‹ Œuvres complètes de J.J. Rousseau, avec des notes historiquesChapitre 111 sur 158 · A M. GR AN VILLE · texte numérisé non relu

A M. GR AN VILLE

WoottoD, février 4767.

Je crois, monsieur, la tisane du médecin espagnol meilleure et plus saine que le bouillon rouge du médecin François ; la provision de miel n'est pas moins bonne , et si les apothicaires fournissoient d'aussi bonnes drogues que vous, ils auroient bientôt ma pratique; mais, badinagc à part, que j'aie avec vous un moment d'explication sérieuse.

. Jadis j'aimois avec passioji la liberté, l'égalité ; et, voulant vivre exempt des obligations dont je ne pouvois m'acquitter en pareille monnoie, je me refusois aux cadeaux même de mes amis, ce qui m*a souvent attiré bien des querelles. Maintenant j'ai changé de goût, et c'est moins la liberté que la paix que j'aime; je soupire incessamment aprëa elle ; je la préfère désormais à tout: je la veux à tout prix avec mes amis ; je la veux même avec mes ennemis , s'il est possible. J'ai donc résolu d'endurer désormais des uns tout le bien , et des autres tout le mal qu'ils voudront me faire, sans disputer, sans m'en défendre, et sans leur résister en quelque façon que ce soit» Je me livre à tous pour faire de niDi, soit pour, soit contre, en-

très-certainement n*arrivera plus de mes jouii. Vous voyez, monsieur, d'après cela, combien vous avez beau jeu avec moi dans les cadeaux continuels qu'il vous plaît de me faire : maisii faut tout vous dire : sans les refuser, je n'eii serai pas plus reconnoissant que si vous ne m'ei faisiez aucun. Je vous suis attaché , monsieur, et je bénis le ciel , dans mes misères , de !j consolation qu'il m'a ménagée en me donaau un voisin tel que vous : mon cœur est pleio et Tintérét que vous voulez bien prendre à wà, de vos attentions, de vos soins, de tos bontés, mais non pas de vos dons : c'est peine perdoe, je vous assure; ils n'ajoutent rien à mes seoiimens pour vous , je ne vous en aimerai ps moins, et je serai beaucoup plus h mon aises vous voulez bien les supprimer désormais.

Vous voilà bien averti, monsieur ; tous sain comment je pense, et je vous ai parlé.ti-ès-sèrieusement. Du reste , votre rolonté soit fak et non pas la mienne; vous serez lùiqoetsk maître d'en user comme il vous plain.

Le temps est bien froid pour seoecirecm route. Cependant, si vous êtes absolom^iTê» solu de partir, recevez tous mes souhaits pour votre bon voyage et pour vbtre prompt et besrenx retour. Quand vous verrez madame b duchesse de Portiand , faites-lui ma cour, je vous supplie ; rassurcz-la sur l'état de mylori maréchal. Cependant, comme je ne serai pat* faitement rassuré moi-même que quand j'aora de ses nouvelles, sitôt que j*en aurai reçu ja»rai l'honneur d'en faire parte madame la dechesse. Adieu, monsieur, derechef; bon Toyag^, et souvenez*vous quelquefois du pauvre h«^ mite votre voisin.

Vous verrez sans doute votre aimable nièce: je vous prie de lui parler quelquefois du capti qu'elle a mis dans ses chaînes et qni s'bonofc de les porter.

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