‹ Œuvres complètes de J.J. Rousseau, avec des notes historiquesChapitre 110 sur 158 · A MYLORD COMTE OB BARCOURT · texte numérisé non relu

A MYLORD COMTE OB BARCOURT

Wootton, le 7 février 4767,

Il est vrai, mylord, que Je vous croyoîs anti de M. Hume ; mais la preuve que je vousicroyois encore plus ami de la justice et de la vérité est que, sans vous écrire, sans vous prévenir en aucune façon, je vous ai cité et notliimé, avec confiance, sur un fait qui étoit A sn charge, sans crainte d'être démenti par vous. Je ne suis pas asses injuste pour juger mal par M. Hume de tous ses amis : il en a qui le connoissent et sont très-dignes de lui ; mais il en a ausài qtit ne le connoissent pas; et ceux-là méritent qu'on les plaigne, sans les en estimer moins. Je suté très-touché, mylord, de vos lettres, et trèssensible au courage que vous avez de vous montrer de mes amis parmi vos compatriotes et vos pareils, mais je suis fâché pour eux qu'il faille à cela du courage : je connois des gens mieux instruits chez lesquels on y mettroi.1 de

la vanité* Je vous prouverai, mylord,. mon entière et

pleine confiance en me prévalant de vos offres ;

et dès à présent j'ai une grâce à vous d^-man-

der , c'est de me donner des nouvelles d^

M.Waielet. II est ancien ami de M. d'AIembert,

mais il est auss* mon ancienne connoissancei

CORRESPONDANCE

et les seuls jugemens que je crains sont ceux des gens qui ne me connoissent pas. Je puis bien dire de M. Watelet, au sujet de M. d'Alembert, ce que j'ai dit de vous au sujet de M. Hume ; mais je connois l'incroyable ruse de mes ennemis capable d'enlacer dans ses pièges adroits la raison et la vertu mêmes. Si M. Watelet m*aime toujours, de grâce, pressez-vous de me le dire, car j'ai grand besoin de le savoir. Agréez, mylord, je vous supplie, mes très-humbles salutations et mon respect.

A M. DAVINPORT.

Le 7 février 1707.

J'ai reçu hier, monsieur, votre lettre du 5, par laquelle j'apprends avec grand plaisir votre entier rétablissement. Je ne puis pas vous annoncer le mien tout-à*-fait de même; je suis mieux cependant que ces jours derniers.

Je suis fort sensible aux soins bienfaisans de M. Fitzherbert, surtout si, comme j'aime à le croire, il en prend autant pour mon honneur que pour mes intérêts. Il semble avoir hérité des empressemens de son ami M. Hume. Gomme j'espère qu'il n'a pas hérité de ses sentimens, je vous prie de lui témoigner combien je suis touché de ses bontés.

Voici une lettre pour M. leducdeGraffton, que je vous prie de fermer avant de la lui faire passer. Je dois des remercf mens à tout le monde; et vous , monsieur, à qui j'en dois le plus, êtes celui à qui J'en fais le moins : mais, comme vous ne vous étendez pas en paroles, vous aimez sans doute à être imité. Mes salutations, je vous supplie, et celles de mademoiselle Le Yasseur à vos chers enfans et aux dames de votre maison. Agréez son respect et mes très-humbles salutations.

AU MÊME

Février 4767.

Bien loin, monsieur, qu'il puisse jamais m'ê* tre entré dans Tesprit d'être assez vain, assez 90t, et assez mal appris pour refuser les grâces du roi, je les ai toujours regardées et les regarderai toujours comme le plus grand honneur

qui me puisse arriver. Qaand jeconsduinvlord maréchal si je les accepterois, ce n'étôit certainement pas que je fusse là-desius ea doute, mais c'est qu'un devoir particulier et indispensable ne me permettoit pas de le îm que je n'eusse son agrément. J'étois bien sûr qu'il ne le refuseroit pas. Mais, monsieur, quand le roi d'Angleterre et tous les souverains de l'univers mettroient à mes pieds tous leun trésors et toutes leurs couronnes, par lesmaios de David Hume, ou de quelque autre homne de son espèce, s'il en existe, je les rejetteros toujours avec autant d'indignation que, dae tout autre cas, je les recevrois avec respecte) reconnoissance. Voilà mes sentimens, dont rieo ne me fera départir. J'ignore à quel son, i quels malheurs la Providence me résenrecicore; mais ce que je sais, c'est que les sentimens de droiture et d'honneur qui sont graTÔ dans mon cœur n'en sortiront jamais qn'aw mon dernier soupir. J'espère^ pour cettein, que je me serai exprimé clairement.

Il ne faut pas, mon cher monsieur, jitw en prie, mettre tant de formalités à Taftif^ mes livres : ayez la bonté de montreriseii^ logue à un libraire, qu'il note les priiieœa des livres qui en valent la peine : suroettecstimation, voyezs'il y en a quelques-unsdoniTon ou vos amis puissiez vous accommoder; bciio le reste, et ne cédez rien à aucun libraire,a8i qu'il n'aille pas sonner la trompette par la rie qu'il a des livres à moi. Il y en a quelquenns, | entre autres le livre de lEsprit, iu-À^ de ii I première édition, qui est rare, et où j'ai ftf quelques notes aux marges; je voudrois bi« que ce livre-là ne tombât qu'entre des nais amies. J'espère, mon bon et cher hAie, qx vous ne me ferez pas le sensible affront (i( refuser le petit cadeau de mes ouvrages.

Les estampes avoient été mises par moni» dans le ballot des livres de botanique qui a^ été envoyé; elles ne s'y sont pas trouTées,(i les porte-feuilles me sont arriva vides: j'igB<^" absolument où Becket a jugé à propos de foor rer ce qui étoit dedans.

Je voulois remettre à des momens plus irafl quilles de vous parler en détail de vosenv()ià ce qui m'en platt le plus est que si vous ente dôi que je reste dans votre maison jusqu'à ce qQ la muscade et la caimello soient consomoièf

je n'en démarrerai pas d'un bon siècle. Le tabac est trèfl-bon, et même trop bon, puisqu'il s'en consomme plus YÎte : je tous fais mon remerctment de Templette , et non pas de la chose, poisqae c'est une commission » et vous sarez les règles. L'eau de la reine de Hongrie m'a fait le plus grand plaisir, et j'ai reconnu là un sou- Tenir et une attention de M. de Luzonne, à quoi j'ai été fort sensible. Mais qu'est-ce que c'est que des petits carrés de saron parfumé? à quoi diable sert ce savon? je veux mourir si j'en sais rien, à moins que ce ne soit à faire la barbe aux poces. Le café n'a pas encore été essayé, parce que vous en aviez laissé, et qu'ayant été malade il en a fallu suspendre l'usage. Je me perds au milieu de tout cet inventaire. J'espère que, pour le coup, vous ne ferez pas de même, et que vous recueillerez les mémoires des mar* chands, afin que quand vous serez ici, et qu'il s'agira de savoir ce que tout cela coûte, vous ne me disiez pas, comme à l'ordinaire, je n'en sais rien. Tant de richesses me mettroient de bonne humeur si les désastres de nos pauvres Genevois, et mes inquiétudes sur mylord maréchal, n'empoisonnoient toute ma joie. J'ai craint pour vous l'impression de ces temps humides, et je la sens aussi pour ma part. Voici le plus mauvais mois de l'année ; il faut espérer que celui qui le suivra nous traitera mieux. Ainsi soit-il. Mademoiselle Le Vasseur et moi faisons nos salutations a tout ce qui vous appartient, et TOUS prions d'agréer les nêtres.

A M. DIVERNOIS.

WootUio, le 7 février I7e7.

J'ai fait, cher ami, une étourderie épouvantable, qui sûrement me coûtera plus cher qu'à vous. Dans une distraction causée par la diversité des affaires pressées, je vous ai adressé en droiture une lettre dans laquelle je parloia ouvertement de votre futur voyage , et d'autres choses où le secret n'étoit pas moins requis. Comme je ne doute pas un instant que cette lettre ne soit interceptée, je vous en transcris ce que j'ai pu tirer d'un premier chiffon barbouillé, <|u'ii a fallu recommencer n*

r*) C'est la lettre da Si janvier ITef, cidevant, pjge 66S.

Voilà ce que je vous écrivois il y a huit jours et que je vous confirme : mais ayant appris depuis lors à quelle extrémité votre pauvre peuple est réduit, je sens déchirer mes entrailles patriotiques, et je crois devoir vous dire qu'il est, selon moi, temps de céder. Vous le pouvez sans honte , puisque la résistance est inutile, et vous le devez pour conserver ce qui vous reste^ après vos lois et votre liberté. Quand je dis ce qui vous reste, je n'entendspas bassement vos biens, mais votre pays, vos familles, et ces multitudes de pauvres compatriotes, à qui le pain est encore plus nécessaire que la lit>erté« J'apprends que vous vous cotisez généreuse* ment pour ces pauvres gens ; je voudrois bien pouvoir suivre ce bon exemple. J'enverrai quelque bagatelle aux collecteurs de lx>ndres, selon mes moyens; mais je vous prie d*avoir recours pour moi à madame Boy de La Tour, afin qu'étant une des causes innocentes des misères de ce pauvre peuple , je contribue aussi eo quelque chose à son soulagement.

Adieu, mon ami ; je vous embrasse tendrement. J'ai le plus grand besoin de vous voir; mais, encore un coup, ne venez que quand vos affaires seront finies. Co délai importe, et vous pourriez trouver quelque obstacle à passer. Malgré mon étourderie, venez à petit bruit autant qu'il sera possible. Mais j'ai changé d'avis sur votre séjour à Londres, et je serois bien aise que vous vous y arrêtassiez quelques jours pour connoîire un peu par vous-même l'air du bureau ; car enfin , si de là vous voulez absolument venir, personne n'aura le pouvoir de vous en empêcher. J'embrasse nos amis : ne m*Ottbliez pas, je vous en supplie, auprès de madame d'Ivernois.

Bien des remerdmens et respects de mademoiselle Le Vasseur. Si je ne vous ai pas tou-> jours répété la même chose à chaque lettre, c'est qu'il me sembioit quecela n'avoit plus besoin d'être dit , car il n'y a pas de fois qu'elle ne m'en ait chargé.

A MYLORD HàRÊCHAL.

Le S féTricr 1767

Quoi, mylord, pas un seul mot de vousl Quel silence, et qu'il est cruel I Te n'est pas le

CORRESPOm>ANC£«

pis encore : madame la duchesse de Portland*! tièrement à leur volonté : ils pcDTent tout, m a donné les plus grandes alarmes en me mar- hors de m engager dans ane dispute , ce qui

quant que les papiers publics vous avoient dit fort mal, et me priant de lui dire de vos nouvelles. Yousconnoissez mon cœur^ vous pouvez juger de mon état ; craindre à la fois pour votre amitié et pour votre vie, ah ! c'en est trop. J'ai écrit aussitôt à M. Rougemont pour avoir de vos nouvelles : il m'a marqué qu*en effet vous aviez été fort malade , mais que vous étiez mieux. Il n'y a pas là de quoi me rassurer assez» tant que je ne recevrai rien de vous. Mon protectcur^mon bienfaiteur, mon ami, mon père, aucun de ces titres ne pourra-t-U vous émou* voir? Je me prosterne à vos pieds pour vous demander un seul mot. Que voulez-vous que je marque à madame de Portiand ? lui dirai-je : Madame, mylord maréchal m'aimoit^ mais il me trouve trop malheureux pour m'aimer encore f il ne m^éerit plus La plume me tombe des mains.

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