M. GUY
Écrite de Nonnandle, le 6 août 17S7.
Remerciez mon excellente amie, madame La Tour, de son petit billet , et dites-loi que les premiers épanouissemens de mon coeur seront pour elle ; je ne peux rien de plus quant à présent. Elle m'avoit envoyé son adresse, mais sa lettre est restée avec mes papiers , et il m*est ^ impossible de m'en souvenir.
A M. LB HARQOIS PI MIEABEAU.
Tryei le 12 août 1767.
Je suisaffligé, monsieur, que vous me meccief dans le cas d'avoir un refus à vous faire; ma» ce que vous me demandez est contraire à ma plus inébranlable résolution, même à mes en* gagemens, et vous pouvez être assuré que de ma vie une ligne de moi ne sera imprimée de mon aveu. Pour ôter même une fois pour toutes les sujets de tentation, je vous déclare que dès ce moment je renonce pour jamais à toute autre lecture que des livres de plantes, et même à celle des articles de vos lettres qui pourroient réveiller en moi des idées que je veux et dois étouffer. Après cette déclaration, monsieur, si vous revenez à la charge, ne vous offensez pas que ce soit inutilement.
, Vous voulez que je vous rende compte de la manière dont je suis ici. Non, mon respectable ami ; je ne déchirerai pas votre noble cœur par unsemblablerécit.Lestraitemensque j'éprouve en ce pays de la part de tous les habitans sans exception, et dès Tinstant de mon arrivée, sont trop contraires à Tesprit de la nation et aux intentions du grand prince qui m'a donné cet hospice, pour que je les puisse imputer qu'à un esprit de vertige dont je ne veux pas même rechercherla cause. Puissent-ils rester ignorés de toute la terre I et puissé-je parvenir moi-même à les regarder comme non avenus I
Je fais des vœux pour rheureux voyage de ma bonne et belle compatriote que je croîs déjà partie. Je suis bien fier que madame ia com-* tesse ait daigné se rappeler un homme qui n'a eu qu'un moment Tbonneur de parottre à ses jeux, et dont les abords ne sont pas brîNans; eJleauroit tropi faire s*il falloit qu'elle gardât un peu des souvenirs qu'elle laisse à quiconque a eu le bonheur d^ la voir. Receves mes plus tendres embnissemens.
A MADAME LA MARiCHALB DB LDUMBOURG.
Trye, le 16 août 4767.
Je compte si parfaitement» madame la maréchale» sur la continuation de toutes vos bontés pour moi» que je viens y recourir avec la plus parfaite confiance* en vous suppliant d'obtenir de M* le prince 4a Conti la permission de quitterceséjoursansenconrir sa disgrÂCe. J'ose désirer encore desavoir si le gouvernementap* prouve, ou non, que je m'établisse dans quelque coin du royaume» où je puisse vivre et mourir en paix, soua la protection de «on altesse, ou si je dois continuer ma route pour chercher un asilo ailleurs. Je vous conjure» madame la maréchale» par une mémoire respectable et si chère à votre cœur» de vouloir prendre les informations nécess^es.pqpr me tirer de l'incertitude où je snis sur cç qu'il m'est permis de faire; ciur ma résolution est de n'accepter plus de logement gratuit chez personne. Le grand prince qui a bien voulu m'en accorder on sera mon dernier hAte» et je crois devoir à l'honneur qu'il m'a fait de n'en accepter plus de personne un semblable. Mais» pour oser me donner un asile indépendant» il faut» quelqiie obscur et reculé qu'il soit, et quelque incognito que je garde, que j'aie quelque sûreté d'y être laissé en paix. Ah I madame, que je vous doive le repos des derniers jours de ma vie; il m'en parottra cent fois plus doux.