A M. LE MARQUIS DB MIRABEAU
Ce 22 août 1767.
Je vous dois bien des remerctmens» monnienr» pour votre dernière lettre, et je vous les
fats de tout mon cœur. Elle m'a lire d'une grande peine ; car» vous étant aussi sincèrement attaché que je le suis» je ne pwrrpis rester un moment tranquille dans la crainte de vous avoir déplu. Grâces à vos bontés, me voilà tranquil* lise sur ce point. Vous me trouvez grognon : passe pour cela : je réponds du moins que vous ne me trouverez jamais ingrat; inais n'exigez rien de ma déférenccT et de mon amitié contre la clause que j'ai le plus expressément êtipulée ; car je vous confirme, pour la dernière fois| qiie ce seroit inutilement.
J'ai tort de n'avoir rien mis pour H. Tabbé; mais ce tort n'est qu>xtérieur et apparent, je vous jure. Il me semble que les hommes de son ordre doivent deviner l'impression qu'ils font sans qu'on la leur témoigne. La nfison même qui m'empèChoît fle répondre a sa polftesse est obligeante poqr lui, puisque c'ètoit la crainte d'être entraîné dans des discussions que je me suis interdites» et où j'avois peur de n'être pas le plus fort. Je vous dirai tout franchement que j'ai parcouru chez vous quelques pages de son ouvrage» que vous aviez négligemment laissé sur le bureau de M. Garçon» et que sentant que je mordois un peu à Thameçon, je me suis dépéché de fermer le livre avant que j'y fusse tout-à-fait pris. Or» prêchez et patrocinez tout à votre arae, je vous promets que je ne rouvrirai de mes jours ni celui-là» ni les vôtres» ni aucun autre de pareil acabit : hors TAstree» je ne veux plus que des livres qui m'ennuient» ou qui ne parlent que <ie mon foin.
Je crains bien que vous n'ayez deviné trop jjuste sur la source de ce qui se passe iei» et dont vous ne sauriez même avoir fidée; mais tout cela n'étant point dans l'ordre naturel des choses ne fournit point de conséquence contre le séjour de la campagne, et ne ifl*en rebute assurément Hfis. Ce qu'il faut fuir n'est pas la campagne, mais les maisons des grandset des prinees qui ne sont point tes maîtres chez eux, et ne savent rien de co4(uî s'y fait. Mon malheur est, premièrement» d'habiter dans un château, et non pas sous un toit de chaume; chez autrui» et non pas chez moi, et surtout d'avoir on hôte si élevé, qu'entre lui et moi il faot nécessaire* ment des intermédiaires. Je sens bien qu'il faut me détacher de l'espoir d'un sort tranquille et d'une vie rustique; mais je ne puis m'empécher
GOi
CORRESPONDANCE
de soupirer en y sondant. Aimez-moi et plai- | venoitphisdfi se mêler d'aucune affaire qiire* ^nez-moi. Ah I pourquoi fatit-il que j'aie fait {nardàt Neuch&tel en aocune sorte; qu'il avoii
<les livres? j'étois si peu fait pour ce triste méiferî J'ai le cœur serré, je finis et vous embrasse.
A M. d'iVERNOIS.
Ati château lU* Trye, ce 1* août i7C7.
Je u ai reçu que depuis peu de jours, mon bon ami, votre lettre du 20 mai, adressée à Wnotton; elle étoikdans le plus triste état du Hîonde, à demi bcùlée, et paroissant avoir été ouverte plusieurs fois : les pièces que vous y avez jointes, ayant grossi le paquet ont augmenté la curiosiié. Je ne sais pourquoi vous vous obstinez à nf envoyer dd'parftilles pièces; peine qui ne peut servir de rien, ni à vous, ni à moi, ni à personne, et qui empêchera toujours que vos lettres ne me parviennent fidèlement. Quand vos affaires seront accommodées, apprenez-lemoi pour consoler mon cœur : jusque-là ne me parlez que de vous.
Lorsque je doutois que vous vinssiez me voir à Wootton, ce n'étoit pas de votre volonté que j'étois en peine, mais bien des obstacles que vous trouveriez à Tcxécuter : soyez persuadé que, si vous m'étiez veau voir en Angleterre, de quelque manière que vous vous y fussiez pris, vous n'auriez point passé Londres. Si jamais la concorde renaît parmi vous, j*ai lieu d*espérer que n'ayant plus à courir si loifif vous aurez moins de difficultés à me rejoindre : ' M* Du Peyrou vous en indiquera les moyens quand il sera temps, et soyez sûr que l'espoir de vous embrasser est un de ceux qui me font encore aimer la vie.
Je ne sais comment j*a vois oublié de vous rendre compte de t'affa i re dont vous m'av j^ chargé à Berlin; j aurois juré de vous en avoir rendu comptQ il y a long-temps; car, dans mon premier moment de relâche, j'écrivis à cet effet à mylord maréchal ; c'étoit précisément quand M. Michel venoit d'être nommé. Mylord me répondit qu'il étoit allé exprès à Berlin pour parler aux ministres de votre affaire; qu'il falloit nécessairement que vous vous adressassiez direclement à eux ou au vice-gouverneur ; que, depuis la nomination du dernier, il ne lui con- ,
refusé au colonel Chaiitetde se mêler d'une affaire pareille à celle qu'il venoit de proposera ma sollicitation, et qu'il meprioitdeneplusihe charger à l'avenir de recommandations aoDr^ de' lui de quelque espèce qu'elles pussent être. Je ne doule pas qu'en vous adressant direct?ment au ministère, votre affaire ne tMssûi^^ > difficulté, d'autant plus qu'elle a déjà été ;r) posée , et qu'on est toujours bien venu dans ci. r cour-là quand on se présente avecdeTargeii En partant de l'île de Saint-Pierre, je Iîms&h'î papiers avec tous les miens à M. Du Pejr.i!, des mains de qui vous les retirerez StUiSt.,: culié, quand il vous plaira.
Je n'ai laissé nuls papiers à 1 i'e de Su- Pierre qu'il m'importe de ravoir, mais mi j'aime toujours mieux qu'ils soient en 0)<r^ amies qu'en d'autres, si vous voulez leueir^: en mon nom, vous n'avez qu'à m'enroyer a formule du billet qu'il faut que je fdssefjïr cela, et je vous l'enverrai sans délai.
Comme, lorsque vos affaires pul)^i[D««eront terminées, vous pourriez avoir (Çic\(\w voyaçie à faire dans le pays où je suis, sans pasor par Neuchàtcl, je vous préviens que, si «i* Paris vous pouvez vous rendre au chkau c Trye, près de Gisors, et demander M. R^rK il vous donnera de mesnouvelies sûres. G>! est à quinze petites lieues de Paris, etilyj carrosse public qui part de Gisors tous les ne* credis, et de Paris tous les samedis, et fai^ route en été dans un Jour. Je vouscmbra» mon bon ami, de tout mon cœur, ainsi i;'.: tout ce qui vous est cher, et tous nos amis.
M. Du Peyrou étant tombé malade à Pars. cette lettre a été prodigieusemeni retarder.
Ce 8 Dovenibre.
Autre retard bien plus long : M. Du hfétant retombé malade ici, et y ayant été reies plus de deux mois, vous pouvez jufjer siflongs relards me tiennent en inquiétude, cir' rendent vos promptes nouvelles nécessaire sur les tristes choses que j'apprends.
h M. ru PEYROU.
Le 8 septembre 4767.
J ai reçu nvani-hier au soir voire lettre du 5; mtligré l'oubli , elle avoit été décachetée , mais l 'enveloppeà mylordmaréchalyqu*i(aeu Timprudeiice de me laisser, ne TayolC point été. Que cela tous serve de règle quand tous m'écrirez. Je prendrai le paru de porter moi-même cette lettre à la pçste; mais, comme cela sera remarqué et qu'on y pourvoira par la suite, je n'y reviendrai pas, et je tous dirai tout dans celle-ci.
Que j'ai craint cette cruelle goutte, cruelle pour Tun et pour Pautre, pour moi surtout à divers égards 1 J'espère encore que cotte atteinte n'aura pas do suite, et ne vous empêchera pas de me venir voir. Mon excellent et cher hôte, ce sera la dernière fois que nous nous verrons; j'en ai le pressentiment trop bien fondé. Puisse ce dernier des heureux momens de ma vie achever do vous dévoiler le cœur de votre ami I Coiudct fera tous ses efTons pour venir avec vous; évitez ce coric{;e; après ce que je sais, il cmpoisonncroit mes plaisirs. J'ctois sîir que, puisque vous jugiez à propos de le consulter sur votre rouir, il feroit en sorle de vous dé- ^joûitT de venir ici directement. 11 vous aura tMiibai rassé de traverses inutiles, et de fausses difficiilics des maîtres de poste. Gardez sa lettre, et montrez cet article à gens instruits, vous verrez ce qu'ils vous diront. *
Mou cher Iiùle, vous n'avez pniiU t^ans le vouloir, sans le savoir, et bien inuoceinmeiit, mais sans ressource. Le concours fortuit de mon voyage ici et du vôtre en HoHasule a passe chez nirs persécuteurs pour une affaire anan- V.cîc entre nous. On vous a cru chargé d'une négociation avec Uey. Le papier que vous avez adressé pour moi à Coindet par son canal les a encore effarouchés; leur conscience agitée alarme leurs tôles, et leur persuade tfiiijours que j'écris. Connoissant si peu le cbarnic d'une vie oisive, solitaire et simple, ils lie peuvent croire que c'est tout de bon que j'herborise» que ces papiers et ces petits livres ctoient destinés à coller et dessiner des plantes sur le transparent; et j'ai tu clairement que Coindet, à qui j'ai parlé de cet emploi que j'en %'oulois faire, n*^n a rien cru. Tous ses propos.
toutes ses manœuvres m'ont dit tout ce qui se passoit dans son &me et qu'il croyoit bien ca* ché; et ceCoindet, qui se croit si fin, n'est qu'un fat. Fiez-vous encore moins qu'à lui à la dame à qui il vous a présenté, et dont 41 est envers moi l'âme daipnéc. Elle m'a trompé six ans; il y en a deux qu'elle ne me trompe plus, et j'avois toul-à-fait rompu avec elle. M. le prince de Conti, qui ne sait rien de tout cela, et poussé par quelqu'un qui, pour mieux cacher son jeu, montre avoir peu de liaison avec elle, m'a remis, pour ainsi dire, entre 'ses mains, comme en celles d'une amie, et elîe fait usage de ce moyen pour m'achever. De mon cAté, profitant enfin de vos avis, je feins de ne rien voir; en m'étouffant le cœur, je leur rends caresses pour caresses. Ils dissimulent pour me perdre, et je dissimule pour me sauver; mais, comme je n'y gagne rien^ je sens que je ne saurois dissimuler encore long-*temps; il faut têt ou tard que l'orage crève. Tout ceci vous surprend trop pour pouvoir le croire. Vous vous rappelez le voyage auprès de moi,. l'argent oiïert, le passe-port; et ne devinant pas à quoi tout cela étoit destiné, votre honnête cœur demeure incrédule ; soit : je ne demande pas à vous persuader quant à présent^ mais je demande que vous suspendiez les actes de votre confiaiico en elle pour ce qui me regarde, en attentjant que voussacbiezsij'ai tort ou raison. ' Je crois que M. le prince de Conti et madame de Luxeiiîbourg , me voyant menacé de bien des dangers, ont voulu sincèrement n^on mettre à couvert, en s'assurant, à la vérité, de moi par des entours qui n'ont pas paru sufBsans aux deux dames pour rassurer leur ami. Op a donc suseiié contre moi toute la maison du prince, les prêtres, les paysans, tout le pays. On n'a pas douté, connoissant la fierté de mon caractère, que je ne me dérobasse à l'opprobre avec promptitude et indignation. C'est ce que j'ai cent fois voulu faire, et que j'aurois fait à la fin peut-être, si ma pauvre sœur, la raison, et une rechute de ma maladie, n'étoient venues à mon secours. Madame de V. , qui ne m'a vu venir qu'à regret, n'a pu déguiser assez, ni Coindet non plus, leur extrême désir de m'en voir sortir. Cet empressement, si peu naturel à des amis dans ma position, m'a fait ouvrir les yeux, et m'a rendu patient et sag«. Ma sœur, le seul
CORRESPONDANCE
vé^ttable ami qu'avec vous j'aie dans le monde, et qui étïnae dé cela mes ennemis ont en haine, me (^oit $aiM cesserfttoîqu'eHe portât la plus l^andi! et plus sensible part desouuages : Al-' tmdâz^ souffrez, et prenez patience^ le prince n« voiiê aband(ywaera pas» Vaulez-vous donner à vos; emnemis l'avantage qu'ils demandent, de erier que vous ne pouvez durer nulle pari ? Les sages discours de cette pauVt-e fille étoienl renfopcés par la raison, Où allerf Où me réfugier? Où trouver un plus sûr abri contre mes enne- Bub? Où ne m atteindront- ils pas, s ils m'atteignent ici même? Ou aller aux approches <je l'hiver, et sentant déjà les atteintes de mon mal 1 Une dernière réflexion m'a décidé à tout souffrir et i rester, quoi qu*on fasse. Si l'on ne vouloit que s'assurer de moi, c'est ici qu'il vxt faudroit laisser; car je suis à leur merci, pieds et poings liés : mais on veut abeolument m'attirer à Parts; pourquoi? je vous le laisse à deviner. La partie sans doute est liée : on veut ma perte» on veut ma vie» pour se délivrer de ma garde une fois pour toutes. Il est impossible de donner i ce qui se passe une autre explication. Ainsi , rien ne pourra me tirer d'ici que la force ouverte. Outrages', ignominie» mauvais traitemen», j'endurerai tout, et je me suis déterminé d'y périr. Mon Dieu 1 si le public étoit instruit de ce qui se passe , quelle indignation pour les François, qu'on les flt les satellites de» Anglois pour assouvir la rage d'un Écossois, et qu'on les forçât de me punir eux-mêmes d'avoir cherché chez eux un asile contre la barbarie de leurs ennemis naturels 1 Voilà des explications qu'il falloit absolument vous donner, pour régler votre conduite à mon égard au milieu de mes ennemis qui vous trompent, et pour vous éclairer sur les vrais services que votre amitié peut me rendre dans l'occasion* J'espère que vous pourrez venir. Vous deves sentir combien mon cœur a besoin de cette consolation ; si je la perds, que j'aie au moins celle de voir votre ami M. de Luxe. S'il vous porte mes derniers embrassemens, je me console et me résigne. Mais lequel des deux qui vienne, qu'il tâche surtout de vettir seul. J'ai demandé permission à M. le prince de Gooti de vous recevoir dans son château. Je tt*ai point de réponse encore ; si vous arrivez avant elle, il convient de lo^or à Gisors ; il n*y a
que demi-lieue d'ici, et nous pourrons énle. ment passer les journées eosemble. Si je pon vous recevoir au chAteaa , votre laquais sera logé près de vous, et noua ferons en sorte qu il ne meure pas de faim. Je vous embrasse dau les plus tendres élans d'un coMir brisé dal^ fliction, mais tout plein de vous.
Marquez-moi la réception de cette leun bien exactement et prompteinent;maisR'ai trez dans aucun des articles qu*elle cootisL Présence on rien : souvenez-vous de cela. Ail cette funeste goutte I Cher ami, quelque d» loureuse qu'elle puisse être , elle tous h moins de mal qu'à moi. Quand vousTieuk vous ou M. do Luze, ne me prévenei point ii jour dans vos lettres; venez sans a?ertir,c« le plus sûr.
A M. DB SARTINE, lieutenaot-f éoéral de H'C«-
A Trye-le-CMieaii, le 9
Monsieur,
Permettez que j'aie l'honneur (TenciAK
près de vous Tordre exprès ques»^tiù
l'auteur d'un livre intitulé Dietionmi^^
sique par J. /. Rousseau , qui s'impruMéa
la veuve Duchesne. Cet ordre est,inoiisi(K.
de m'opposer de sa part, comme je lais, i>
publication de cet ouvrage qui porte soqba
jusqu'à ce qu'il nit été de nouveau soaoisi'*
censure , attendu que des passages raium^
rétablis dans le manuscrit peuvent faire i^
des difficultés que le premier censeur, étf
mort, ne pour roi t lever, et que l'auteur t*
prévenir. Vous êtes très-humblement snpj^
monsieur, d'arrêter ladite publication ]«<?'
ce temps-là.
J'ai l'honneur d'étreavec un profondrttp»
renoc ri.
A V. DU FETROO*
Le 9 wpteaBbK \'^*
Aujourd'hui, mon cher hôte, 1'^"***;^ Sartine et à Guy , pour arrêter la
n Rontsem aepoiiVAit écifre sa ms «»»
Chargé de la police. I cmm de l'arrSI d« parlefflCoL »
lion du Dicûonnaire jusqu'à ce qu'il ait été soumis derechef à la censure. Vous pouvez comprendre que J*ai des raisons graves pour prendre cette précaution. $i cette cruelle goutte V0D8 laisse en état d'aller, voyez Guy sur-lechamp, je vous en supplie; sachez s'il a reçu ma lettre, et s'il se met en devoir d'en exécuter le contenu. Faites-moi passer sa réponse, et répondez-moi vous-même aussitôt que vous pourrez. Vous devez comprendre que jeneserai pas À mon aise jusqu'au moment où je recevrai des nouvelles de cette affaire. Si mon malheur veut que la goutte vous retienne, priez M. de Luze de vouloir bien se charger de ma commission, car elle ne souffre aucun retard. Donnez-moi de vos nouvelles ; aimez et plaignez votre ami; c'est tout ce que j'ai la force de vous dire. Adieu.
A HADAlfl LA MARQmSI DB MISlfES.
Do IS feptembre 1767.
Je reconnois, madame, vos bontés ordinaires dans les soins que vous prenez pour me procurer unasileoùl'on veuille bien nepasm'interdire
te feu et l'eau; mais je connois trop bien ma situation pour attendre de ces soins bienfaisans un succès qui me procure le repos après lequel j'ai vainement soupiré, et que je ne cherche plus parce que je ne l'espère plus.
Vivement touché de l'intérêt queM. le comte de*** veut bien prendre à mes malheurs, je vous supplie, madame , de vouloir bien lui faire passer les témoignages de ma très-humble reconnoissance; c'est une de mes peines de ne pouvoir aller moi-même la lui témoigner : mais quant au voyage ici que son excellence daigne proposer, je ne suis pas assez vain pour en accepter l'offre, et ces honneurs bruyans ne conviennent plus à rétat d humiliation dans lequel je suis appelé à finir mes jours : je ne crois pas non plus qu'il convienne de risquer auprès de M. le comte de***, ni auprès de personne y aucune deonande en ma faveur, puisque ce ne seroit qu'aller chercher d'infaillibles refus qui ne feroientqu*empirermasituation,8'ilétoitpossible.
Le parti que j'ai pris d'attendre ici ma destinée est le seul qui me convienne, et je ne puis Ikire aucune espèce de démarche sans aggraver
T IV
sur ma tète le poids de mes malheurs ; je sais que ceux qui ont entrepris de me chasser d'ici n'épargneront aucune sorte d'efforts pour y parvenir ; mais je les attends; je m'y prépare, et il ne reste plus qu'à savoir lesquels auront le plus de constance, eux pour persécuter, ou moi pour souffrir. Que si la patience m'échappe à la fin, et que mon courage succombe, mon parti en pareil cas est encore pris : c*est de m'è> loigner, si je peux , de l'orage qui m'accable ; mais sans empressement, sans précaution, sans crainte, sans me cacher, sans me montrer, et avec la simplicité qui convient à Tinnocence. Je considère^ madame, qu'ayant près de soixante ans, accablé de malheurs et d'infirmités, les restes de mes tristes jours ne valent pas la fatigue de les mettre à couvert : je ne vois plus rien dans cette vie qui puisse me flatter ni me tenter; loin d'espérer quelquç chose, je ne sais pas même que désirer : l'amour seul du repos me restoit encore; l'espoir m'en est été : je n'en ai plus d'autre : je n'attends plus, je n'espère plus que la fin de mes misères : que je rq[>tienne de la nature ou des hommes, cela m'est assez indifférent; et, de quelque manière qu'on veuille disposer de moi, l'on me fera toujours moins de mal que de bien. Je pars de cette idée, madame ; je les mets tous au pis, et je me tranquillise dans ma résignation.
11 suit de là que tous ceux qui veulent bien sMntéresser encore à moi doivent cesser de se donner en ma faveur des mouvemens inutiles: remettre, à mon exemple, mon sort dans les mains de la Providence, et ne plus vouloir résister à la nécessité, voilà ma dernière résolution; que ce soit la vêtre aussi, madame, à mon égard , et même à l'égard de cette chère enfant que le ciel vous enlève sans qu'aucun secours humain puisse vous la rendre; que tous les soins que vous lui rendrez désormais soient pour contenter votre tendresse et la lui montrer, mais qu'ils ne réveillent plus en vous une espérance cruelle qui donne la mort à chaque fois qu'on la perd.
A H. DU PETROO.
Lo la Mptenibc* 1767.
Vous me consolez beaucoup, mon cher hAte, par votre lettre du 9 : car j'en avois.reçu une
ÂV
CORRESPONDANCE
auparavant de H. Coindet, qui m'avok appris vos vives souffrances ; et même j*en ai reçu de lui une autre du ^0, qui ne me permet de me livrer qu'avec crainte à Tespoir que vous me donniez la veille, puisqu'il me marque que vous êtes toujours le même. Ne me trompez pas, mon três-aimable hôte, sur votre état, quel qu'il soit ; car l'incertitude et le doute me tuent, et me font toujours Jes maux pires qu'ils ne sont. Quand tous serez en convalescence, donnez-vous tout le temps de vous bien rétablir oii vous êtes; et quand vos forces seront suffisamment revenues pour aller à la campagne, venez ici passer une quinzaine de jours. Vous y trouverez un bon air, un beau pays, un logement an chftteau, une terre bien garnie de gibier, et la permission de chaAer autant que cela vous amusera. J'espère que ce voyage, après lequel je soupire avec passion , sera salutaire à l'un et à l'autre, et effacera jusqu'aux dernières traces des maux de votre corps et de mon cœur. Du reste, ne vous pressez point; rien ne périclite, et retardez plutôt de quelques jours pour pouvoir m'en donner davantage, que de vous exposer avant le parfait rétablissement. Vous pouvez m'avertir quelques jours d'avance , afin qu'on prépare votre chambre; ou si vous venez sans être attendu, que ce soit d'aussi bonne heure qu'il se pourra. Je vous embrasse de tout mon cœur.
Je ne vois point d'inconvénient de me prévenir du jour oit vous arriverez.
âU MÊIIB.
le H s teptembre I7V7*
Je VOUS écrivis hier, mon cher hôte, en même temps qu'à M. de Luze ; et j'ai tellement égaré ma lettre, qu'il m'est impossible de la retrouver. Je ne sais pas même quand celle-ci pourra partir , n'étant pas en état aujourd'hui de la porter moi-même à Gisors , et trouvant trèsdifficilement des exprès pour y envoyer. En vous marquant la joie que m'avoit causée la vue de votre écriture, je vous grondois de vous être fatigué à écrire trois pages. Trois lignes dans votre état suffisent pour me tranquilliser ; et aon-seulement vous devez garder le lit jusqu'à
ce que vous soyez bien délivré, mais ménager votre attention et vos forces pour voostnettn en état de venir ici plus têt achever de toqs rétablir. Par le cours que prend votre goutte, il me semble qu'elle veuille se transfonnrr en sciatique. Ordinairement les doolearsée celle-ci sont moindres ; et je sais par l'exeiDpie de mon défunt ami Gauffecoart, qui s'a étoit guéri , qu'on s'en débarrasse plus li»ment.
Vous me donnez d'excellentes nouvelles q« me font grand plaisir. Je suis bien aise ijv vous ayez en maia toutes les pièces sur lesquelles vous pourrez juger à loisir si je suis limbri ou non ; mais il est très-vrai que je n'avoispii compté que le tout nous revint si facilement.
Je ne me sens pas bien depuis quelque tesi^ et je crains de payer le long rel&cbedontjï joui. M. Hume a dit partout que M. de Lis lui avoit assuré que je n'avois point de nalaiiie. Le frère Côme, ni Morand, ni Malouio, de.. ne sont sûrement pas là-dessus de rarisiie M. de Luze ; et malheureusement, en ceniMiK surtout, j'en suis encore moins. Si b/ms de l'àme remédioient aux maux dnfl»|s,ie devrois me porter à merveille. Maisàcoan^ et un ami sont an grand remède m^^ res,au lieu qu'il n'y a de remède aux ienib que la patience et la mort. J'apprends que Eobert, peu content de George, n'est pas m plus fort à son aise. Il faut espérer qa'eiiii tout changera ou finira.
Bonjour, mon cher hôte; donnez-moi de t» nouvelles; mais si vous écrivez voasHiàt, quatre lignes suffisent. Entre nousJesiKiii d'amitié n'ont plus besoin de se dire. Dec mots sur les affaires et quatre sur la santé. Voilà tout.
J'envoie cette lettre aujourd'hui, ainsi elt doit arriver demain.
AU MÊME
Le SI feptembre 1767.
Pas un mot de vous, mon très-cher hôtf,^^ puis plus de huit jours 1 que ce silence nii' quiète ! Seroit-ce upe rechute ? M. d^ ^ n*attroit-il pas eu du moins la cliarité de m'écrit
un motT Quelque lettre serok-elle égarée? rai écrit à M . de Luze dans la semaine : je vous avois écrit le môme jour. Je perdis ma lettre ; je TOUS écrivis le lendemain. Mon Dieu I être si proche, vous savoir maladOt et ne point apprendre de vos nouvelles 1 Que sera-ce donc quand nous serons éloignés? Si de quelques jours je n'apprends rien de vous, je prendrai le parti d'envoyer un exprès à Paris» si j*en trouve, car c'est encore une autre difficulté. Que je suis à plaindre !
M. le prince de Gonli, qui devoit venir ici la semaine dernière, n'est point venu. Il a pris la peine de m*écrire pour me marquer la cause de son retard, et m'annoncer son voyage pour la semaine prochaine. J'aurois passionnément désiré que vos forces vous eussent permis de venir ici pour le même temps, afin d'avoir le plaisir de vous présenter A lui* Cependant, comme il est très-dangereux de se déplacer, après une pareille attaque, avant le plus parfait rétablisae ment, gardez-vous d'antici per sur votre convalescence ; mais, mon ami, donnez-moi de vos nouvelles, ou je ne sais ce que je ferai.
AU llâMB.
27 sepleiubre 1767.
Vous pouvez, mon cher hAte, juger du plaisir que m'a fait votre dernière lettre, par l'inquiétude que vous avez trouvée dans ma précédente, et que vous blâmez avec raison : mais considérez qu'après tant de longues agitations si propres à troubler ma tète, au lieu du repos dont j'avois besoin pour la raffermir, je me trouve ici submergé dans des mers d'indignités et d'iniquités, au momentméme où tout paroissoit concourir à rendre ma retraite honorable et paisible. Cher ami, si avec un cœur malheureusement trop sensible, et si cruellement et si continuellement navré, il reste dans ma tète encore quelques fibres saines, il faut que naturellement le tout ne fût pas trop mal conformé : le seul remède efficace encore, et dont j'ea» ospérer tout, est le cœur d'un ami pressé sur le itiien: venez donc ;je n'ai que vous seul, vous k> savez; c'est bienassez; je n'enrecreltenucun;
je n'en veut plos d'autre ; vous serez désormais tout le genre humain pour moi. Venez verser sur mes blessures enflammées le baume de l'amitié et de la raison : l'attente de cet élixir salutaire en anticipe déjà l'effet.
Ce que vous me marquez de NeuchAtel n'est pas un spécifique bon pour mon état; je crois que vous le sentez suffisamment; etm'alheurepsement mes devoirs sont toujours si cruels, ma position est toujours si dure, que j'ose à peine livrer mon cœur à ses vœux secrets, -entre le prince qui m'a donné asile, et les peuples qui m'ont persécuté.
M. le prince de Conti n'est point encore* venu, j'ignore quand il viendra ; on Tattendoit hier : je ne sais ce qu'il fera ; mais je lis dans la contenance des compfoteurs qi4'il8 craignent peu son arrivée, que leur partie est bien lié#. et qu'ils sont sûrs, mal^ leur maître, de par venir à me chasser d'ici. Nous verrons ce qu*il en sera ; je crois que c'est le cas de faire pouf t. ila ne s'y attendent pas.
Le parti que jrous prenez de ne sortir du lit que parfaitement rétabli est tré»-sage; mais il. ne faut pas sauter trop brusquement de vos rideaux dan» la rue, cela seroit dangereux : faites mettre des nattes dans votre chambre, au défaut de tapis de pied ; donnez-vous le temps de vous bien rétablir, avant de songer à venir, eC en attendant arrangez tellement vos affaires, que vous n'ayez à partir d'ici que quand voua vous y ennuierez : faites en sorte de vous laisser maître de tout votre temps ; je ne puis trop vous recommander cette précaution : j'ainie mieux, vous avoir plus tard, et vous garder plus longtemps. Enfin je vous conjure derechef, avec instance, de pourvoir si bien d'avance à toute chose, que rien ne puisse vous faire partir d'ici que votre volonté.
Nous avons ici des échecs, ainsi n'en appor-» tez pas ; mais si vous voulez apporter quelques volans, vous ferez bien, car les miens sont gâtés ou ne valent rien : je suis bien aise que vous vous renforciez assez aux échecs pour me donner du plaisir à vous battre ; voilà tout ce que vous pouvez espérer ; car, à moins que vous ne receviez avantage, mon pauvre ami, vous serez battu et toujours battu. Je me souviens qu'ayant l'honneur de jouer, il y a six ou sept ans, avec M« le prince de Conti, je lui gagnai trois pr-
CORRESPONDANCE
lies de suite, tandii qae tout son cortège me faîsoit des grimaces de possédés : en quitunt le jeu, je lui dis gravement : Monseigneur» je respecte trop votre altesse pour ne pas toujours gagner. Mon ami, vous serez battu, et bien battu; je ne serois pas même fâché que cela vousdégoAtAt des échecs, car je n'aime pas que vous preniez du goût pour des amuseraens si fatigans et si sédentaires.
A propos de cela, parlons de votre régime ; il est bon pour un convalescent, mais très-mauvais à prendre à votre Age, pour quelqu'un qui doit agir et marcher beaucoup : ce régime vous affoiblira et vous ôtera le goût de Texercice. Ne vous jetez point comme cela, je vous en conjura, dans les extrêmes systématiques ; ce n*est pas ainsi que la nA||ire se mène : croyezmoi, prenezHOioi pour le médecin de votrecorps, comme je vous prends-pour le médecin de mon Ame; nous nous en trouverons bien tous deux, ie vous préviens même qu'il me seroit impossible de vous tenir ici aux légumes, attendu qu'il y a ici un grand potager d^ù Je ne saurois avoir un poil d*herbe, parce que son altesse a ordonné A son jardinier de me fournir de tout: voilA, mon ami, comment les princes, si puissans et si craints où ils ne sont pas, sont obéis eCcraintsdans leur maison. Vous aurez ici d'excellent bœuf, d'excellent potage, d'excellent gibier. Vous mangerez peu ; je me charge de votre régime, et je vous promets qu'en partant d'ici vous serez gras comme un moine, et sain comme une béte ; car ce n'est pas votre estomac, mais votre cervelle que je veux mettre au régime frugivore. Je vous ferai brouter avec moi de mon foin. Ainsi soit-il. Bonjour.
Mille choses de ma part à M. de Luze. Hélas I avec qui nous nous sommes vus! dans quel moment nous nous sommes quittés! Ne nous reverrons-nous point?
AD MÊME
Ce luodi, 5 octobre 1767-
Je vous écris, mon cher hête, un mot très i la bAte, pour vous proposer si, avant de venir ic», vous ne pourriez point aller voir Robert, sans le prévenir de votre visite, afin que nous en ayons des nouvelles sûres. Du reste, rien ne
me parolt pressé, ni pour 'lui, ai pour m\ donnez- vous tout le tempsdeieprendrevQi forces et de vous accoutumer à l'air, le icim vous dire A quel point la brièveté datempiqM vous pouvez me donner m'affligs ; je fovcm. jure au moins de prendre MMitcs lei imsam possibles pour pouvoir le prohmgeraïuintqii dépendra de vous. Mon ckerhAte,ienttpes> être appelé au malheur de vieillir, nais tu me dit que le jour oà vous me qoittereiM le dernier oii j'aurai souhaité de vivre.
Je vous envoie une liste que j'avoisSuieà livres de botanique que je vouloii aequn à loisir ; comme elle est considérable, et quels livres sont chers , je souhsiterois MaieM d'acquérir, s'il étoit possible, un oudeuds quatre ou cinq premiers. Si, dans qoekiow de vos courses, vous pouviez, à l'aide dePs» koucke, recouvrer surtout b premier, vnim feriez un très-grand plaisir. Il n'j i prafi point de livres de botanique chei leililinni de Paris, et l'on y est très-barbare sv ai Jf ticle; cependant je crois que Didoiltjm ou Chevalier en ont quelques-uns. SwmIk compter avec vous A la rigueur, a q[b m seroi( bien impossible, je vous prie|Mi^ de tenir toujours note exacte de vosétbov» pour moi, afin de me laisser la liberté de iw donner les commissions. Je vous eaibtnK.
AO MftMI.
9 OCtohit 470.
Je vous écris un mot A la hAte poarTODsd:^^ que le patron de la case est venu ici mardi,». et n'a point chassé ; de sorte que j'ai proâuJ^ tous les momens que ce grand prince, et,|)M plus dire, que ce digne homme a passéiià: me les a donnés tous. Vous connoitseï sd cœur; jugez comment j'ai senti cette gn» hélas I que ne peut-il voir le mal êtes couper source 1 mais il ne me reste qu'à me m^ et c'est ce que je fais aussi pleinement qa il pem.
Cher hôte, venez : nous aurons des lègiK non pas de son jardin, car il neaettpis m«nttre; mais un bon homme qu'on troap s'est détaché de la ligue, et je compte m'am ger avec lui pour mes fournitures, que jet
pu faira jiuqu'îci» ni sans payer» ni en payant. Samedi» aaapant avec son altesse, je mangeai da fniit poar la seule fois depuis deux mois : je le lui dis toul bonnement; le lendemain il m'envoya le bassin qu'on lui avoit servi la veille, et qui me fi(^rand )>laisîr ; car il faut vous dire que je suis ici environné de jardins et d'arbres» comme Tantale au milieu des eaux. Mon état à tous égards ne peut se représenter; mais venez ; il changera du moins tandis que vous serez avec moi.
Votre précaution d'aller par degrés est excellente; continuez de même» et ne vous pressez point : mais je vous conjure de si bien faire» que vous vous pressiez encore moins de partir d*ici quand vous y serez. Vous faites très-bien de porter à vos pieds vos nattes et vos tapis de pied : la façon dont vous me proposez cette ter* rible énigme m'a fait mourir de rire ; je suis l'Œdipe qui fera l'effort de là deviner» c'est que vous avez des pantoufles de laine garnies de paille. Si vos attaques d'échecs sont de la force de vos énigmes» je n'ai qu'à me bien tenir. Bonjour.
Les oreilles ont dû vous tinter pendant que son altesse étoit ici. Bonjour derechef; je ne croyois écrire qu'un mot » et je ne saurois finir.
A M. DOTIN6.
16 octobre 4767.
Puisque M. Dutens juge plus commode que la petite rente qu'il a proposée pour prix des livres de J. J. Rousseau soit payée à Londres, même pour cette année» où cependant l'un et rautfe sont en ce pays» soit. Il y aura toutefois sur la formule de la lettre de change qu'il lui a eiiToyée» un petit retranchement i faire» sur lequel il aeroit à propos que M. Frédéric Dutens fût prévenu ; c'est celui du lieu de la date : car quoique Rousseau sache très-bien que sa demeure est connue de tout le monde» il lui convient cependant de ne point autoriser de son fait cette connoissance. Si cette suppression pouvoit faire difficulté, M. Dutens seroit prié de chercher le moyen de la lever» ou de revenir au paiement du capital» faute de pouvoir établir commodément coîui dn în rente.
J. J. Rousseau a laissé entre les mains de M. Davenport un supplément de livres à la diaposition de M. Dutens, pour être réunis à la masse.
k M. DU PRYROU.
Le 17 octobre. 1767.
J'ai, mon cher hftte, votre lettre du 43» vi j'y vois, avec la plus gran4e joie» que vos forces revenues graduellement» et par li plus solidement» Vous mettent en état de foire i Paris le, grand garçdn; mais je voûdroia bien que vous n'^ fissiez paa trop rhômme^et que vous vinssiea ici affermir votre viritité»<le peir d'être tenté de l'exercer oàvoi|»ètes.Yo«ftiaieparoiasez en train d'abuser un peu de la permisaio» que je vous ai donnée d'y prolonger-v^e séjour. Écoutes; j'ai bien mesuré cette penpissioa sur les besoins de votre santé» miis mok p^ sur ceux de vos plaisirs» et je ne me sens pas assea désintéoessé sur ce point pour consentir que vous, vous amusiez à mes dépena« Ne vqnez pas» après vous étre^olaciéâTMtis tout à votre^ae, nie dire ici que voua été» pressé de partir» que vos éffaîres vous talonnent, etc.; }% vouaavertia qu'uii tel tangageme prendroit pas duiout,que sur ce point je n'entendreis pas raillerie»et que j'ai tout au moins le droit d'exiger que vous ne soyez pas plus pressé de partir d'ici» que vous ne l'avez été d'y venir : penaet icela trèa^rieusement»je vous prie; et faitessurtout les choses d'assez bonne grftce pour méritejr que je vous pardonne les huit jours dont'^ous avez eu le front de me parler. Au premier moment où vous vous déplairez ici» partez-en» rien n'est plus juste» mais arrangez- vous db telle sorte qu'il n'y ait que l'ennui qui vous en puisse chasser : j'ai dit.
Je ne suis pas absolument £àché des petits tracas qu'a pu vous donner la recherche des livres de botanique ; promenades», diversions» distractions» sont choses bonnes pour la conva* lescence : mais il ne faut pas vous inquiéter du peu de succès de vos recherches; j'en ôiois déjà presque sûr d'avaçces et e'étoit en prévoyant qu'on tro»veroi^eu de livres de botanique à Paris» que J'en notôis un grand nom*brepour mettre au hasard la rencontre de quel-
CORRESPONDANCE
qu'un. Il est étonnant à quel point de crasse Ignorance et de barbarie on reste en France sur cette belle et ravissante étude, que l'illustre Linnœus a mise à la mode dans tout le reste de l'Europe. Tandis qu'en Allemagne et en Angleterre les princes et les grands font leurs délices de l'étude des plantes, on la regarde encore ici comme une étude d'apothicaire; etyous ne sauriez croire quel profond mépris on a conçu pour moi, dans ce pays, en me voyant herboriser. Ce superbe tapis dont la terre est couverte ne montre à leurs yeux que lavemens et qu'emplâtres, et ils croient que jtf' passe ma ▼ie à faire des purgations. Quelle surprise pour eux, s*ils avoient vu madame la duchesse de Portiand, dont j'ai Thonneur d'être l'herboriste, grimper sur des rochers où j*avois peine à la suivre, pour aller chercher la chamœdrys frutescens et la saxifraga alpinal Or, pour revenir,-il n'y a donc rien de surprenant que vous ne trouviez pas à Paris des livres de plantes, et je prendrai le parti de faire venir d'ailleurs ceux dont j'aurai besoin.
Si M. de Luze n'est pas encore parti, comme je l'espère, je vous prie de lui dire mille bonnes choses pour moi, et de l'en charger d'autant pour madame de Luze. J'ose à peine vous parler de la bonne maman, sentant bien qu'en cette occasion sesvœuxsonttrës-opposés aux miens; «mais, en vérité, c'est presque la seule où je ne lui fisse pas, et même avec plaisir, le sacrifice de ma propre satisfaction.
Voilà l'heure de la poste qui presse ; le domestique attend et m'importune : il faut finir en vous embrassant.
A HADAUE LATOUR.
Ce 29 octobre 47«7.
Chère et respectable Marianne, ce n'est pas sans souffrir que je me suis abstenu si long* temps de vous écrire. Dans peu vous aurez de mes nouvelles par une voie sûre ; daignez attendre et ne pas mal penser de votre ami.