raint que les cUmeurs de M. Hume fissent impression saf vous, ni sur M. Abauzit, ni sur aucun de ceax qui me commissent ; et, quant au public, il^ mort pour moi ; ses jugemens insensés l onliw
dans mon cœur : je ne connois plus d'autre bien que celui de la paix de Tânie et des jours achevés en repos, loin du tumulte et des hommes ; et si les méchans ne veulent pas m'oublier, peu mimporte; pour moi, je les ai parfaitement oubliés. M. Hume, en m*accablant publiquement des outrages que vous savez, a promis de publier les faits et les pièces qui les autorisent. Peut-être voudroit-il aujourd'hui n^avoir pas pris oat. engagement, mais il est pris enfin ; B*il le remplit, vous trouverez dans sa relation Téclaircissement que vous demandez; s'il ne le remplit pas , vous en pourrez juger par là même : un tel silence, après le bruit qu'il a fait, seroit décisif. Il faut , monsieur, que chacun ait son tour; c'est à présent celui de M. Hume : le mien viendra tard ; il viendra toutefois , je m'en fie à la Providence. J'ai un défenseur dont les opérations sont lentes, mais sâres ; je les attends, et je me tais. Je suis touché du souvenir de M. Abauzit et de ses obligeantes inquiétudes : saluez-le tendrement et respectueusement de ma part ; marquez-lui qu'il ne se peut pas qu'un homme qui sait honorer dignement la vertu, en soit dépourvu luimême : assurez-le que, quoi que puissent faire et dire, et M. Hume, et les gazetiers, et les plénipotentiaires, et toutes les puissances de la terre, mon Ame restera toujours la même : elle a passé par toutes les épreuves, et les a soutenues; il n'est pas au pouvoir des hommes de la changer. Je vous remercie de l'offre que vous me faites de m'instruire de ce qui se passe ; mais je ne l'accepte pas : je ne prévois que trop ce qui arrivera, comme j'ai prévu tout ce qui arrive. La bourgeoisie n'a démenti en rien la haute opinion que j'avois d'elle; sa conduite, toujours sage, modérée , et ferme dans d'aussi cruelles circonstances, offre un eymple peutêtre ^ique, et bien digne d'être célébré. Jamais ils n'ont mieux mérité de jouir de la liberté qu'au moment qu'ils la perdent ; et j'ose dire qu'ils effacent la gloire de ceux qui la leur ont acquise. Vous devriez bien, monsieur, former la noble entreprise de célébrer ces hommes magnanimes, en faisant l'oraison funèbre de leur liberté : votre cœur seul , même sans vos falenSf suffiroil pour vous faire exécuter supérieurement cette entreprise ; et jamais Isocraie et Démosthène n'ont traité de plus grand
sujet Faites-le>, monsieur, avec majesté et simplicité; ne vous y permettez ni satire ni invective, pas un mot choquant contre les destructeurs de la république; les faits, sans y ajouter de réflexion , quand ils seront à leur charge. Détournez vos regards de l'iniquité triomphante, et ne voyez que la vertu dans les fers. Imitez cette ancienne prêtresse d'Athènes, qui ne voulut jamais prononcer d'imprécations contre Alcibiade, disant qu'elle étoit ministre des dieux, non pour excommunier et maudire, mais pour louer et bénir.
A myijord maréchal.
7 lepiemLre I7C6.
Je ne puis vous exprimer, mylord, à quel point, dans les circonstances où je me trouve, je suis alarmé de votre silence. La dernière lettre que j'ai reçue dé vous étoit du... Seroit-il possible que les terribles clameurs de M. Hume eussent fait impression sur vous, et m'eussent, au milieu de tant de malheurs, été la seule consolation qui me restoit sur la terre? Non, mylord , cela ne peut pas être; votre ême ferme ne peut être entraînée par l'exemple de la foule : votre esprit judicieux ne peut être abusé à ce point. Vous n'avez point connu cet homme, personne ne l'a connu, ou plutôt il n'est plus le même. Il n'a jamais haï que moi seul ; mais aussi quelle haine I un même cœur pourroit-il suffire à deux comme celle-là? Il a marché jusqu'ici dans les ténèbres, il s'est caché; mais maintenant il se montre à découvert. Il a rempli l'Angleterre, la France, les gazettes, l'Europe entière , de cris auxquels je ne sais que répondre, et d'injures dont je me croirois digne si je daignois les repousser. Tout cela ne décèle-t-il pas avec évidence le but qu'il a caché jusqu'à présent avec tant de soin? Mais laissons M. Hume, je veux l'oublier malgré les maux qu'il ma faits : seulement qu'il ne m'ôte pas mon père; cette perte est la seule que je ne pourrois supporter. Âvez-vous reçu mes deux dernières lettres, l'une du 20 juillet et Tautre du 9 août? Ont-elles eu le bonhenr d'échapper aux filets qui sont tendus tout autour de moi, et au travers desquels peu de chose passe? Il parolt
CORRESPONDANCE
que f hteiition de mmi penécoteur et de ses amis est de in*6ier toute communication avec le continent, et de me faire périr ici de douleur et de misère; leurs mesures sont trop bien prises pour que je puisse aisément leur échapper. Je suis préparé à tout et je puis tout supporter hors votre silence. Je m'adresse à M. Rougemont; je ne connois que lui seul à Londres à qui j'ose me confier : s'il me refuse ses services, je suis sans ressource et sans moyen pour écrire à mes amis. Ah, mylord! quMI me Tienne une lettre de vous, et je me console de tout le reste 1
A M. R!CBàRD DATSNPORVi
Wootton, le H septembre 1766.
Après le départ, monsieur, de ma précédente lettre, j*en reçus enfin une de M. Becket : il me marque que les estampes sont dans une des autres caisses; ainsi je n*ai plus rien à dire : mais TOUS m*avouerez que, ne les trouvant pas dans la caisse où elles dévoient être, et trouvant les portefeuilles vides, il étoit assez naturel que je les crusse perdues. Il me reste à vous faire mes excuses de vous avoir donné pour cette affaire bien de l'embarras mal à propos.
Vous recevez si bien vos hdles, et votre habitation me paroit si agréable, que j'ai grande envie de retourner vous y voir l'année prochaine. Si vous n'étiez pas pressé pour la plantation de votre jardin et que vous voulussiez attendre jusqu'à l'année prochaine, il me vicndroit peutêtre quelques idées, car, quant à présent, j'ai l'esprit encore trop rempli de choses tristes, pour qu'aucune idée agréable vienne s'y présenter; mais l'asile où je suis, et la vie douce que j*y mène m'en rendront bientôt, quand rien du dehors ne viendra les troubler. Puisseje être oublié di\ public, comme je l'oublie I Quoi que vous en disiez, je préférerois, et je croirois faire une chose cent fois plus utile de découvrir une seule nouvelle plante , que de prêcher pendant cinquante ans tout le genre humain.
Nous avons depuis quelques jours un bien maufais temps, dont je serois moins affligé si j'espérois qu'il ne s'étendit pas jusqu'à Davenport. J'en salue de tout mon cœur les hdbitans, €t surtout le bon et aimable maître.
A aYLOBo uâalcBa.
Je n'ai pas besoin , mylord , de vous dire combien vos deux dernières lettres m oni hit de plaisir et m'étoient nécessaires. Ce plaisir i pourtant été tempéré par plus d'un irticje, par un , surtout, auquel je réserve um ieure exprès, et aussi par ceux qui regardent U.Hb* me, dont je ne saurais lire le nom, ni rien qui s'y rapporte, sans un serrement de cœar et un mouvement couTulsif » qui fait pis que de ne tuer, puisqu'il me laisse Tivre. Je ne chercke point, mylord, à détruire ropinion qaeToa aTez de cet homme, ainsi que toute TEorope; mais je tous conjure, par votre coBorpiteriMl, de ne me reparler jamais de lui sani li pis grande nécessité.
Je ne puis me dispenser de répondre à a que TOUS m'en dites dans Totre lettre do 5 de ce mois. Je tfois avec douieur^ me nar^ TOUS, qM0 vas ennemis metinmiïïitrkmifkéÊ M. Hume tout ce qu*ii leur plaira ^qsàetm démêlé d'enire vniusei lui. Maisquepnnoieikiils faire de plus que ce qu'il a fsii lut-nèntl Diront-ils de moi pis qu*il n'en n dit dtaiia lettres qu*il a écrites à Paris, par toite ÏCsrope, et qu'il a fait mettre dans toouskkfjt" zettes ? Mes antres ennemis me fontda pisqt i^ peuTent et ne s'en caohent guère; lui faitpH qu'eux et se cache , et c'est lui qui ne m»* quera pas de mettre sur leur compte le wl que jusqu'à ma tnort il ne cessera de me ^ en secret.
Vous me dites encore, mylord, queietroin mauTais que M. Hume ait sollicité la peosioi du roi d'Angleterre à mon insu. GommeotaT» vous pu vous laisser surprendre au point d'tf* Armer ainsi ce qui n'est pas t Si cela étoit vni, je serois un extravagant tout au moins ;aiti rien n'est plus faux. Ce qui m'a fâché, c'iUMi qu'avec sa profonde adresse il se soit serride cette pension , sur laquelle il revenoit à noi insu, quoique refusée, pour me forcer de In motiver mon refus et de lui faire hi déclantio> qu'il vouloit absolument avoir et que je vodIm éTiter, sachant bien l'usage qu'il en vouM faire. Voilà, mylord, l'exacte Tériié, donij'»» les preuves, et que vous pouTez affirmer.
GricM au cmI) \'ù fini quant i présent sur ce qai regarde M. Home. Le sujet dont j'ai mainlenant i vous parler est lel que je ne puis me résoudre à le mêler arec celui4à dans la même lettre ; je le réserve pour la première que je vous écrirai. Ménagez pour moi voa précieux ours, je vous en conjure. Ahl vous ne sarec Bs,dans l'abîme de malhears oà je auis plongé, quel scroitpourmoi celui de TOUS survivre I
Le cas que vous m'exposez, madame, est dans le fond très-commun, mais mêlé de choses si extraordinaires, que votre lettre s l'air d'un roman. Votre jeune homme n'est pas de son siècle ; c'est un prodige ou un monstre. Il y a des monstres dans ce siècle, je lésais trop, mais plus vils que courageux, et plus fourbes que féroces. Quant aux prodiges, on en voit si peu que ce n'est pas la peine d'y croire, et si Cassius en est un de force d'flme, il n'en est assurément pas un de bon sens et de raison.
Il se vante de sacrifices qui, quoiqu'ils fassent horreur, aerpient grands s'ils étoieat pénibles, et seroient héroïques s'ils étoient nécessaires; mais oii, faute de l'une ou de l'antre de ces conditions, je ne vois qu'une extravagance qui me fait très-mal augurer de celui qui les a faits. Convenez, madame, qu'un amant qui oublie sa belle dans un voyage, qui eo redevient jimoureux quand il la revoit, qui l'épouse et puis qui s'éloigoe, et l'oublie encore, qui promet sèchement de revenir à ses coucbei et n'en fait rien, qui revient enfin pour lui dire qu'il l'abandaDue, qui part et ne lui écrit que pour confirmer cette belle résolution; convenez, dis-je, que si cet homme eut de l'amour, il n'en eut guère, et que la victoire dont il se vante avec tant de pompe, lui coAte probabl«neut beaucoup moins qu'il no vous dit.
Hais.supposantcetamourassez violent pour se fnin honneur du sacrifice, où en est la nécessité? C'est ce qui'me passe. Qu'il s'occupe du sublime emploi de délivrer aa patrie, cela est fort beau, et je veux croire que cela est
utile; mais ne se permeltre aucun sentiment étranger é ce devoir, pourquoi cali Y Tous lea sentimeus vertueux ne s'étayent-ila pas lea uns les autres, et peut-on en détruire on sans les afbibir lous?Xat cm long-tempt, dit-il, «nn(inermtsaffeclions avec mei devoirs. n a' japoim là de combinaisons é bire, quand ces affections elles-mêmes sont des devoirs.' L'tUusi'on cette, et je voit qu'vn vrai citoyen doit let abolir. Quelle est donc cette illusion, et où a-t-il pris cette affreuse maximel S'il est de tristes situations dans la vie, s'il est de cruels devoirs qui nous forcent quelquefois h leur en sacrifier d'autres, à déchirer notre cœur pour obtiri la nécessité pressante ou à l'inSezible vertu, en est-il, en peut-il jamais être qui nous forcent d'étouSèr des sentimens- aussi légitimes que ceux de l'amour filial, conjugal, paternel? et tout homme qui se fait une exprease loi de n'être plus ni fils, nimari, ni pbre, oae-t-il usurper le nom de citoyen, ose-t-il usurper le nom d'homme ?
On diroit, madame, en lisant votre lettre, qu'il s'agit d'une conspiration. Lea conspirations peuvent être des actes héroïques de patriotisme, et il y en a eu de telles; mais presque toujours elles ne sont que des crimes punissables, dont les auteurs songent bien itioinsàservir.-la patrie qu'A l'asservir, et à la délivrer de ses tyrans qu'à l'être. Pour moi, je vous déclare que je ne voudrois pour rien au monde avoir tr la plus légi-
time; p l'entreprisea
ne peui s, sans dés-
ordres, s sans effu-
sion de e sang d'un
seul ho prix que la
liberté de tout le genre humain. Ceux qui aiment sincèrement la liberté n'ont pas besoin, pour la trouver, de tant de machiaes, et, sans causer ni révolutions ni troubles, quiconque veut êire libre l'est en effet.
Posons toutefois cette gr«ode entreprise comme un devoirsacré qui doit régner sur tous les autres ; doit-il pour cela les anéantir, et ces différons devoirs sont-ils donc i tel point incompatibles qu'on ne puisse servir la patrie sans renoncer h l'humanité! Votre Caaaios estil donc le premier qui ait formé le prpjet de délivrer la sienne, et ceux qui l'ont exécuté l'ont-
CORRESPONDANCE
ils fait «a prix des sacrifices dont il se vante? l.ea Pélopidas» les Bratos» les vrais Cassius» et unt d'autres* ont>ils en besoîB d'abjqrer tous les droits du sang et de la nature pour accomplir leurs nobles desseins? Y eut*il jamais de meilleurs fils» de meilleurs mi^ris, de meilleurs pères que ces grands hommes? La plupart» au contraire» conoeriêrent leurs eotrepriseaau sein de leurs f^imilles ; et Drutus osa révéler, sans nécessité, son secret i sa femme, uniquement parce qu'il la trouva digne d'eii être dépositaire* Sai|s aller si loin chercher des exemples^ je puis, m2^dame,VQQsen citer an plus moderne d'un héros à qui rien ne manque pour être à côté de ceux de Tantiquité, que d'être aussi connu qu'eux ; c'est le comte Louis de Fiesque, lorsqu'il voulut briser les fers de Gènes, sa patrie, et la délivrer du joug des Doria. Ce jeune homme si aimable, si vertueux, si parfait, forma ce grand dessein presque dès son enfance, et s'éleva, pour ainsi dire, luî*mème pour l'exécuter. Quoique très-prudent, il le confia i son frère, à sa famille, à sa femme aussi jeune que lui ; et, après des prépari^tib très-grands, trè^ lenu» irés-diffiiiles, le secret fut ai bien gardé, l^entreprise fut bï bien concertée et eut un si plein succès, que le jeune Fiesque étoit maître deGènes au moaienl qu'il péritpar un accident. Je ne dis pas qu'il soit sage de révéler ces sortes de secrets, même à ses proches, sans la plus grande nécessité : mais auure chose est, garder son secret, et autre chose, rompre avec ceux à qui on le cache : j'accorde même qu'en méditant un grand dessein l'on est obligé de s'y livtvr quelquefois au point d'oublier, pour un temps, des devoirs moins pressens peut-être, mais non moins sacrés sitêt qu'on peut les remplir ; mais que, de propos délibéré, de galté de cœur, le sachant, le voulant, on ait avec la barbafie de renoncer pour jamais à tout ce qui nous doit être cher, celle de l'accabler de cette déclaration cruelle, c'est, madame, ce qu'aucune situation imaginable ne peut ni autoriser ni suggérer même à un homme dans son bon sens qui n'est pas on monstrç. Ainsi je conclus, quoique à regret, que votre Cassius est fou, tout au moins; et je vous avoue qu'il m'a toutà-fait l'air d'un ambitieux embarrassé de sa fomme, qui veut couvrir du masque de K'hé- ■roisme son inconstance et ses projets d'agran-
dissement : or, ceux qui savent employer à Mn ftge de pareilles ruses sont des gens qu on ne ramène jamais, et qui rarement en valent u peine.
Il se peut, madame, queje me trompe; c'est à vous d'en juger. Je voudrois avoir des choiet plus agréables à vous dire; mais vous me demandez mon sentiment, il faut vous le dire, oq me taire, ou vous tromper. Des trois partis fai choisi le plus honnête et celui qui pouvolt le mieux vous marqueri madame, ma défërenct et mon respect.
DU PBYROD.
▲ WootloD. le 4 ocKibie iTtt.
J'ai reçu, mon cher bête, votre lettre s* S2; je n'ai pas besoin de vous dire quel eieteilii fait sur moi ; j'ai besoin plutêt de vous din qu'elle ne m*a pas achevé. Celle r SOoeae préparoit pas à celle-là ; ce que vous vmiaii à Panckoucke m'y préparoit encore now; et j'aurois juré, surtout après la prommiin vous m'aviez faite, que vous étiez i Fiftwn du voyage de Genève. J 'a vois tort; jedenoi savoir mieux que personne qu'il ne faot jurer de rien. Le soin que vous prenez deflMramaser les jugemens du public sur mon conpie m'apprend assez quels sont les vêtrea, et jefoii que si vous exigez que je me ju8tiSs»o'eitNrtout auprès de vous ; car, quant au pabllet von savez que vos soins là-deasns sont instiles, que mon parti est pris sur ee point, et qos de aei vivant je n'ai plus rien à lui dire.
Mais, avant de parler de ma jnsMtotiQi, parlons de la vêtre ; car enfin je n'ai aucun tort avec vous, que je sache, et vous en ara avec moi de peu pardonnables ; puisqu'avaotdeie résoudre d'accabler un ami dans monitit,! fauts'assurer d'avoir dix fois raison, apréi quoi l'on a tort encore, rentre en matière.
Je vous disots dans ma précédente lettreqoti lorsqu'on vous marqua que la pension m'avoit été offerte, cela étoit vrai; mais que lorsqu'on ajouta que je l'avois refusée, cela étoit (aux; qu'il étoit faux même que j'euase ators riotci* tion de la refuser; que, comme c'étoit aloii un secret, je n'en avois parlé à qui qo6 ce fût;
qu*il CilloU donc que ce bruit anticipé Fût venu | de M. Hume» qui lui-même avoit exigé le secret» etc.» etc.
Là-desBue» yoici votre réponse : de peur de la mal extraire, je la transcrirai mot à mot.
« Voire lettre au général Goniray est da 42 I mai, et l'affabre de votre démêlé n'a éclaté 9 dans ce pays et à Genève que sur la fin de N juillet; à Paris, dans le courant du même » mois, ou dans celui de juin. Il est donc pos* » sible que M. Hume n'ait parlé, dans sa lettre
• à d'Alembert» de votre pension, que sur le
• rofos de Tacoepter faift à M* Gonway. Je dis i possible, parce que, n'ayant pas la date de la
• lettre i d' Alembert, je ne peux pas l'assurer ; » mais l'époqbe en est du mois de juin au plus
• tftt. Ainsi« la conséquence que vous tires oon*
• tre Hume de cette circonsunce n'est p^ 9 néecasaire, et le secret ébruité de la pension
• n'a tm lieu qu'après votre refus. Je vous fois
• cette réflexion pour voUs engager à bien » combiner les dates, à bien vous en assurer»
• avant d'établir sur elles aucunes inductions. 9 II me sera difficile d'avoir la date de cette 9 lettre à d'Alcmbcrt, puisqu'elle ne se corn-
• munique plus, mais je tâcherai d'en savoir ■ ce que je pourrai. Ce que j'en sa vois venoit
• d'une lettre de M. Fischer au capitaine 9 SteinerdeCouvet; la lettre était de fraîche 9 date, et je vous écrivis sur-le-champ son » contenu, et cela le 54 juillet. »
Il parott, par toat ce récit, que je vous en ai imposé dans le mien, en antidatant le bruit répandu de mon rcfuft^ pour en accuser M. Hume. Je crois que vous n'avez pas tiré positivement cette conséquence; mais comme elle suit nécessairement de votre exposé, surtout de la fin, il a bien fallu, malgré vous, qu'elle se présentât au moins dans l'éloignenient, puisqu'il étoit totalement impossible, de la manière que vous présentez la chose, que je fusse dans l'erreur sur ce point ; et, quand j*y auroisété, cette erreur sur pareil sujet eût été une étourderie impardonnable à mon âge, et ne pouvoit que rendre mon caractère très-sus^ pect. Or, sans vous parler des devoirs de l'amitié, ceux de l'équité, de l'humanité, du respect qu'on doit aux malheureux, vouloient que vous commençassierpar bien vous assurer des faiu qui enirainoient cette conséquence, et
que vous ne vous fiassiez pas légèrement i votre mémoire pour m'imputer une pareille méchanceté. Avant d'aller plus loin, je vous supplie de rentier ici en vous4ttéme, et de vin» demander si j'ai tort ou raison.
Suivez maintenant ce que j'ai à vous dire.
Premièrement je viens de relire, en «itier, votre lettre du 54 juillet, n^ 50, et je n'y ai pas trouvé un seul mot de M» d'Alembert, ni de M, Fischer, ni de M. Steiner, ni de rien de ce que vous di^es y avoir, mis à ce sujet, et il n'en est question, que je sache, dans aucune autre de vos lettres.
Mais voici ce que vous m'écriviez le 4 6 mars, dans votre n° 24 :
« Si vous avez besoin d*un homme sûr, I adressez-vous hardiment à mon ami Gerjea t ; t je vous fournis son adresse à tout événement. » Il me dit que l'on prétend que le roi vous a 9 offert une pension que vous avez refusée, 9 par la raison que vous n'aviez pas voulu ac-
• cepter celle que le roi de Prusse vouloit vous 9 foire, que vous ne voulez pas recevoir des
• Suisses, et que vous vous plaignez de l'ac- » cueil que vous avez trouvé en Angleterre. »
Voici là-dessus comment je raisonnois en Tons écrivant te 46 août.
M. de Cerjeat n'a pu tous écrire de Londres plus tard que le commencement de mars, ce que vous me marquez de Neuchâtel du 4 6.
Or, au commencement de mars, j'éioîa encore à Londres, d'où je ne suis parti que le 4 # pour ce pays.
Au commencement de mars,ll. Hume avoit encore toute ma confiance, et j*avois eu la bêtise de ne pas le pénétrer, quoiqu'il entrât dans son profond projet que je le pénétrasse et que ||^rsonne au monde ne le pénétrât que moi seul.
Au commencement de mars, j'étois très-déterminé, sauf Taveu de mylord maréchal, d'accepter la pension si réellement elle m'étoit donnée ; chose dont, a la vérité, j'ai toujours douté.
Et au commencement de mars, je n'avots parié de cette pension â qui que ce fût qu'au seul mylord maréchal, du consentement do M. Hume, et l'on ne pouvoit encore avoir la réponse.
Je concluois de là qu'il falloit que le bruit.
CORRESPONDANCE
parrena à M. de Geijeat eût ité répandu par M, Humoi qui m^avoit recommandé le secret» '^i je pensoia^ comme je le pense encore, qu'il oût peut-être ététrès*Unportantpour moi qu'on pût remonter à la spnrce de ce premier bruit: mais j'arone que dans l'état déplorable où j'achève ma malheureuse vie, il est plus aisé de m*accabler que de me servir.
Combinez e| concluez vous-même : pour moi, je n'ajouterai rien. Voilà, monsieur, mon premier grief .Commençons, si vousvoulezbien, par le mettre en règle, avant que d'aller plus loin. Aussi bien, je sens que mes forces achèvent de m'abandonner, et j'ai besoin d'un peu de relâche dans le travail cruel auquel, au lieu de coifsoiations que j'attendois de vous, il vous platt de me condamner. Je reprendrai votre lettre articlepai^article; et^avecTàmeque je vous connois, vous gémirez de l'avoir écrite; mais, en attendant elle aura fait son effet. Je vous embrasse, mon cher hête, de tout mon cœur.
J'ai reçu réponse de mylord maréchal sur l'affaire de H, d'Escberny. Dans ma première lettre, je vous ferai l'extrait de la sienne.
Je reçois en ce moment votre n** 55, et j'y vois que M. de Luze nie que nous ayons jamais couché nous trois dans la même chambre du^rant la route. M. de Luze nie cela ! Mon Dieu I suis-je parmi des hommes? Mon Dieul mais je crois que c'est un défaut de mémoire! Mon Dieul demandez, de grâce, à M. de Luze, comment donc nous couchâmes à Roye, je crois que c'est à Roye,' la première nuit de notre départ de Paria ?' Rappelez-lui que nous occupâmes une chambre à trois lits, dont je donne ici le plan pour éviter une longue description...
La main me tremble, je ne saurois tracer la figure. Il y avoit deux lits des deux côtés de la porte, et un^dans le fond à main droite, que j*occupai ; la cheminée étoit entre mon lit et celui de M. de Luze, qui étoit à main droite en entrant. M. Hume occupoit celui de la gauche, et faisoit diagonale avec moi. La table où nous avions soupe étoit devant la cheminée, entre le lit de M. de Luze et le mien. Je me couchai le premier, M. de Luze ensuite, M. Hume le dernier. Je le vois encore prendre sa chemise à manches étroites plissées... Mon Dieu 1... Parlez, de grâce, à M. de Luze; et son domestique nie-t-il aussi? Non, ce domestique est un valet, I
mais c'est un homme. Malheureasemenijenc l'ai pas revu depuis notre arrivée à Londres;
iln'apointeud'étrennes...mai8c'e8t un homme enfin. Si nous n'avions pas couché dans li même chambre, imaginez-vous à quel degré iroit ma stupidité d'aller choisir un pareil mensonge, et concevez-vous que Hume l'eût laissé passer sans le relever ? J'ose dire plus : Hume, tout Hume qu'il est, ne le niera pas, s'il ne sait pas que M. de Luze le nie. Àh Dieul parmi quels êtres suis-jef Toute chose cessante, parlez â M. de Luze, et me répondez un moi, un seul mot, et je ne. Vous demande plus rien. Il me parott, messieurs, que vous avetronei l'autre peu de mémoire au service de la Tériié et des malheureux.
, Il n'y «flvoit sur votre n* 55 qu'un petit \m de cire, très-légérement mis^ et le peu d'eopreinte qui parott n'est pas de votre cadiet. Si cette lettre a été ouverte, jugez de ce qu'il pem en arriver!
Atl MÊm.
A WootoD, If 18 ootobreon.
J'apprends, mon cher hête, par votre n* Si le sujet qui vous conduit âBetfort.Toasinft vœux vous y accompagnent; puissie^-Tony recouvrer votre bonne ouïe ! le vos maintenant, avec une peine extrême, quelle Désaffecte plus qu'à force de bruit.
J'ai vu aussi l'extrait de la lettre de mjloni maréchal, où il vou^dit que je blâme M. Hook d'avoir demandé et obtenu la pension sans m aveu. J'avoue rondement que si cela est, je suis un extravagant tout au moins. Je n'ai rieoà dire de plus aur cet article ; et, dès que myloni maréchal m'accuse, je ne sais pas me justifier, ou du moins je ne le sais que par-devant lui.
Revenons à vous.
J'ai fait sur vos trois dernières lettres des réflexions qu'il faut que je vous communique. Supposons que je fusse mort avant de les avoir reçues , et par conséquent avant d'aToir po m'expliquer avec vous, ni avec M. de \M, ni avec mylord maréchal.
Parce qu'une lettre de M. d'Alembert parioit d'un bruit répandu à Paris do refus de la pension du roi d'Angleterre, vous auriez ceotino^
ANNf^X 1766.
de conclure que ce bruit n'aToit pu courir à Londres auparavant, et, ayant parfaiiement oublié ce que voua avoit écrit M. de Gftrjeat, TOUS tariez persuadé que j'avois antidaté ce même bruit, tout exprès pour en accuser M. flume,
Mylord maréchal, qui prend pour un grief, cèdent jene plains, un fait que je lui rapporte en preuve d'un autre fait , auroit toujours vu que je bl&mois H. Hume quand j'auroia dA le remercier; et il eAt conclu de là que non-«eDlement je m'abusois sur le comptedu bon David, mais que j'avois cherché les chicanes les plus ridicules pour avoir le plaisir de rompre avec lui.
H. de Luze, fondé sur cet admirable argnment, qu'il vous a donné pour bon, et que vous avei pris pour tel, que lorsqu'on route deux passagers couchent dans la même chambre il est impossible qu'il y en couche un troisiëipe ; H. de Luze, dis-je, eût tenu bon dans cette pemasion, que, puisqu'il avoit toujours couché dans la même chambre que H. Hume, je n'y avois jamais couché. Il eût donc cru d'abord, comme il a fait, que la lettre A M. Hume, où je disojs y avoir couché, étoii falsifiée. Hais, quand enfin l'on eût vérifié que la lettre éioit authentique sur cet article, il eût nécessairement conclu qu'avec une impudence Incroyable j'avois inventé cette fausseté pour appuyer une calomnie.
Je pourrois ajouter ici l'article de H. Vernes, sur laque] vous êtes revenu deux fois de suite ; mais je le réserve pour un autre lieu. Les trois précédens me suffisent, quant à préspnt.
De ces trois jugemens communiqués entre vous et bien combinés, il eût résulté qu'avec tous mes beaux raisonnemens, et avec toute la feinte probité dont je m'éiois paré durant ma vie, je n'étois au fond qu'un insensé, un menteur, un Calomniateur, un scélérat ; et, comme l'autorité de mes plus vrais amia n'étoit pas fluspecle, si ma mémoire eût passé é la postérité, elle n'y cAt passé que comme celle d'un malfeitenr, dont on se souvient uniquement pour le détester.
Et tout cela, parce qne H. de Luze n'a point de mémoire et raisonne mal ; parce que H. Du Peyrou n'a point de mémoire el raisonne mal; et parce que myinrd maféchal, prévenu que je
blâme à tort le bon David, voit partout ce blàmtf, et même oft je n'en ai point mis.
Cala m'a.bieA appris, mon cher h6te, ce que vaut l'opinion de« hommes quels qu'ils soient, «là quoi tient requel'on appeUedans lemonde honqeur et réputation, puisque l'événement le plus cruel, le plus terrible de'ins'vie entière, celui dont j'aj porté le coup accablant avec le plus de constance, où je n'ai pas Eail une démarche qui ne soit un acie de vertu, est précisément celui qui. si je n'y avois pas survécu, m'attiroit une ignominie éternelle, non pas seulement de la part du slupide public, mais de la part des hommes du meilleur sens, et de mes plus solides amis.
En devenant insensible aux jugemens du public, je n'ai fait que la moitié de ma iAche;j'aJ gardé toute ma sensibilité a l'estime de ceux qui ont toute la mienne, et par là je me suis assujetti à tous les jugemens inconsidérés qu'ils peuvent faire, à toutes les erreurs où ils peuvent tomber, puisqu'enfin ils sont hommes. Prévoyant de loin tous les moyens détournés qu'on alloit mettre en usage pour vous détacher de moi , tous les préjugés dont on alloit iftcherde vous ébloui, quelles sages mesures n'ai-je pas prises pour vous en garantir 7 Comptant, comme j'avois le droit de le faire, sur votre confiance en ma probité, j'avois commencé par TOUS conjurer de ne rien croire de moi que ce que je vous en écriroia moi-mêoie : vous, me l'aviez promis très-positivement ; et la première chose que vous avez faite a été de manquer à cette promesse. Vous ne vous éies pas contenté de vous livrer a tous les bruits du coin des rues, sur ce qoe je ne vous avois point écrit, mais même sur ce qne je vous avois écrit ; siiètquequelqu'uns'estlrouvé en contradiction avec moi, c'est lui que vous avez crn, et c'est moi que vous avez refusé de croire. Exemple : dans ce que je vous avois marqué des mauvais offices que le bon David me rendnit auprès de H. DavenporI, un H. de Bruhl écrit le contraire, et aussitôt vous me demandez si je suis bie per
CORRESPONDANCE
Le réftuliat de toutes cet réflexions» que je vous conmoniqoey est de me détacher pour jamais de l'opinion des hommes, quels qu'ils soient, et mémo de ceux qui me sont les plus chers. Vous avez et tous aurez toujours toute mon estime ; mais je me passerai de la vôtre» puisque vous la retirez si légèrement, et je me consolerai de la perdre en mériuint de la con-server toujours. Je suis las de passer ma vie en continuelles apologies , de me justifier sans cesse auprès de mes amis , et d'essuyer leurs réprimandes lorsque j*ai mérité tous leurs applaudissemens. Ne vous gênez pas plus désormais que vous n'avez fait jusqu'ici sur ce cha^ pitre; continuez, si cela vous amuse, à me rapporter les folies et les mensonges que vous entendez déMter sur mon compte. Rien de tout cela ne me fâchera plus, je vous le jure ; mais je n'y répondrai de ma vie un seul mot.
Ceci, du reste, regarde uniquement l'avenir ; car je vous ai promis d'examiner avec vous votre n* 52, et je veux tenir ma parole, mais il fout finir pour aujourd'hui. Dans l'état où je suis , h tftche que vous m'imposez ne peut se remplir sans reprendre haleine. Je finis donc en vous réitérant mes plus tendres vœux pour votre rétablissement, et en vous embrassant, mon cher hôte, de tout mon cœur.
4U MÊMB.
Wootton, le 15 noTeiid»fe 178S.
Je vois avec douleur, cher ami, par votre n*65, que Je vous ai écrit des choses déraisonnables donc vous vous tenez offensé. Il faut que vous ayez raison d'en juger ainsi, puisque vous êtes de sang-froid en lisant mes lettres, et que je ne le snis guère en les écrivant ; ainsi voos êtes plus en état que moi de voir les choses telles qu'elles sont. Mais cette considération doit être aussi de votre part une plus grande raison d'indulgence : ce qu'en écrit dans le trouble ne doit pas être envisagé comme ce qu'on écrit de sang-froid. Un dépit outré a pu me laisser échapper des expressions démenties par non cœur, qui n'eut jamais pour vous que des sentimens honorables. Au contraire^ quoi-* que vos expressions le soient toujours, vos
idées souvent ne le sont guère; et voilà cequi, dans le fort de mes afflictions, a sooYentadkdré de m'âbattre. En me supposant tous les lorti dont vous m'avez chargé, il falloit peuirèin attendre un autre mom^t pour me les dire, on du moins vous résoudre à endurer ce qui O) pouvoit résulter. Je ne prétends pss,àl)i(nne plaise, m^xcuser ici, ni vous charger, fe»« seulement vous donner des rusons, qui ne semblent justes, d'oublier les loru don m dans mon état. Je vous en demande piniondt tout mon cœur ; j'ai grand besoin que yoqik l'accordiez, et je vous proteste, avec vérité, qtie je n'ai jamais cessé un seul moment (Titov pour vous tous les sentimens que j'auroit désiré vous trouver pour moi.
La punition a suivi de pi:ès l'offesie. Vo«m pouvez douter du tendre intérôtqoejepraé à tout ce qui tient i votre santé, et wurtUt sez de me parler des suites de votre vojip de Belfort. Heureusement vous n'avez po tin séchant qu'é demi, et vous me laissez emrrror un succès dont je brAle d'apprendre llMi^ mation. Écrivez-moi là-dessus en <liiiiI,Ain aimable hôte, donnez^-nooi tout à h Witpr sir de savoir que vos remèdes opèrent, eiceivi d'apprendre que je suis pardonné. i'aileeoEv tropplein dece besoin pour pouveiraujoetdfkii vous parler d'autre chose, et Je flnis «vos répétant du fond de mon âme que mon tendR attachement et mon vrai respect ponrvoess peuvent pas plus sortir de mon cœsr qieltmour de la vertu.
A M. hhUhVD.
WootU», le 15 odTembre I76«.
A peine nous coABoisson8«-Aons, monanr.
et vous me rendez les plus vrais services 4« l'tmitié : ce zèle est donc moins pour moi qoepos la chose, et m'en est d'un plus grand prii ie vois que ce même amour de la jusdce, qui brila toujours dans mon cœur, brûle aussi daask vôtre: rien ne lie tant lésâmes que cette ooofor* mité. La nature nous fit amis ; nous nesoiDiMif ni vous ni moî, disposés a l'en dédire. J'aiRÇQ le paquet que vous m'avez envoyé par ii "^^ de M. Dutens ; c'est à mon avis la plos sère- Le duplicata m'a poufuint déjà été annoncé, et
je ne doute pas qu'il ne me parvienne. Tadmire | l'intrépidité des auteurs de cet ouvrage, et surtout s'ils le laissent répandre à Londres» ce qui me parott difficile à empêcher. Du reste, ils peurent faire et dire tout à leur aise : pour mol, je n'a! rien à dire de M. Hume, sinon que je le trouve bien insultant pour un bon homme, et bien bruyant pour un philosophe. Bonjour» monsieur; je vous aimerai toujours, mais je ne tous écrirai pas, à moins de nécessité ; cependant je serois bien aise, par précaution, d'avoir votre adresse. Je vous embrasse de tout mon cœur, et vous prie de dire à M. Sauttersheim que je suis sensible à son souvenir, et n'ai point oublié notre ancienne amitié. Je suis aussi surpris que fâché qu*avec de l'esprit, des talens, de la douceur, et une assez jolie figure , il ne trouve rien k fkire à Paris. Gela viendra , mais les commencemens y sont difficiles.
TRADoenoii B'uriK LBrmB db DàviD mmB
A SUiOip (%
édivboarg, 19 nofembre I7Q6.
Je ne saurois, monsieur, trop vous remercier de la complaisance que vous avez mise à traduire un ouvrage qui ne méritoit guère votre attention ni celle du public (**). Je suis on ne peut plus satisfait de ce travail ; l'introduction m'a semblé particulièrement écrite avec une grande prudence et une rare discrétion, si j'en excepte la partialité que vous montrez en ma faveur. Je me plais du moins à la regarder comme un gage de votre amitié. Vous et M. d' Alembert avoï agi sagement en adoucissant quelques «xpresaioM » mrtout dans les noies, et je ferai usage dt ees eorrectîons dans Tédition, angloise. Cet écrit ne fut pas d'abord destiné à être lu du publie ; et sans un eoncoort de
(*) Cette leUre. écrite en angloii. Tient d'étrepnbUée oonune inédUe dent un nouveau lpurn«l «ogloU. InUtolé yew-Monikiy'êta§a^imef et bit pai-Ue du numéro de Janvier isaQ. U JonroalMe «nnpiwe qu'elle lula été communiquée par M. GampeDon, membfa de rinalllut, et poaiesscur dee papien de oelol à qyl eileeitedrcM^-^ U lecteur Jusen par loimtowal die HA BBériloit pai d'éUre traduite et d« trouver plaoc dana ••iteédiUoB, O.P.
(**) Cuil œlul l|Bt s pour Utie % Expoaésuedmet iU la contestation 9«i «'aal 4i^9ée entre M. Mumê et M, ile««<ea«» %'oyeB V^ftiuiice anx ConfesHont. G. P.
circonstances imprévues , je ne l'eusse pas fait ' imprimer. Je ne suis pas surpris que les personnesqui ne connoissent pas les circonstancea* et qui ne sont pas i même de les apprécier» blâment cet appel au public; mais il est certain que si j*eusse persévéré dans mon silence » on auroit fini par me regarder comme le coupable; et ceux qui me blâment à présent m'auroient, avec une apparence de raison , encore blâmé davantage. Je regarde toute cetteaflpA ire comme un malheur dans ma vie ; et cependant i cette heure que tout est terminé, et qu*il est facile de rectifier les erreurs, je ne crois pas pouvoir m'accuser moi-même de la plus légère imprudence, si ce n*est toutefois d'avoir accueilli cet homme quand il s'est jeté dans mes bras ; et« sans doute on m'eût trouvé cruel si je l'avois repoussé. Pouvois-je m'attendre à rencontrer un tel prodige d'orgueil et de férocité? Rien de semblable n'avoit existé jusque alors. Hais» une fois qu'il' m'eût déclaré la guerre dune manière si violente I il n'eût pas été prudent de garder le silence avec mes amis, et de lui laisser le temps de trouver une occasion favorable pour frapper ma réputation. De mes amia, l'affaire a passé dans le public, qui s'y est intéressé plus qu'à une aveuture privée. Cet inté<rét extraordinaire m'a forcé à mettre mus ses yeux l'histoire tout entière. Si cependant quelqu'un s'obstine à penser qu'avec plus de prudence j'aurois pu éviter tous ces désagrémens» je suis très-disposé à convenir que ce n'est pas la première imprudence de oc genre dont je me sois rendu coupable*
Comme vous je pense que Rousseau répondra; cependant il est difficile d*imaginer ce qu'il pourra dira encore» après les détails longs,, minutieux et fatigans dans lesquels il est déjà entré. Il seroit ridicule qu'il vint révéler quelque fait d'importance qu'il prétendroit avoir omis» après avoir cité comme des méfaits mes regards et ceux des femmes qui étoient logées sous le même toit que moi. Mais quoi qu'il puisse dire» je suis bien résolu à me taire làdessus le resie de mes jours; je laisserai chacun penser de ces événemens tout ce qu'il voudra* Je crois que» dans le monde» on disputera seulement pour savoir si Rousseau est plua fe« I que méphant » ou s*il n'est pas Tun et l'autre I dans une égale proportion. Vous dites qu'il a
CORRESPONDANCE
des admirateurs qui prétendent encore à l'excuser. Prétendent-ils que d'Aleoibert, Horace Walpole, et moi, nous avons formé une conspiration pour Tentralner eu Angleterre» et le ruiner en le plaçant dans une habitation plus commode» et en doublant son revenu ? Si cette accusation n'est pas mise en avant» comment entreprendre d*excuscr son odieuse conduite à mon égard ?
Si je ponvoîs regarder Rousseau comme un des écrivains classiques de la France» peutêtre îmaginerois-je que cette histoire» tout absurde qu'elle est» passera à la postérité et Tintéressera autant que nos propres contemporains : mais on vérité » ses ouvrages sont remplis de tant d'extravagances» que je ne puis pas croire que la diction seule parvienne à les soutenir. Il a lui-même quelque crainte que cela n'arrive. Je vous confierai l'anecdote suivante» parce qu'elle ne sauroit lui porter préjudice; autrement je ne voudrois rien répéter de ce qui s'est passé dans le temps de notre ancienne intimité. Quand nous étions en route» il me dit qu'il étoit résolu à se perfectionner dans la langue angloise ; et comme il avoit appris qu'il existoit deux traductions de son£mt/e» il vouloit se les procurer pour les lire et en faire la comparaison ; étant d'avance familiarisé avec le sujet» il comprendroit plus facilement la version. Aussitôt arrivés» je lui procurai les livres en question. Après les avoir gardés deux ou trois jours, il me les renvoya, disant qu'ils ne lui avoient été d'aucune utilité ; qu'il n'avoit pas eu la patience de les lire ; qu'au reste, il en étoit de même de l'original » et de tous les autres écrits qu'il avoit publiés; il ne pou voit plus les revoir sans dégoût. — Il est surprenant , lui répliquai-je» que des ouvrages si vantés pour leur éloquence lie causent aucune satisfaction à leur auteur. — Quant au style » je ne suis pas » me répondit-il « trop mécontent ; mais je crains toujours quHls ne pèchent par le /bn£f (*], et que leur éclat n'ait que la durée d'un jour.
(I>a Lettre est terminée par uh alinéa de complimens i Suard.)
V) Cm molttont en fhmçoif dam l'orishiil'
A MADEMOISELLE DEWJi8.
WoûttoD, le 9 décembre 4706.
Ma belle voisine » vous me rendez injuste et jaloux pour la première fois de ma vie ; je n'ai pu voir sans envie les chaînes dont vous honoriez mon Sultan ; et je lui ai ravi l'avantage de les porter le premier : j'en auroia dû parer votre brebis chérie » mais je n*ai osé empiéter sur les droits d'ui\ jeune et aimable berger; c'est déjà trop passer les miens de foire le galant à mon ftge; mais puisque vous me Taves fait oublier» tâchez de l'oublier Youa-niôme, et pensez moins au barbon qui vous rend hommage» qu'au soin que vous avez pris de lui rajeunir le cœur.
Je ne veux pas» ma belle voisine p vous ennuyer plus long-temps de mes vieilles sornettes : si je vous contois toutes les bontés et amitiés dont votre cher oncle m'honore» je aeroîs encore ennuyeux par mes longueurs; ainsi je me tais. Mais revenez l'été prochain en éire ie témoin vous-même » et ramenez madaine fa comtesse (*) à condition que noua serons cette fois-ci les plus forts» et qu'au lieu de voua laisser enlever comme cette année, vous noua aiderez à la retenir.
A HTLOBD MABiCBAL.
Il décembre iTes.
Abréger la correspondance (*)... Mylord,
(<) Madame la oomteMe Gowper, Teave do fea eomte Oomper, flJle da comte de Gnndville.
(*) La lettre de mjrlord maréchal à laquelle cell»cl aert de répooie te termloolt ainri i • Je eiiii Tien, laarme ; f ai tr^ » pende mémoire. Je ne lalipliia ce «inej'al écrItàM. Du Fef- 9 roo, malt je tais potitiTement qne Je dériroia Toot aervtr en » aiapnpbiaiit ane querelle sur des •oapçon qui noe paroi»- » sent nul fondéa, et noo pat tous ôler an amL Pent-élre al-Je » fait qnelqae aottlae : pour lea éfller à l'avenir, ne trouves paa n maoTaiaqae J'abrège la oorretpondance. comme J*al d^à fiii » arec tout le monde, même atcc met plna prodiei parent » et amli, ponr flair met Joura daoa la tranqniUilé. Bonsoir. •
a Je dit abréger, car Jedétireral toq|oan aavolrde lenapn en » tempa dea noofellea de Totre aanté. et qu'elle aolt boooe. a
D'amples édairciatemena à ce ai^et, et la preoTC del'anitid qne myloRi maréchal conaerra pour Rontaera Jnaqn'à ana dcrniera moment, ae trontent dana la R£pom$e d'âne nn^aynaa ( madame La Tonr de Franqueville ) d «a aaonyaie, Intérée dana l'édltloa de Genève, tome S dnanpplémeni, et dans VBU^ foira de la vie H du ouwaçet de /. 7. Rmt$eaut 1 1 et il » article Keilh. G* P*
que m^annoncez-Toas, et quel temps prenezf 0U8 pouf cela 1 Serois-je dana.rotre disgrâce? Ahl dans tous les malheurs qui m*accablenty voilà le seul que je ne saurois supporter. Si j'ai des torts, daignez les pardonner ; en est-il» en peut-il être que mes senlimens pour vous ne doivent pas racheter? Vos bontés pour moi font toute la consolation de ma vie : voulezvous m*ôter cette unique et douce consolation? Vous avez cessé d'écrire à vos parens! Eh! qu'importe, tous vos parens, tous vos amis ensemble I ont-ils pour vous un attachement comparable au mien? Eh I mylord, c'est votre âge, ce sont mes maux qui nous rendent plus utiles l'un à l'autre : à quoi peuvent mieux s'employer les restes de la vie qu'à s'entretenir avec ceux qui nous sont chers? Vous m*avez promis une éternelle amitié ; je la veux toujours, j'en suis toujours digne. Les terres et les mers nous séparent, les hommes peuvent semer bien des eiteurs entre nous ; mais rien ne peut séparer mon cœur du vôtre, et celui que vous aimâtes une fois n'a point changé. Si réellement vous craignez la peine d'écrire, c'est mon devoir de vous l'épargner autant qu'il se peut : je ne demande, à chaque fois, que deux lignes, toujours les mêmes, et rien de plus : J*ai reçu votre lettre de telle date^ je me porte 6îen, et je VQfiu aime toujours. Voilà tout; répétez-moi ces dix mots douze fois l'année, et je suis content. De mon c6té j'aurai le plus grand soin de ne vous écrire jamais rien qui puisse vous importuner ou vous déplaire ; mais cesser de vous écrire avant que la mort nous sépare : non, mylord, cela ne peut pas être ; cela ne se peut pas plus que cesser de vous aimer.
Si vous tenez votre cruelle résolution, j'en mourrai ; ce n'est pas le pire; mais j'en mourrai dans la douleur, et je vous prédis que vous y aurez du regret. J'attends une réponse, je l'attends dans les plus mortelles inquiétudes ; mais je eonnois votre âme, et cela me rassure : il vous pouvez sentir combien cette réponse m'est nécessaire, je suis trës-s&r que je l'aurai promptemenc.
A M. D IVBRIfOlS.
Woottoo, l6 II décembre 1766.
sieur, quand j'ai reçu votre lettre du 49 novembre, qui m'a tranquillisé sur votre santé et sur votre amitié, mais qui m'a donné des douleurs, dont la perte de votre enfant, quelque touché que je sois de tout ce qui vous afflige, n'est pourtant pas la plus vive. Cette vie, monsieur, n*est le temps ni de la vérité ni de la justice : il faut s'en consoler par l'attente d'une meilleure.
Tout bien pesé, je ne suis pas fâché que vous n'ayez pas fait cette année la bonne œuvre que vous vous étiez proposée, mais je le suis beaucoup que vous m'ayez laissé dans la plus parfaite incertitude sur l'avenir. Il m'importeroit de savoir à quoi m'en tenir sur ce point. Il ne s'agit que d'un oui ou d'un non de votre part, que j'entendrai sans qu'il soit besoin de plus grande explication.
C'est à regret que je vous écris si rarement et si peu : ce n'est pas faute d'avoir de quoi vous entretenir; mais il faut attendre de plus sûres occasions. Mes respects à madame d'Ivernois; j'embrasse tendrement tout ce qui voua est cher, tous ceux qui m'aiment, et surtout votre associé.
J'étoîs extrêmement en peine de vous, mon-
T. IV
A M. DàVENPORT.
92 décembre 1706.
Quoique jusqu'ici , monsieur, malgré mes sollicitations et mes prières, je n'aie pu obtenir devousun seul motd'explication,ni de réponse sur les choses qu*il m'importe le plus de savoir, mon extrême confiance en vous m'a fait endurer patiemment ce silence, bien que très-extraordinaire. Mais, monsieur, il est temps qu'il cesse; et vous pouvez juger des inquiétudes dont je suis dévoré, vous voyant prêt à partir pour Londres, sans m'accorder, malgré vos promesses, aucun des éclaircissemensque je vous ai demandés avec tant d'instances. Chacun a son caractère; je suis ouvert et confiant plus qu'il ne faudroit peut-être : je ne demande pas que vous le soyez comme moi ; mais c'est aussi pousser trop loin, le mystère, que de refuser constamment de me dire sur quel pied je suis dans votre maison, et si j'y suis de. trop ou non. Considérez, je vous supplie, ma situation, et jugez de mes embarras; quel parti puis-je prendre, si vous refusez de me parler ? Dois-je
CORRESPONDANCE
resier dans votre maison malgré tous T en paisje aonir sans votre assistance? Sans amis, sans connoissances» enfoncé dans un pays dont j'ignore la langae, je suis entièrement à la merci de vos gens : c'est à votre invitation que j'y suis venu, et vous m'avez aidé à y venir; il convient» ce me semble , que tous m'aidiez de même à en partir, si j'y suis de trop* Quand j'y resterois, il faudroit toujours , malgré toutes vos répugnances, que vous eussiez la bonté de prendre des arrangemens qui rendissent mon séjour chez vous moins onéreux pour l'un et pour l'autre. Les honnêtes gens gagnent toujours à s'expliquer et s'entendre entre eux : si vous entriez avec moi dans les détails dont vous vous fiez à vos gens, vous seriez moins trompé et je serois mieux traité, nous y trouverions tous deux notre avantage ; vous avez trop d'esprit pour ne pas voir qu'il y a des gens à qui mon séjour dans votre maison déplaît beaucoup, et qui feront de leur mieux pour me le rendre désagréable.
Que si, malgré toutes ces raisons, vous continuez à garder avec moi le silence, cette réponse alors deviendra très-claire, et vous ne trouverez pas mauvais que, sans m'obstiner davantage inutilement, je pourvoie à ma retraite comme je pourrai, sans vous en parler davantage, emportant un souvenir très-reconnoissant de Thospitalité que vous m'avez offerte, mais ne pouvant me dissimuler les cruels embarras où je me suis mis en l'acceptant.
A Loan vicoMTB nz nuficiiai ,
■Qjourd'hoi oomle de Harcoort.
Wootton, U déceminre «780.
Je croirois, mylord, exécuter peu honnêtement la résolution que j'ai prise de me défaire de mes estampes et de mes livres, si je ne vous priois de vouloir bien commencer par en retirer les estampes dont vous avez eu la bonté de me faire présent. J'en fais assurément tout le cas possible, et la nécessité de ne rien laisser sous mes yeux qui me rappelle un goAt auquel je reux renoncer pouvoit seule en obtenir le sacrifice. S'il y a dans mon petit recueil, soit d'estampes, soit de livres, quelque chose qui puisse
vous convenir, je votf^ prie de me fwsrho» neur de l'agréer, et surtout par piéiimeee qui me vient de votre digne ami M. Waielet,ci qui ne doit passer qu'en nain d'ani. EnBo, my lord, si vous êtes à portée d'aider aa débit du reste, je reconnoltrai, dans cstte bonté, la soins officieux dont vous m'avez permit de me prévaloir. Cest chez II. Davenport que im pourrez visiter le tout, si vous voulei bien n prendre la peine. 11 demeure en PiocadlHj^i c6té de lord Égremont. Recevez, mylord, je vous prie, les assurances de ma reooBBOiiaïKi et de mon respect.
Jinfler IT67.
Ce que vous me marquez, monsiear, qn M. Dey Verdun a un poste chez le géiièral Giwway, m'explique une énigme i IsqmliejeN pouvois rien comprendre, et que vonsTerw dans la lettre dont je joins ici une copie £uw sur celle que II. Hume a envoyée à 11. Dirah port. Je ne vous la communique pas p«r qM vous vérifiiez si ledit M. Dey Verdun s ccnvtfttt lettre, chose dont je ne doute nullement, a s'il est en eSét l'auteur des écrits ea qsntiQif mis dans le Saini-James CluwÊiekf ce qiejt sais parfaitement être faux; d'ailbon ledit M« Deyrerdun, bien instruit, et bien prépirt à son rôle de prête-nom, et qui peot-éin l'i commencé lorsque iesdits écrits fàmt por» au Sainte Jamês Chrcmielet est trop sur lel||l^ des pour que vous puissiez maiateoast riei savoir de lut ; mais il n'est pas impossiUsq» dans la suite des temps, ne pannssant instnit de rien et gardant soigneusement le secrftqM je Yous confie, vous parrenies i pénétrer li secret de toutes ses manœuvres, lortqas c«a qui s'y sont prêtés seront moins sur lears gvdes; et tout ce que je souhaite, dans cette if" fisire, est que vous découvriez la vérité pv vous-même. Je pense aussi qu'il importe too' jours de connottre ceux avec qui l'on peut sToir à vivre, et de savoir si ce sont d'honnêtes gens* or, que ledit Deyrerdun ait fait ou non kt écrits dont il se vante, vous savez maintenant, ce me semble, à quoi vous en tenir avec loi* Vous êtes ieuie, vous me survirrez, j*efpèr«i
de beaucoup d'annéei, et €e m'est une consolation trèf-douce de penser qu'un jour, quand le fond de cette triste affaire sera déToilé, yods seres à portée d'en vérifier par vous-même beaucoup de faits, que vous saurez de mon vivant sans qu'ils vous frappent, parce qu'il vous est impossible d'en voir les rapports avec mes malheurs. Je vous embrasse de tout mon cœur.
2 Janvier 1787.
Quand je vous pris au mot» monsieur, sur la liberté que vous m'accordiez de ne vous pas répondre, j*étois bien éloigné de croire que ce silence pût vous inquiéter sur l'effet de votre précédente lettre : je n'y ai rien vu qui ne confirmât les seniimens d'estime et d attachement que vous m'avez inspirés ; et ces seiitimens sont si vrais.que si jamais j'étois dans le cas de qui tter cette province, je souhaiterois que ce fût pour me rapprocher de voua. Je vous avoue pourtant que je suis si touché des soins de Al. Davenport, et ai content de sa société, que je ne me priverois pas «ans regret d'une hospitalité si douce; mais comme il souffre à peine que je lui rembourse une partie des dépenses que je lui coûte, il j auroit trop d'indiscrétion i rester toujours chez lui sur le même pied, et je ne croirois pouvoir me dédommager des agrémens que j'y trouve, que par ceux qui m'attèndroient auprès de vous. Je pense souvent avec plaisir à la ferme solitaire que nous avons vue ensemble et i Tavaniaged'y éire votre voisin ; mais ceci sont plutôt des souhaits vagues que des projets d'une prochaine exécution. Ce qu'il y a de bien réel est le vrai plaisir que j'ai de correspondre en toute occasion à la bienveillance dont vous m'honorez, et de la cultiver autant qu'il dépendra de moi,
11 y a loiig*tenips, monsieur, que je me suis donné le conseil de la dame dont vous parlez: j'aurois dû le prendre plus tôt; mais il vaut mieux tard que jamais. M. Hume étoit pour moi une connoissance de trois mois, qu'il ne m'a pas convenu d'entretenir : après un premier mouvement d'indignation dont je n*étois pas le makre, je me suis retiré paisiblement : il a voulu une rupture formelle; il a fallu lui
complaire : il a voulu ensuite une explication ; j'y ai consenti. Tout cela s'est passé entre lui et moi : il a jugé à propos d'en faire le vacarme que vous savez; il l'a fait tout seul, je me suis tu; je continuerai de me taire, et je n'ai rien du tout à dire de M. Hume, sinon que je le trouve un peu insultant pour un bon homme, et un peu bruyant pour un philosophe.
Gomment va la botanique? vous en occupez* vous un peu ? voyez-vous des gens qui s'en occupent? pour moi, j'en raffole, je m'y acharne, et je n'avance point : j'ai totalement perdu la mémoire, et de plus, je n'ai pas de quoi l'exercer; car avant de retenir il fout apprendre, et ne pouvant trouver par moi-même les noms des plantes, je n'ai nul moyen de les savoir : il me semble que tous les livres qu'on écrit sur la botanique ne sont bons que pour ceux qui la savent déjà. J'ai acquis votre Siilling flet, et je n'en suis pas plus avancé. J'ai pris le parti de renoncer à toute lecture, et de vendre mes livres et mes estampes, pour acheter des plantes gravées : sans avoir le plaisir d'apprendre, j'aurai celui d'étudier ; et pour mou objet cela revient à peu près au même.
Au reste, je suis très*heureux de m'ètre procuré une occupation qui demande de l'exercice; car rien ne me fait tant de mal que de rester assis, ou d'écrire ou lire : et c'est une des rai<sons qui me font renoncer à tout commerce de lettres, hors les cas de nécessité. Je vous écrirai dans peu; mais de grflce, monsieur, une fois pour toutes, ne prenez jamais mon silence pour un signe de refroidissement ou d'oubli, et soyez persuadé que c'est pour mon cœur une conso* lation très-douce, d'être aimé de ceux qui sont aussi dignes que vous d'être aimés eux-mêmes: mes respects empressés à M. Malthus, je vous en supplie; recevez ceux de mademoiselle Le Vasseur, et mes plus cordiales salutations^
riSponses
aux qQeslioDS faites par U. de Cliauvd (*).
A Wootton, le 5 Janvier 1767. ' "-'
Jamais, ni en 4739, ni eu aucun autre tem^Mi»
(*) Voyet dam la Correspondance de Voliafre sa icftro ^ Hune, datée de Ferney, 34 octobre ITGO. Ctrs n^icn^t* cîe
CORRESPOPÏDANCE.
M. Marc Chappuis ne m'a proposé, de la part de M. de Voltaire» d'habiter une petite maison appelée l'Hermitage. En 4755» M. de Voltaire, me pressant de revenir dans ma patrie, m*invitoit d'aller boire du lait de ses vaches. Je lui répondis. Sa lettre et la mienne furent publiques. Je ne me ressouviens pas d*avoir eu de sa part aucune autre invitation.
Ce que j'écrivis à M. de Voltaire, en 1760, n étoit point une réponse. Ayant retrouvé par hasard le brouillon de cette lettre, je la transcris ici, permettant à M. deChauvel d*en faire l'usage qu'il lui plaira (').
Je ne me souviens point exactement de ce que j'écrivis, il y a vingt-trois ans, à M. du Theil : mais il est vrai que j'ai été domestique de M. de Montaigu, ambassadeur de France à Venise, et que j'ai mangé son pain, comme ses gentilshommes étoient ses domestiques et mangeoient son pain : avec cette différence, que j'avois partout le pas sur les gentilshommes, que j*allois au sénat, que j*assistois aux conférences, et que j allois en visite chez les ambassadeurs et ministres étrangers ; ce qu'assurément les gentilshommes de Tambassadeur n'eussent osé faire. Biais bien qu'eux et moi fussions ses domestiques, il ne s'ensuit point que nous fussions ses valets.
Il est vrai qu'ayant répondu sans insolence, mais avec fermeté, aux brutalités de l'ambassadeur, dont le ton rcssembloit assez à celui de M. dé Voltaire, il me menaça d'appeler ses gens, i*t de me faire jeter par les fenêtres. Mais ce que M. de Voltaire ne dit pas, et dont tout Venise rit beaucoup dans ce temps-là, c'est que sur cette menace, je m'approchai de la porte de son cabinet, où nous étions; puis l'ayant fermée, et mis la clef dans ma poche, je revins à M. de Montaigu, et lui dis : Non pas, s*U vous plaît, monsieur r ambassadeur. Les tiers sont incom' modes dans les explications. Trouvez bon que celle-ci se passe entre nous. A l'instant son excellence devint très-poli : nous nous séparâmes
nonsieaa ont pour objet de détroire une parUe des anertions ealorpnlenses qu'elle conilent. Rousseau sans doute dédaigne fie répondre aux autres, relattres aux relations qui aroienteu ll«n entre Voltaire et lui. Mais II. Gioguené ( note 11 de son ooTrage sur les Cmféêtions ) s*est chargé de cette noble tâche, ft n'a rien laissé À désirer sur ce point. G. P.
(*) On fiotiTcraT^f tte lettre dans le llTre X des ConfestUmt, tome U p ifce 285 de cette édition. )
fort honnêtement; et je sortis de sa maison, non pas honteusement, comme il platt à M. de Voltaire de me faire dire, mais en triomphe. J*allai loger chez l'abbé Patizel, chancelier du consulat. Le lendemain, M. Le Blond, consul de France, me donna un dtner, où M. de Saint- Cyr et une partie de la légation françoise se trouva ; toutes les bourses me furent ouvertes, et j'y pris l'argent dont j'avois besoin, n'ayaDt pu être payé de mes appointemens. Enfin, je partis accompagné et fêté de tout le monde: tandis que l'ambassadeur, seul et abandonné dans son palais, y rongeoit son frein. M. Lb Blond doit être maintenant à Paris, etpeoiattester tout cela ; le chevalier de Garrion, alon mon confrère et mon ami, secrétaire de l'aiDbassadeur d'Espagne, et depuis secrétaire d'ambassade à Paris, y est peut-être encore, et peut attester la même chose. Des foules de lettres et de témoins la peuvent attester; nais qu'importe à M. de Voltaire?
Je n'ai jamais rien écrit ni signé de pareil à la déclaration que M. de Voltaire dit queM-df Montmollin a entre les mains, signée de ma. On peut consulter là-dessus ma lettre à l août 4765; adressée à M. Du Peyron^m^mée avec les siennes à lord Wemyss.
Messieurs de Berne m'ayant chassé de lenn états en 4 765, i l'entrée de rhiver,le pea d>sp#ir de trouver nulle part la tranquilliiédoni j'avois si grand besoin, joint a ma foibtesseet au mauvais état de ma santé, qui m'ôtoit le courage d'entreprendre un long voyage dans une saison si rude, m'engagea d'écrire à H. le bailli de Nidau une lettre qui a couru Paris, qui a arraché des larmes à tous les honnèiei gens, et des plaisanteries au seul M. de Voltaire.
M. de Voltaire ayant dit publiquement à huit citoyens de Genève, qu'il étoit faux qQO j'eusse jamais été secrétaire d'un ambassadeur, et que je n'avois été que son valet, un d'entre eux m'instruisit de ce discours; et dans lèpre mier mouvement de mon indignation, j'envoyai à M. de Voltaire un démenti conditionnel, dont j'ai oublié les termes, mais qu'il aroit assurément bien mérité.
Je me souviens trës*bien d'avoir une fois dit à quelqu'un que je me sentois le cœur ingrat, et que je n'aimois point les bienfaits. Mais ce n'étoit pas après les avoir reçus qne je tcwM»
ANKÉE 1767.
ce discoDra ; c*étoit au contraire pour m'en défendre ; et cela , monsieur» est très-différent. Celui qui Teut me servir à sa mode, et non pas i la mienne, cherche Postentation du titre de bienfaiteur ; et je vous avoue que rien au monde ne.me touche moins que pareils soins. A voir la multitude prodigieuse de mes bienfaiteurs» on doit me croire dans une situation bien brillante. J*ai pourtant beau regarder autour de moi» je n*y vois point les grands monumens de tant de bienfaits. Le seul vrai bien dont je jouis est la liberté ; et ma liberté, grâces au ciel, est mon ouvrage. Quelqu'un s'ose-t-il vanter d'y avoir contribué? Vous seul, d George Keith I pouvez le faire ; et ce n*est pas vous qui m'accuserez d'ingratitude. J'ajoute à mylord maréchal, mon ami Du Peyrou. Voilà mes vrais bienfaileurs.Jen*enconnoispointd'autres. Voulez-vous donc me lier par des bienfaits? Faites qu'ils soient de mon choix et non pas du vôtre ; et soyez sûr que vous ne trouverez de la vie un cœur plus vraiment reconnoissant que le mien. Telle est ma façon de penser, que je n'ai point déguisée ; vous êtes jeune ; vous pouvez la dire à vos amis ; et si vous trouvez quelqu'un qui la bl&me, ne vous fiez jamais à cet homme-là.
A H. DD- PEYROO.
A WooltoD, le 8 JanTler 1787.
Que Dieu comble de ses bénédictions mon cher hôte, qui, par une réconciliation parfaite, accordée mon cœur la paixdont il avoit besoin 1 Je prends à bon augure, dans ces circonstances , celle que vous m'annoncez pour le reste de mes jours à la fin de votre n"* 58. Si je puis obtenir que le public m'oublie, comptez que je ne réveillerai plus ses souvenirs. La postérité me rendra justice, j'en suis trés-sûr, cela me console des outrages de mes contemporains.
C'est sans contredit une chose bien douce qu'une réconciliation, mais elle est précédée de momeits si tristes , qu'il n'en faut plus acheter à oe prix. La première source de notre petite mésintelligence est venue du défaut de votre mémoire et de la confiance que vous n'avez pas d'y avoir. Dans vos deux pénultièmes let-
tres, par exemple, parlant de ce que vous avoit dit M. de Luze, vous supposez m'avoir écrit qu'il disoit que je n'avois point couché à Cahiis dans la même chambre que M. Hume, fait qui est très-vrai. Si c'étoit là, en effet, ce que vous m'aviez écrit auparavant , j'aurois eu grand tort de m*en formaliser, et mes réponses seroient très-ridicules. Mais, mon cher hôte, votre n* 55 ne parloit point du -tout de Calais , et décidoit nettement que je n'avois jamais couché dans Ja même chambre avec M. Hume ; voici vos propres termes :
De Luze doute que vous ayez en effet écrit que vous couchiez dans la même chambre oit ètoit BumCj parce que^ dit-il^ c'est lui de Luze qui a toujours pendant la route occupé la même cham^ bre avec M. Hume^ et que vous étiez seul dans la vôtre. Ce mot toujours est décisif, ce me semble , non-seulement poiir Calais , mais pour toute la route; et ma réponse, très-blâmable quant à l'emportement, est juste quant au raisonnement.
Dans votre n^ 56, vous me marquez que j'ai rompu publiquement avec M. Hume. Mon cher hôte, oii avez- vous pris cela? Mettez-vous donc sur mon compte le vacarme qu'a fait le bon David, pendant que je n'ai pas dit un soûl mot, si ce n'est à lui seul, dans le plus grand secret, et seulement quand il m'y a forcé? Comme j*étois instruit de son projet, je craignois plus que la mort l'éclat de cette rupture ; je m'en défendis de tout mon pouvoir, et je ne la fis enfin que par des lettres bien cachetées, tandis qu'il faisoit faire un grand détour aux siennes pour me les envoyer ouvertes par M. Davenport. Ces lettres , s'il ne les eût montrées , n'eussent été vues que de lui, et je n'en aurois parlé même à personne au monde, qu'à mylord mnréchal et à vous. Appelez-vous cela rompre publiquement?
Dans votre n* 58, vous m*accus<^z d'avoir mis de la méchanceté dans ma lettre du '1 0 juillet. Ce que je viens de dire répond d'avance à cette accusation. I^ méchanceté consiste dans le dessein de nuire. Quand ma lettre eût contenu des choses effroyables, quel mal pouvoitelle faire à M.Hume, n'étant vue que de lui seul? II pouvoit y avoir de la brutalité dans cette lettre, jamais de la méchanceté, puisqu'il n'en I pouvoit résulter aucun préjudice pour celui à
GORRESPONDAMCE.
qui elle étoît écrite » qu'autant qu'il le vouloit bien. Hais» de grâce , relisez avec moins de prévention cette lettre : dans la position où je l'ai écrite, elle est, j'ose le dire, un prodige de force d'âme et de modération. Forcé de m'expliquer arec un fourbe insigne, qui, sous l'appareil des senrices, trayaille à ma diffamation , je pousse le ménagement jusqu'à ne lui parler qu'en tierce personne, pour éviter, dans ce qae j'avois à lui dire , la dureté des apostrophes. Cette lettre est pleine de ses éloges ( vous voyez comment il me les a rendus) ; partout la raison qui discute , pas un seul trait d'insalte ou d'humeur, pas un mouvement d'indignation , pas un mot dur, si ce n'est quand la force du raisonnement le rend si nécessaire, qu'on ne sauroit 6ter le mot sans énerver l'argument ; encore , alors même , ce mot n'est-il jamais direct et affirmatif , mais hypothétique et conditionnel. Si vous blâmez cette lettre, j'en suis d'autant plus fâché que je veux qu'on juge par elle l'âme qui l'a dictée.
Cette sévérité de jugemens , qui va jusqu'à l'injustice, est aussi loin de votre cœur que de votre raison, et ne vient que du défaut de votre mémoire. Vous recevez des éclaircissemens qui vous font changer d'idée , et vous oubliez que je ne suis pas instruit de ce changement; vous voyez que ma rupture avec M. Hume est publique , et vous oubliez que je n'ai aucune part à cette publicité ; vous voyez que je lui dis des choses dures qui sont imprimées , et TOUS oubliez également que c'est lui qui m'a forcé de les lui dire , et que c'est lui qui les a fait imprimer. Ce que .vous avez écrit vous échappe ou se modifie, et il résulte de tout cela que je vous parois déraisonner toujours, parce qu'au lieu de répondre à votre idée présente, que je ne saurois deviner, je réponds à celle que vous m'avez communiquée , et dont vous ne vous souvenez plus.
Il y auroit à cela deux remèdes en votre pouvoir : le premier seroit que vous voulussiez bien présumer un peu moins de votre mémoire et un peu plus de ma raison , en sorte que, quand ma réponse cadreroit mal avec ce que vous croyezm*avoirécrit,vous8upposa8siezqu'iiraut que vous m'ayez écrit autre chose, plutôt que de conclure que je ne sais ce que je dis; l'autre seroit de garder des copies des lettres que vous
m*écrivez, pour y avoir recours au besoin^sur mes réponses. Un troisième moyen seroit que, toutes les fois que je réponds à quelque artirlo de vos lettres , je commençasse par transcrire dans la mienne l'article auquel je réponds ; mais cette manière de s'armer jusqu'aux dents avec ses amis me parott si cruelle , que j'aime cent fois mieux me présenter nu et être navré.
Outre les emportemens très-condamnablei que je me reproche de mon cAté, je tâcherai de me guérir aussi d'une mauvaise fierté qui dm foit négliger des avis utiles, pour vous mettre en garde sur ce qu'on vous dit contre moi. Par exemple, quand vous commençâtes à me pa^ 1er de M. Brulh avec de grands éloges, je ne voulus rien vous répondre là-dessus, et, en effet, je n'ai rien àdire contre ces éloges,parce que je ne connois point du tout le caractère de M. Bralh. Mais ce que j'aurois pourtant dû vous dire est qu'il vint me voir à Chiswick, et que son aborrf, son air, son ton , ses manières , me repoosièrent à tel point, qu'il ne fut pas en moi deilr bien recevoir.
Je finis sur ce sujet désagréable » pdtr le vous en reparler jamais. J'aurois, sor ccmVus questions que vous me faites dans votre \enR, beaucoup de choses à vous dire que je n^oss confier au papier. J'ignore encore si l'ami qû devoit venir cet automne pourra venir ce priatemps. Je crains qu'il ne soit enveloppé daai les malheurs de sa patrie ; s'il ne vient pas , je ne vois qu'une ressource pour vous parler es sûreté, c'est un chiffre auquel je travaille, tf qu'il faudra bien risquer de vous envoyer par la poste, faute de plus sûre voie. Examinei avec grand soin l'état du cachet de la lettre qui le contiendra , pour savoir si elle n'a point été ouverte ; je vous préviens qu'elle sera «cachetée avec le talisman arabesque que vous connoisâezt et dont on ne sauroit lever et rappliquer rempreintesansqu'il y paroisse. Jeviens de reccvoo^ de M. de Cerjeat une invitation trop obligcanif pour que j'en méconnoiase la source* Quand vous aurez mon chiffre, nous en dirons davantage. Adieu, mon cher hôte ; je sens toute votre amitié, et vous devez connoltre assez mon cœur pour juger de la mienne. Mille teadres respects à la bonne maman. Mylord naairéchal me disoit que les hivers étoient doux ea Angleterre : nous avons ici un pied de glace et
trois pieds de oeige; je ne sentis de ma vie un froid si piquant. j^
On vient de m'âpprendre qoe les papiers publics disent la santé de mylord maréchal en mauvais étaU Eh quoi I mon Dieu 1 toujours des malheurs» et toujours des plus terribles I Ce qui me rassure un peu est qu'en conférant la date de sa dernière lettre avec celle de ces nouvelles» je les crois fausses, mais je ne puis me défendre d'une extrême inquiétude; il ne m'écrira peut-être de très-long-temps ; si vous avez de ses nouvelles récentes, je vous conjure de m'en donner. Je vous embrasse»
Recevez les remerctmens et respects de mademoiselle Le Vasscur.
Je compte tirer dans quelques jours sur vos banquiers une lettre de change de huit cents francs.
A M. LB MâRQOIS DB MIRABEAU.
wootton, It SI JaDfkr I7S7.
II est digne de l'ami des hommes de consoler les affligés. La lettre, monsieur,qae vous m'avez fait l'honneur de m'écrira, la circonstance où elle a été écrite, le noble sentiment qui l'adictée, to main respectable dont elle vient, l'infortuné i qui elle s'adresse, tout concourt i lui donner dans mon cœur le prix qu'elle reçoit du vôire : en vous liaant, en vous aimant par conséquent, j'ai souventdésiré d'être connu et aimé devons. Je ne m'attendoîs pas que ce seroit vous qui feriez les avances, et cela précisément au moment o& j'étois universelleffient abandonné; mais la générosité ne sait rien faire à demi, et votre lettre en a bien la plénitude. Qu'il seroit beau que Tami des hommes donnAt retraite à l'ami de l'égalité ! Votre ofire m'a si vivement pénétré, j'en trouve Fobjet si honorable A l'un et A l'autre, que, par un autre effet, bien contraire, vous me rendrez malheureux peutétro, par le regret de n'en pas profiter; car, quelque doux qu'il me fût d'être votre hête, je vois peu d'espoir à le devenir; mon âge plus avancé que le vôtre, le grand éloignement, mes Kiaux qui me rendent les voyages trèspénibles, l'amour du repos, de la solitude, le désir d'être oublié pour mourir en paix, me font redouter de me rapprocher des grandes
villes où mon voisinage pourroit réveiller une sorte d'attention qui fait mon tourment. D ailleurS| pour ne parler que de ce qui me tien* droit plus près de vous, sans douter de ma sûreté du cêté du Parlement de Paris, je lui dois ce respect de ne pas aller le braver dans son ressort, comme pour lui faire avouer tacitement son injustice, je le dois a votre ministère, à qui trop de marques affligeantes me font sentir que j'ai eu le malheur de déplaire, et cela sans que j'en puisse imaginer d'autre cause qu'un malentendu d'autant plus cruel que, sans lui, ce qui m'attira mes disgrâces m'eût dû mériter des faveurs. Dix mots d'explication prouveroient cela ; mais c*est un des malheurs attachés i la puissance humaine, et a ceux qui lui sont soumis, que quand les grands sont une fois dans l'erreur, il est impossible qu'ils en reviennent. Ainsi, monsieur, pour ne point m'exposer à de nouveaux orages, je me tiens au seul parti qui peut assurer le repos de mes derniers jours. J'aime la France, je la regretrterai toute ma vie; si mon sort dépendoit de moi, j'iroisy finir mes jours, et vous seriez mon hôte, puisque vous n'aimez pas que j'aie un patron ; mais^ selon toute apparence, mea vœux et mon cœur feront seuls le voyage, et mes os resteront ici.
Je n'ai pas en, monsieur, sur vos écrits» l'indifférence de M. Hume, et je pourrois si bien vous en parler, qu'ils sont, avec deux traités de botanique, les seuls livres que j'aie apportés avec moi dans ma malle, mais outre que je crois votre sublime amour-propre trop au-dessus de la petite vanité d'auteur, pour ne pas dédaigner ces formulaires d'éloges, je suis déjà trop loin de ces sortes de matières pour pouvoir en parler avec justesse et même avec plaisir : tout ce qui tient par quelque côté à la littérature et à un métier pour lequel certain nement je n'étois pas né, m'est devenu si parfaitement insupportable, et son souvenir me rappelle tant de tristes idées, que, pour n'y plus penser, j'ai pria le parti de me défaire de tous mes livres, qu'on m'a très- mal à propos envoyés de Suisse : les vêtres et les miens sont partis avec tout le reste. J'ai pris toute lecture dans un tel dégoût, qu'il a fallu renoncer A mon Plutarque : la fatigue même de penser me devient chaque jour plus pénible. J*aime A rêver.
CORRESPONDANCE
mais librement, en laissantiBrrer ma tèle et sans m'asservjr à aucun sujet; et, maintenant que je vous écris, je quitte à tout moment la plume pour vous dire en me promenant mille choses charmantes, qui disparoissent sitôt que je re» Viens à mon papier. Cette vie oisive et contemplative que vous n'approuvez pas, et que je n'excuse pas, me devient chaque jour plus délicieuse; errer seul, sans fin et sans cesse, parmi les arbres et les rochers qui entourent nia demeure, rêver, ou plutôt cxtravagucr à mon aise, et, comme vous dites, bayer aux corneilles; quand ma cervelle s échauffé trop, là calmer en analysant quelque^ mousse ou quelque fougère ; enfin me livrer sans gène à mes Fantaisies, qui, grâces au ciel, sont toutes en mon pouvoir : voilà, monsieur, pour moi la suprême jouissance , à laquelle je n'imagine rien de supérieur dans ee monde pour un homme à mon Âge et dans mon état. Si j'allois dans une de vos terres, vous pouvez compter que je ne prendrois pas le plus petit soin en faveur du propriétaire ; je vous verrois voler, piller, dévaliser, sans jamais en dire un seul mot, ni à vous ni à personne : tous mes malheurs me viennent de cette ardente haine de l'injustice, que je n*ai jamais pu dompter. Je mé le tiens pour dit : il est temps d'être sage, ou du moins tranquille; je suis las de guerres et de querelles ; je suis bien sûr de n'en avoir jamais avec les honnêtes gens, et je n*en veux plus avec les fripons, car celles-là sont trop dangereuses. Voyez donc, monsieur, quel homme utile vous mettriez dans votre maison. A Dièu'ne plaise que je veuille avilir votre offre par cette objection I mais c'en est une dans vos maximes, et il faut être conséquent.
Eu censurant cette nonchalance, vous me t<^péterez.qu6 c'est n'être bon à rien que n'être bon que pour soi (*) : mais peut-on être vraiment' bon pour soi , sans être, par quelque côté, bon pour lesautres? D'ailleurs, considérez qu'il n'app<iriient pas à tout ami des hommes d'être, comme vous, leur bienfaiteur en réalité. Considérez que je n'ai ni état ni fortune, que je vieillis, que je suis infirme, abandonné, persécuté, détesté, et qu'en voulant faire du bien je ferois du mal, surtout à moi-même.
(*) C'est la ménie pensée que dans VÈnMe, livre V, mais elle reçoit Ici une modification et une except ion . G . P .
J'ai reçu mon congé bien signifié, parhn&tvn et par les hommes : je l'ai pris et j'en Teox profiter. Je ne délibère plus si c'est bien ou nul fait, parce que c'est une résolotion prise, et rien ne m'en fera départir. Puisse le publie m'oublier comme je l'oublie l S'il ne veut pas m'oublier, peu m'importe qu'il m'admire oo quil me déchire; tout cela m'est indifférent; je tâche de n'en rien savoir, etqaandjeraih prends je ne m'en soucie guère. Si rexenipie d'une vie innocente etsimpleestutileaaxhoiBmes, je puis leur faire encore ce bien-là; ois c'est le seul, et je suis bien déterminé i ne n> vre plus que pour moi et pour mes amis,» très-petit nombre, mais éprouvés, et qui m suffisent : encore aurois-je pu m'en pisier, quoique ayant un cœur aimant et tendre,poit qui des attachemens sontde vrais besoias;iDa ces besoins m'ont souvent coûté sidier^qa j'ai appris i me suffire à moi-même, et jese suis conservé Tâme assez saine pour le poofw. Jamais sentiment haineux, envieux, Yiodiestf, n'approcha de mon cœur. Le souvenir dess amis doime à ma rêverieun charme qvtks» | venir de mes ennemis ne trouble poimlenift tout entier où je suis» et point où somoeaqù me persécutent. Leur haine, quand elle aic^ pas, ne trouble qu'eux, et je la leur laisKpov toute vengeance. Je ne suis pas parfàitesat heureux, parce qu'il n'y a rien de parfait iobas, surtout le bonheur ; mais j'en suis v» près que je puisse l'être dans cet ezil.Feo^ chose de plus combleroit mes vœux,moio&^ maux corporels, un climat plus doux, uDoè plus pur, un air plus serein, surtout de8C(B8& plus ouverts, où, quand le mien s'épanche,^ sentit que c'est dans un autre. J'ai ce bonbfiE en ce moment; et vous voyez que j'en profe j mais je ne l'ai pas tout-à-fait impunément*,^ tre lettre me laissera des souvenirs qui nesdfaceront pas, et qui me rendront parfois moc tranquille. Je n'aime pas les pays arides, etli Provence m'attire peu ; mais cette terre eu &i goumois, qui n'est pas encore en rapport,^ où l'on peut retrouver quelquefois ianauu«)0 donnera souvent des regrets qui ne seront pi tous pour elle. Bonjour, monsieur le msK^^ Je hais les formules, e( je \*ous prie de o^ dispenser. Je vous salue Irès-humblemeo^ * de tout mon cœur.
A H. D'nrsMiois.
Woottoo, le S4 JanvUr 1707.
Jamais 9 monsieur, je n'ai écrit» ni dit, ni pensé rien de pareil aux exlravagances qa*on vous ditaroir été trouvées écrites de ma main dans les papiers de M. Le Nieps» non plus que rien de ce que M. de Voltaire publie, avec son impudence ordinaire, être écrit et signé de moi dans les mains du ministre Montmollin. Votre inépuisable crédulité ne me fAche plus, mais elle m*étonne toujours, et d'autant plus en cette occasion, que tous avez pu voir dans nos liaisons que je ne suis pas Tisionnaire, et dans le Canirat social^ que je n'ai jamais approuvé le gouvernement démocratique. Avez-vous donc assez grande opinion de la probité de itaes ennemis pour les croire incapables d'invenler des mensonges, et peuvent-ils obtenir votre estimé aux dépens de celle que vous me devez?
Tandis que votre facilité à tout croire en montre si peu pour moi, la mienne pour vous et vos magnanimes compatriotes augmente de jour en jour. Le courage et la fermeté n'est pas en eux ce qui frappe, je m'y attendois : mais je ne m'attendois pas, je l'avoue, à voir tant de sagesse on même temps au milieu des plus grands dangers. Voici la première fois qu'un peuple a montré ce grand et beau spectacle; il mérite d'être inscrit dans les fastes de rbistoire. Vos magistrats, messieurs, se conduisent dans toute cette affaire comme un peuple forcené ; et vous Vous conduisez, dans les périls terribles qui vous menacent, avec toute la dignitédes plus respectables magistrau. Jecrois voir le sénat de Rome assis gravement dans la place publique, attendant la mort de la main des Gaulois. Voici la première et dernière fois que, depuis notre entrevue de Thonon , je me eerois permis de vous parler de vos affaires; mais je n'ai pu refuser ce mot d'admiration à celle que vous m*inspirez. Vous savez quel fut constamment mon avisdans cette entrevue; et, comme je vous rends de bon oosur la justice qui vous est due, j*espère que vous ne me refuserez pas non plus, dans l'occasion celle que vous me devez. Je n'ai rien de plus à vous dire. I>e tels hommes n'ont assurément plus besoin de conseils, et ce n'est pas à moi de leur en donner. Mon service est fait pour le'rcstc de
T IV
ma vie ; il ne me reste qu'é mourir en repos si je puis.
Vous ne doutez pas, mon ami, du tendre empressement que j'aurois de vous voir. Cependant il convient, pour mon repos et pour votro avantage, que nous ne nous livrions à ce plaisir que quand tout sera fini de manière ou d'autre dans votre ville. Le public, qui me eonnoît si peu, et qui me juge si mal , ne doute pas que je n'aille toujours semant parmi vous la dis* corde ; et l'on prétend m'avoir vu moi-méms le mois dernier, caché en Suisse pour cet effet. Tout ce que vous feriez de bien serait mal, sitôt qu'on présumeroit que c'est moi qui l'ai conseillé. Ne venez donc que couronné d'on ra« meau d'olives, afin que nous goiktions le plaisir de nous voir dans toute sa pureté. Puisse arriver bientôt cet heureux moment! personne au monde n'y sera plus sensible que le cœur de votre ami.
A M. DDTBNS.
Woottoo, le 5 février 1707.
J*étois, monsieur, vraiment peiné de ne pon^ voir, faute de savoir votre adresse, vous faire les remerclmens que je vous devois. Je vous en dois de nouveaux pour m'avoir tiré de cette peine, et surtout pour le livre de vourecompo* sition que vous m'avez fBiit Thonneur de m'envoyer i^). Je suis fâché de ne pouvoir vous en parler avec connoissance, mais ayant renoncé pour ma vie à tous les livres, je n'ose faire exception pour le vôtre : car, outre que je n'ai jamais été assez savant pour juger de pareille matière, je craindrois que le plaisir de vous lire ne me rendit lego&t de la littérature, qu'il m'importe de ne jamais laisser ranimer. Seulement je n'ai pu m'empêcher de parcourir Farticle de la botanique, à laquelle je me suis consacré pour tout amusement ; et si votre sen« timent est aussi bien établi sur le reste, vous aurez forcé les modernes à rendre Thommage
(*) C'est rooTrage isUtulé ReehêreheM sur l'origlMê de» déeimvertêt attribuéu aux modems, pobUéen 476S, et (loul la quatrième édIUuo eat de 4SI2, 2 vol. fn-S*. Buteos, auteur et ëdllmr de beaucoup d'ouvrages, étolt an Fraoçoia établi i Londres, où il est mort en 1812, étant membre de la Société royale; el ayant le titre d'historiographçdn roi de la Grande* Bretagne. G* i*.
CORRESPONDANCE
qu'ils doivent aux anciens. Vous avez trës-sagement fait de ne pas appuyer sur les vers de Claudien ; Tautorîté eiit été d'autant plus foiblo» que des trois arbres qu'il nomme après le palmier, il n'y en a qu'un qui porte les deux sexes sur différens individus (*)• Au reste, je ne conviendrai pas tout-à-fait avec vous que Tournefort soit le plus grand botaniste du siècle ; il a la gloire d'avoir fait le premier de la botanique une étude vraimeot méthodique; mais cette étude encore après lui n'étojt qu'une étude d'apothicaire. Il étoit réservé à l'illustre Linnœus d'en faire une science philosophique. Je sais avec quel mépris on affecte en France de traiter ce grand naturaliste, mais le reste de l'Europe l'en dédommage » et la postérité l'en vengera. Ce que je dis est assurément sans partialité, et par le seul amour de la vérité et de la justice; car je ne connois ni il. Linneus, ni aucun de ses disciples^ ni aucun de ses amis.
Je n'écris point à M. Laliaud, parce que je me suis interdit toute correspondance, hors les cas de nécessité ; mais je suis vivement touché et de son zèle , et de celui de Testimable anonyme dont il m'a envoyé récrit (*^), et qui prenant si généreusement ma défense, sans me connoitre, me rend ce zèle pur avec lequel j'ai souvent combattu pour la justice et la vérité, ou pour ce qui m'a paru l'être, sans partialité, sans crainte et contre mon propre intérêt. Cependant je désire sincèrement qu*on laisse hurler tout leur soûl ce. troupeau de loups enragés, sans leur répondre. Tout cela ne fait qu'entretenir les souvenirs du public, et mon repos dépend désormais d'en être entièrement oublié. Votre estime, monsieur, et celle des himvmes de mérite qui vous ressemblent, est a^sez pour moi. Pour plaire, aux méchans, il
• (') Voici ces vers qui, en effet, rapfirochés de ceux qui tes (irécêicilt et de ceux qui les buiveut, u'utfrent antre cliose .|ii ua LdUt d'inugiuallou, ne pruuvaulrien par lui même t
. Viruat In Vf B«c«m tnutm^ «amUquc rkistia B KdU ubor MWh ««Uai «4 ainUi» i-êimm
• Vmdêtmj popoUo luapint populiu i«tv ,
• El pUuBt plataaiaf alnoqtt* MiimiUt »!■«•. •
CkASDiAU. , <• N«ptiu lleuerii et IImI». G. P.
(**) Précis pofrr M. Jean Jacques Rousseau t en féfianseà l'Exposé succiuct do ill. If urne, réliu primé sous le titre û'Obgervation sur V Exposé succinct, et inséré «lins TétiiUon <Sfl Genève ( tunie IV do.preinier SuppUutfiut ). et dam l'édition lie Puincot, tome XXVH. t;.- f*.
faudroit leur ressembler; je n'acbèteni pu i ce prix leur bienveillance.
Agréez, monsieur, je vous supplie, mes silutations et mon respect.
Vous pouvez, monsieur, remetU'e a M. Daveiiport ou m'expédîer par la poste à sob adresse ce que vous pourrez prendre la p^ioe de m'envoyer : l'une et Tautre voie est à voire choix et me parott sûre. Quand M.Davenport n'est pas à Londres, il n'y a plus alors que la poste pour les lettres, et le waggon d'Ashkm pour les gros paquets. On m'écrit qu'il se fiit à Londres une collecte pourriufortuDcpetipie de Genève ; si vous savez qui est chargé drs d^ niers de cette collecte, tous m*obligerez d'ei informer M. Davenport.
A M. LE DOC DE GRàriTOll.
Wootton, le 7 terrier 17C7.
Monsieur le duc ,
Je vous dois des remercfmens que je rw prie d'agréer. Quoique les droits qu'ooimii exigés pour mes livres à la douane DM^nisr sent forts pour la chose et pour maboane, j*étoisbien éloigné d'en demander, et d'en désirer le remboursement. Vos bontés, trè»-gn> tuites sur ce point, en sont d'autant plus obi)* géantes ; et puisque vous voulez que jj rcconnoisse même cellesdu roi, je metieusaiiiH flatté qu'honoré d'une grâce d'un prix io«^' mable , par la source dont elle vient, et je b reçois avec la reconnoissance et la véoératioD que je dois aux faveurs de sa majesté, passant par des mains aussi dignes de les répandre,
Daignez, M. le duc, recevoir avec bonté I» assurances do mon profond respect.
k MADAME LATOOR.
WoottOB, le 7 féf rier IT»-
Je viens de recevoir, dans laméme brochure, deux pièces dont on ne m'a point voulu ood* mer les auteurs. La lecture de la première m a fait chérir le sien, sans me le faire coonobre. Pour la seconde, en la lisant le cœur m'a batUi et j'ai reconnu ma chorc Marianne. J'cspèrt qu'elle me connolt aussi.
A M. GCT.
WoottOD. le 7 féTticr 1767.
J'ai lu, monsieur, avec attendrissement l'ouvrage de mes défenseurs^) don t vous ne m'aviez point parlé. 11 me semble que ce n etoit pas pour moi que leurs honorables noms dévoient éire un secret, comme si Ton vouloit les dérober à ma reconnoissance. Je ne vous pardonnerois jamais surtout de m*avoir tu celui de la dame, si je ne Teusse à l'instant deviné. C'est de ma part un bien petit mérite : je n'ai pas assez d'amis capables de ce zèle et de ce talent pour avoir pu m'y tromper. Voici une lettre pour elle, à laquelle je n'ose mettre son nom, à cause des risques que peuvent courir mes lettres, mais où elle verra que je la reconnois bien. Je vous charge, M. Guy, ou plutôt j'ose vous permettre en In lui remettant, de vous mettre en mon nom à genoux devant elle, et de lui baiser la main droite, cette charmante main plus auguste que celle des impératrices et des reines, qui sait défendre et honorer si pleinement et si noblement Finnocence avilie. Je me flatte que j'aurois^recoimude même son digne collègue, si nous nous étions connus auparavant, mais je n'ai pas eu ce bonheur; et je ne sais si je dois m'en féliciter ou m'en plaindre, tant je trouve noble et beau que la voix de l'équité s'élève en ma faveur, du sein même des inconnus. Les éditeurs du factum de M. Hume disent qu'il abandonne sa cause au jugement des esprits droits et des cœurs honnêtes : c'est là ce qu'eux et lui se garderont bien de faire, mais ce que je fiiis moi avec confiance, et qu'avec de pareils défenseurs j'aurois fait avec succès. Cependant on a omis dans ces deux pièces des choses très-essentielles ; et on y a fait des méprises qu'on eût évitées si, m'avertissant à temps de ce qu'on vouloit faire, on m'eût demandé des éclaircîssemens. Il est étonnant que personne n'ait encore mis la question sous son vrai point de vue ; il ne falloit que cela seul, et tout ét^ît dit.
Au reste, il est certain que la lettre que je vous écrivis a été traduite par extraits faits,
O C*«st le Pféeif oo Observationt iur C Exposé Mveeinct, dont il âélé parlé dans la note lirécédenle;celO^«frra(fon« étoifnt •ulTi'-8 dnnf Icflre demadanie •• '(Latour de Pran()*!e- ▼i|!e) I Tailleur de la Justification de M* Rousiêùtt, Q. P,
comme vous pouvez penser, dans les papiers de Londres, et il n'est pas difficile de comprendre d*où venoient ces extraits, ni pour quelle fin.
Mais voici un fait assez bizarre qu'il est fâcheux que mes dignes défenseurs n'aient pas su. Groiriez-votts que les deux feuilles que j'ai citées du Saint-James Chronicle ont disparu en Angleterre? M. Davenport les a fait chercher inutilement chez l'imprimeur et dans les cafés de l^ndres, sur une indication suffisante, par son libraire, qu'il m*a assuré être un honnête homme, et il n'a rien trouvé; les feuilles sont éclipsées. Je ne ferai point de commentaires sur ce fait, mais convenez qu'il donne à penser. Oh ! mon cher monsieur Cuy, faut-il donc mourir dans ces contrées éloignées, sans revoir jamais la face d'un ami sûr, dans le sein duquel je puisse épancher mon cœur !