HYLORD COMTE DE HARCOURT
45 janvier 1768.
Je me reprocherois, mylord, d'avoir tardé si loDg-<temps à vous écrire et à vous renier* cier, si je ne me xendois le témoignage que la Yolonté y étoit toute entière, et que ce que je ▼eux faire est toujours ce que je fois le moins. J'ai, entre autres, été depuis trois mois garde-
malade, et jen*ai pas quitté le chevet d'un ami, qui grâce au ciel, est enfin parfaitement rétabli. Je vous offre, mylord, les prémices de mes loisirs; et c'est avec autant d'empressement que de reconnoissance que, touché de toutes les bontés dont vous m*avez honoré, je vous es demande la continuation. Il ne tiendra pasà moi qu'en les cultivant avec le plus grand soin je ne vous témoigne en toute occasion combien elles me sont précieuses.
J'ai reçu depuis long-temps l'argent du billet que vous prîtes la peine de m'envoyer pour le produit des estampes; et c'est encore un de mes torts les moins excusables de ne vous en avoir pas tout de suite accusé la réception ; mais je me reposois un peu en cela sur votre banquier, qui n'aura pas manqué de vous en donner avis. Vous me demandez, mylord, ce qu'il fdlloit faire des estampes de M. Watelet : nous étions convenus que, puisque vous ne les aviez pas et qu'elles vous étoient agréables, vous les ajouteriez à vos porte-feuilles, d'autant plus qu'elles ne pouvoient passer décemment et convenablement que dans les mains d'un ami de l'auteur : ainsi j'espère qu'à ce titre vous ne dédaignerez pas de les accepter. Â l'égard de l'estampe du roi, je désire extrêmement qu'elle me parvienne; et, si vous permettez que j'abuse encore de vos bontés, j'ose vous supplier de la faire envelopper avec soin dans un rouleau. Je désire extrêmement recevoir bientôt cette belle estampe que j'aurai soin de faire encadrer convenablement pour avoir les iraitsde mon auguste bienfaiteur incessamment gravés sous mes yeux, comme ses bontés le sont dans mon cœur.
Daignez, mylord, continuer à m'honorer dos vôtres, et quelquefois des marques de votre souvenir : je tâcherai, de mon côté, de ne me pas laisser oublier de vous, en vous renouvelant, autant que cela ne vous importunera pas, les assurances de mon plus entier dévouement et de mon plus vrai respect.
M. LE MARQUIS DE MUABEâU.
ISlaBTieriTes.
J'ai, mon illustre ami, pour vous écrire » laissé passer le temps des sots complimensdio-
CORRESPONDANCE
tés noi par le cœur, mais par le jour et par rbeure, et qui partent à leur moment comme la détente d'une horloge. Messentimens pour vous sont trop vrais pour avoir besoin d'être dits» et vous les mérites trop bien pour manquer de les connottre. Je vous plains du fond de mon cœur des tracas où vous êtes; quoi que vous en disiezy je vous vois embarqué, sinon dans des querelles littéraires, au moins dans des querelles économiques et politiques; ce qui seroi t peutêtre encore pis, s il étoit possible. Je suis pvèu ètomberen défaillance au seul souvenir de tout cela^ permettez que je n'en parle plus» que je n'y pense plus que par le tendre intérêt que je prends à votre repos» à votre gloire. Je puis bien tenir les mains élevées pendant le combat, mais non pas me résoudre à le regarder.
Parlons de chansons, cela vaudra mieux : seroit-il possible que vous songeassiez tout de bon à fiiire un opéra? Oh ! que vous seriez aimable, et que j'aimerois mieux vous voir chanter à l'Opéra que crier dans le désert! non qu'on ne vous écoute et qu'on ne vous lise , mais on ne vous suit ni ne veut vous entendre. Ma foi, monsieur, faisons comme les nourrices, qui, quand les enfans grondent, leur chantent et les font danser. Votre seule proposition m'a déjà mis, moi vieux radoteur, parmi ces enfans-là ; et il s'en faut peu que ma muse chenue ne soit prête à se ranimer aux accens de la vAtre; ou même à la seule annonce de ces accens. Je ne vous en dirai pas aujourd'hui davantage, car votre proposition m'a tout Tair de n'être qu'une vaine amorce, pour voir si le vieux fou mordroit encore à l'hameçon. A présent que vous en avez à peu près le plaisir, ditesmoi tout rondement ce qui en est, et je vous dirai franchement, moi, ce que j'en pense, et ce que je crois y pouvoir faire : après cela, si le cœur vous en dit, nous en pourrons causer avec mo» aimable payse, qui nous donnera sur tout cela de très-bons conseils. Adieu, mon illustre ami ; je vous embrasse avec respect» mais de tout mon cœur.
A MADAME LATOOR.
A Trye, le 10 JUTier 1788.
mois, chère Marianne, j'avois le cœur pMt d'espérances flatteuses qui se sont bien cruellement évanouies. I/interception d'une oorre^ pondance directe étant plus que probable, je comptois, entre autres, épancher ce cœurdau le vôtre par une voie qui me paroissoit ami sûre que douce. Il n'en est plus question :1e ciel, qui veut qu'il nemanquerienàmamiièrr, m'ête la plus précieuse consolaiion des Infor tunés.
SeoUnl, ho Del 1 morir, El non poter mat dir, Morir ml lento!
MÎTilTAm.
Il ne me reste pins qu'à prendre moi {na de bonne grêce, et je le preDdsdomoiosimvocablement : je me condamne à un likiei éternel sur mes malheurs, et je ferai toatfwif en effiicer le souvenir et le sentimeutdansni cœur même. Ma dernière consolation est d'i^ prêcher de leur terme ; et comme^ceux qoils veulent prolonger au-*delà de ma viesomawrtels aussi, ce terme ne sera qu'on pen raniv peutf-être ; mais enfin le temps et laféntfffprendront leur empire ; et, quoi qwstfeoatemporains puissent faire, ma ménMinttrar tera pas toujours sans honneur. La daùnêedi
grand R (*), avec lequel j'ai tiimdeeb«ei
communes, sera la mienne jusqu'ao boQiJ n*a point eu le bonheur de se voir 'pM^ son vivant ; mais il Ta été par l'on de se$pl» cruels ennemis , après la mort de l'on et k l'autre. Je compte trop, non sormon bonhev. mais sur la Providence, pour ne pasespérer» moins celui-li ; et il m'est doux depenier qis jour le nom de ma chère Marianne receTralfl honneurs qui lui seront dus , à la tète do petit nombre de ceux qui ont eu le courage deiM défendre de mon vivant.
Je finis sur cette matière pour n'y rereB:; de mes jours, et je vous supplie qoe ce soiti>jourd'hui la dernière fois qu'il en seraqnestioi entre nous. Mais donnez-moi quelquefois de Ti^
nouvelles; recevez des miennes htcc bon»; que ma digne avocate soit toujours monaoïi^ et qu*elle soit sûre que, pour les services nas dont Je fais cas , et rendus en sileooa, tdif^ celui que j'ai reçu d'elle, la reoonnoiisaooeik ce cœur qu'on traite d*ingratestdesplnf'*^
Lorsque je vous écrivis un mot, il y a trois
C) Jein>Baptiite Roaunn.
AMNËE 1768.
parmi les hommes, panqn'elle se tourne toute en attachement.
Je crois que le mieux seroit de nous écrire directement ; et» comme que ce soit, ne rappelons, dans aucune de nos lettres , du sujet de celle-ci. Je suppose que vous savez sous quel nom je suis connu ici*
A H. GRANVILLB.
Trye, le 18 Janvier fl76S*
Je n*anrois pas tardés! long-temps, monsieur, à vous remercier du plaisir que m'a fiait la lettre dont vous m'avez honoré le 6 novembre» sans beaucoup de tracas qui , venus à la traverse» m'ont empêché de disposer de mon temps comme j'aurois voulu. Les témoignages de votre souvenir et de votre amitié me seront toujours aussi chers que vos honnêtetés et vos bontés m'ont été sensibles pendant tout le temps que j'ai eu le bonheur d'être votre voisin. Ce qui ajoute à mon déplaisir de vous écrire si tard est la crainte que cette lettre, vous trouvant déjà parti de Cahvich» ne fasse m bien long circuit pour vous aller chercher à Bath. Je désire fort, oionsieur, que vous ayez cette fois entrepris ce voyage annuel plus par habitude que par nécessité, et que toutefois les eaux vous fassent tant de bien que vous p^isaiez jouir en paix de Ja belle saison qui s'approche, dans votre charmante demeure, sans aucun ressentiment de vos précédentes incommodités. Vous y trouverez, je pense, à votre retour, un barbouillage nouvellement imprimé, où je m#auis mêlé de bavarder sur la musique, et dont j'ai fait adresser un exeropliire à M. Rougemont, avec prière de vous le faire passer. Aimant la musique, et vous y connoissant aussi bien que vous faites, vous ne dédaignerez peut-être pas de donner quelques momens de solitude et d'oisiveté à parcourir une espèce de livre qui en traite tant bien que mal : j'aurois voulu pouvoir mieux faire ; mais enfin le voilà tel qu'il est.
Le aéfaut d'occasion, monsieur, pour faire partir cette lettre, rend sa date bien surannée, et me l'a fait écrire à deux fois : l'occasion même d'un ami prêt à partir, et qui veut bien s'en charger, ne me laisse pas le temps de transcrire ma réponse à l'aimable bergère de Cal-